Extraitde TrĂšfle d'or. Retour aux fiches pĂ©dagogiques. Chapitre 4. Je faillis manquer l’affrontement de Leroy Moor et Patrick O’Donnell. En effet, mes parents, qui partaient. quelques jours pour Atlanta afin d’y faire des achats, voulaient m’emmener avec eux. Je m’inventais des maux de ventre. assez convaincants pour empĂȘcher mon Un article de WikipĂ©dia, l'encyclopĂ©die libre Mon cher oncle NapolĂ©on ŰŻŰ§ÛŒÛŒ ŰŹŰ§Ù† Ù†Ű§ÙŸÙ„ŰŠÙˆÙ† Couverture de livre Ă  couverture rigide de la premiĂšre Ă©dition de la traduction anglaiseAuteurIraj PezeshkzadTitre originalŰŻŰ§ÛŒÛŒ ŰŹŰ§Ù† Ù†Ű§ÙŸÙ„ŰŠÙˆÙ†Da'i jan Napuli'unTraducteurDick DavisPaysL'IranLanguepersanGenrefictionÉditeurMaison alĂ©atoireDate de publication1973Type de supportImprimer la couverture rigideDes pages512 pagesISBN0-934211-48-5OCLC34285166Dewey dĂ©cimal891/.5533 20Classe D313 1996 Mon oncle NapolĂ©on Persan ŰŻŰ§ÛŒÛŒ ŰŹŰ§Ù† Ù†Ű§ÙŸÙ„ŰŠÙˆÙ†â€Ž, DĂą'i jĂąn NĂąpol'on, traduction littĂ©rale Cher oncle NapolĂ©on est un roman sur le passage Ă  l'Ăąge adulte de l'auteur iranien Iraj Pezeshkzad publiĂ© Ă  TĂ©hĂ©ran en persan en 1973. Le roman a Ă©tĂ© adaptĂ© Ă  une sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e trĂšs rĂ©ussie en 1976 dirigĂ©e par Nasser Taghvai. Bien que le livre et la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e aient Ă©tĂ© briĂšvement interdits aprĂšs la rĂ©volution islamique de 1979 en Iran, ils sont restĂ©s populaires Nafisi 2006 et est souvent considĂ©rĂ©e comme "l'Ɠuvre la plus importante et la plus apprĂ©ciĂ©e de la fiction iranienne depuis la Seconde Guerre mondiale" Ryan 2006. Il est connu pour sa moquerie des attitudes et croyances sociales communes en Iran au cours de cette pĂ©riode. Le roman a Ă©tĂ© traduit par Dick Davis en anglais. RĂ©sumĂ© de l'intrigue L'histoire se dĂ©roule au moment de l'occupation de l'Iran par les forces alliĂ©es pendant la Seconde Guerre mondiale. La majeure partie de l'intrigue se dĂ©roule dans la maison du narrateur, un immense manoir iranien du dĂ©but du XXe siĂšcle dans lequel trois familles riches vivent sous la tyrannie d'un oncle patriarche paranoĂŻaque. L'oncle - qui en rĂ©alitĂ© est un officier de bas niveau Ă  la retraite de la brigade cosaque perse sous le commandement du colonel Vladimir Liakhov - prĂ©tend, et dans les derniĂšres Ă©tapes de l'histoire, croit en fait que lui et son majordome Mash Qasem ont Ă©tĂ© impliquĂ©s dans des guerres contre les Britanniques et leurs laquais» comme Khodadad Khan, ainsi que les batailles soutenant la rĂ©volution constitutionnelle iranienne; et qu'avec l'occupation de l'Iran par les forces alliĂ©es, les Britanniques sont maintenant sur la bonne voie pour se venger de lui. Le narrateur de l'histoire sans nom dans le roman mais appelĂ© Saeed dans la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e est un lycĂ©en amoureux de sa cousine Layli qui est la fille de Cher Oncle. L'histoire tourne autour des luttes du narrateur pour bloquer le mariage prĂ©-arrangĂ© de Layli avec son cousin Puri, tandis que le pĂšre du narrateur et le cher oncle complotent divers mĂ©faits l'un contre l'autre pour rĂ©gler les querelles familiales passĂ©es. Une multitude de personnages de soutien, y compris des enquĂȘteurs de police, des fonctionnaires du gouvernement, des femmes au foyer, un mĂ©decin, un boucher, un prĂ©dicateur sycophantique, des serviteurs, un cireur de chaussures et un Indien ou deux offrent diverses sĂ©quences divertissantes tout au long du dĂ©veloppement de l'histoire. Importance et rĂ©ception littĂ©raires Mon oncle NapolĂ©on a Ă©tĂ© Ă©crite par Iraj Pezeshkzad et publiĂ©e en 1973. Librement basĂ©e sur les expĂ©riences de la vie rĂ©elle de l'auteur et son amour pour la fille d'un riche aristocrate, l'histoire est devenue instantanĂ©ment une rĂ©fĂ©rence culturelle et ses personnages icĂŽnes nationales des annĂ©es 70. Le roman a Ă©tĂ© traduit en 1996 en anglais par Dick Davis et publiĂ© par Mage Publishers, une traduction qui parvient Ă  Ă©voquer la richesse du texte original et est fidĂšle sans ĂȘtre littĂ©rale Asayesh 1996. La traduction anglaise a depuis Ă©tĂ© republiĂ©e par Random House en 2006 avec une introduction par Azar Nafisi et une postface de l'auteur, Iraj Pezeshkzad. Le roman est une reprĂ©sentation de la sociĂ©tĂ© iranienne des annĂ©es 1940. Le jardin dans lequel se dĂ©roule l'histoire, Ă  plus d'un titre, devient un microcosme de la sociĂ©tĂ© iranienne moderne» Nafisi 2006. Le roman, au fond d'une histoire d'amour, se dĂ©roule autour de l'amour du jeune narrateur pour son cousin Layli, un amour constamment mis en pĂ©ril par une armĂ©e de membres de la famille et le chaos de leurs intrigues et machinations. Adaptation en tant que sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Mon oncle NapolĂ©on ŰŻŰ§ÛŒÛŒ ŰŹŰ§Ù† Ù†Ű§ÙŸÙ„ŰŠÙˆÙ†Mon oncle NapolĂ©on Ă©cran titreCréé parIraj PezeshkzadDirigĂ© parNasser TaghvaiEn vedetteGholam-Hossein NaghshinehParviz FannizadehNosrat KarimiParviz SayyadSaeed KangaraniRacontĂ© parHoushang LatifpourPays d'origineL'IranLangue originalepersanNon. d'Ă©pisodes18ProductionProducteurs exĂ©cutifsNasser Taghvai Mohsen TaghvaiLieux de productionLalezar, TĂ©hĂ©ranConfiguration de la camĂ©raFilm 16 mmTemps de fonctionnement45 minutesLibĂ©rerRĂ©seau d'origineRadio et tĂ©lĂ©vision nationale iranienneVersion originale1976 –1976 En 1976, le rĂ©alisateur Nasser Taghvai a transformĂ© le roman en une mini-sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e lĂ©gendaire, compilant l'histoire en 18 Ă©pisodes. La sĂ©rie a Ă©tĂ© un Ă©norme succĂšs tant auprĂšs du public que des critiques. Il a dĂ©passĂ© les cotes d'Ă©coute Ă  chaque diffusion de ses Ă©pisodes et c'Ă©tait l'Ă©mission la plus regardĂ©e lorsqu'elle a Ă©tĂ© diffusĂ©e le vendredi soir. Beaucoup considĂšrent la sĂ©rie comme un chef-d'Ɠuvre intemporel et le pĂšre de la comĂ©die tĂ©lĂ©visĂ©e moderne en Iran. De nombreux termes inventĂ©s au cours de la sĂ©rie font dĂ©sormais partie de la culture populaire perse. La sĂ©rie a Ă©tĂ© un Ă©norme succĂšs financier, le coĂ»t de production a Ă©tĂ© estimĂ© Ă  50 millions de rials Ă©quivalent Ă  770 000 $ en 1976 tandis que le diffuseur a payĂ© environ 200 millions de rials, quatre fois le coĂ»t de production, pour acheter les droits de diffusion de la sĂ©rie.[citation requise] En raison de son extrĂȘme popularitĂ©, les rediffusions de la sĂ©rie Ă©taient frĂ©quentes Ă  la radio et Ă  la tĂ©lĂ©vision nationales iraniennes jusqu'Ă  la rĂ©volution islamique de 1979. Bien que la sĂ©rie ait Ă©tĂ© interdite en Iran depuis la rĂ©volution, elle est toujours regardĂ©e. La sĂ©rie a Ă©tĂ© publiĂ©e sur DVD par Pars Video, Taraneh Records et Chehreh Nama. Casting et Ă©quipe Jeter Gholam-Hossein Naghshineh en tant que cher oncle Parviz Fannizadeh comme Mash Qasem Saeed Kangarani comme narrateur / Saeed Nosrat Karimi comme Agha Joon Parviz Sayyad comme Asadollah Mirza Mohamad Ali Keshavarz comme colonel Esmail Davarfar comme Dustali Khan Jahangir Forouhar comme adjoint Teymour Khan Parvin Malakooti comme Aziz al-Saltaneh Parvin Soleimani comme la mĂšre de l'officier-cadet Ghiaasabadi Mohammad Varshochi comme Ă©lĂšve-officier Ghiaasabadi Sousan Moghadam comme Layli Kheirollah Tafreshi Azad en tant que Shamsali Mirza Bahman Zarrinpour comme Puri Zari Zandipour comme Qamar Mir Ahmad Irvanloo en tant que Dr Naser al-Hokama Mastaneh Jazayeri comme Akhtar Fereydoun Nariman comme Asghar le Diesel Karmen Zaki comme Farokh Laqa Mahmood Lotfi comme Shir Ali le boucher Minoo Abrishami comme Tahereh Gril Singh comme Sarda Maharat Khan Équipage Nasser Taghvai producteur Alireza Zarrindast directeur de la photographie Abbas Ganjavi Ă©diteur Amir Farrokh Tehrani architecte, dĂ©corateur et directeur artistique Eskandar Radfar Conception de costumes Abdollah Eskandari maquilleur Mohsen Taghvai directeur adjoint Valod Aghajanian DĂ©partement du son Yadollah Asgari DĂ©partement du son Hassan Zahedi DĂ©partement Son tĂ©lĂ©vision Personnages principaux Cher oncle NapolĂ©on DaĂŻ Jan Napoleon Le patriarche de la famille. Cher Oncle est un personnage paranoĂŻaque, imaginatif et dĂ©lirant qui se croit impliquĂ© dans de nombreuses guerres contre les Britanniques et leurs laquais». Le titre d'oncle NapolĂ©on lui est sarcastiquement donnĂ© par ses niĂšces et neveux en raison de son admiration et de son obsession pour l'empereur français NapolĂ©on Bonaparte. Mash Qasem FidĂšle serviteur et majordome du cher oncle d'une petite ville, Ghiasabad prĂšs de Qom. Fortement dĂ©vouĂ© Ă  Cher Oncle, sa renommĂ©e est d'avoir Ă©tĂ© impliquĂ© dans des batailles contre l'armĂ©e britannique aux cĂŽtĂ©s de Cher Oncle, dont les plus importantes sont la bataille de Mamasani et la bataille de Kazeroun. Trop fier de sa ville natale de Ghiaasabad et racontant constamment des histoires sur sa ville natale, il a tendance Ă  se donner en cachant la vĂ©ritĂ© en commençant ses phrases par "pourquoi devrais-je mentir? Dans la tombe c'est ah ... ah ... ah ... a ... »compter quatre doigts, ce qui implique qu'il ne reste plus que quatre pas Ă  la mort, donc un mensonge n'en vaudrait pas la peine. Mash Qasem devient le messager entre le narrateur et Layli Ă  des moments oĂč les deux ne peuvent pas se rencontrer, en partie comme une faveur au narrateur et en partie pour satisfaire sa propre curiositĂ© illimitĂ©e. Le Narrateur / Saeed Le narrateur de l'histoire et le neveu de Cher Oncle. Le narrateur, qui reste sans nom et plutĂŽt obscur dans le roman bien qu'il soit la figure centrale autour de laquelle se dĂ©veloppe l'histoire, tombe amoureux de Layli, la fille de Cher Oncle, une chaude journĂ©e d'Ă©tĂ© le 13 aoĂ»t Ă  trois heures moins le quart de l'aprĂšs-midi. Agha Joon Le pĂšre du narrateur, un pharmacien qui est le beau-frĂšre de Cher Oncle. AprĂšs avoir Ă©tĂ© ridiculisĂ© pendant des annĂ©es par Cher Oncle pour ne pas appartenir Ă  une famille aristocratique, il prend sa revanche en renforçant la conviction de Cher Oncle que les Britanniques sont aprĂšs lui. Asadollah Mirza Un fonctionnaire du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres et demi-frĂšre par la fille du jardinier de son pĂšre de Shams Ali Mirza. Playboy, Asadollah Mirza n'Ă©pargne aucune occasion de sĂ©duire le sexe opposĂ© par son charme et son charisme, quel que soit le statut matrimonial / social du sujet. Il Ă©tait une fois mariĂ© et amoureux d'une femme jusqu'Ă  ce qu'elle le trompe et le quitte. Le "Mirza" de son nom et celui de son frĂšre est un titre honorifique indiquant une relation lointaine avec la famille royale Qajar, c'est pourquoi il est appelĂ© "Shazdeh" signifiant prince. Il devient un ami proche du narrateur au cours du roman, essayant souvent de l'aider dans ses efforts pour atteindre son amour. Personnages secondaires Colonel Sarhang FrĂšre cadet de cher oncle, Il est appelĂ© colonel par la famille. Au dernier chapitre qui passe en revue le sort des personnages vers 1965, il est rĂ©vĂ©lĂ© qu'il est retirĂ© en tant que "Sargord", c'est-Ă -dire un major de l'armĂ©e un grade infĂ©rieur Ă  un colonel, et vit avec Laily et Puri dans le jardin, comme les seuls rĂ©sidents restants du jardin. Dustali Khan Beau-frĂšre et personne prĂ©fĂ©rĂ©e du cher oncle qui est incapable de presque tout et se moque constamment des autres membres de la famille, en particulier par Asadollah Mirza. Sa femme essaie une fois de lui couper le pĂ©nis avec un couteau de cuisine aprĂšs avoir dĂ©couvert qu'il l'avait trompĂ©e. Il se fait Ă©galement tirer dessus par sa femme en bas quand il imprĂšgne sa belle-fille. Aziz Al-Saltaneh L'Ă©pouse de Dustali Khan et la mĂšre de Qamar. Un cousin d'Asdollah et de Shams Ali Mirza. Dr Naser Al-Hokama Un vieux mĂ©decin qui est le mĂ©decin de famille et un ami proche. Il a Ă©tĂ© mariĂ© trois fois. Ses connaissances essentiellement rudimentaires de la mĂ©decine sont souvent ridiculisĂ©es dans le livre. Shams Ali Mirza Le demi-frĂšre aĂźnĂ© d'Asdollah Mirza. Un procureur de district libĂ©rĂ© / retraitĂ©. Estime que tous les problĂšmes peuvent ĂȘtre rĂ©solus par l'interrogatoire. Layli Le seul enfant de Cher Oncle. Elle et le narrateur tombent amoureux mais son mariage a Ă©tĂ© arrangĂ© au prĂ©alable par la famille. Puri Le fils plutĂŽt maladroit du colonel qui est destinĂ© Ă  Ă©pouser Layli. Sujet de ridicule par le narrateur, il est enrĂŽlĂ© par l'armĂ©e pour combattre l'invasion alliĂ©e, mais s'Ă©vanouit dans la bataille aprĂšs avoir entendu un coup de feu. Il perd un de ses testicules dans une bagarre avec le narrateur, devenant un sujet des traitements du Dr Naser al-Hokama. Qamar La fille en surpoids et mentalement handicapĂ©e d'Aziz al-Saltaneh de son premier mariage et de la belle-fille de Dustali Khan. La famille se donne beaucoup de mal pour lui trouver un mari et sauver son honneur aprĂšs qu'elle a Ă©tĂ© retrouvĂ©e imprĂ©gnĂ©e par Dustali Khan. Adjoint Taymur Khan Un dĂ©tective "de renommĂ©e internationale" cĂ©lĂšbre pour ses mĂ©thodes agressives de dĂ©duction. Cadet-officier Ghiaasabadi Un vieux dĂ©tective accro Ă  l'opium et assistant de l'adjoint Taymur Khan qui finit par Ă©pouser Qamar et gagne son argent d'hĂ©ritage, surmontant ainsi les combats variĂ©s de Dustali Khan. Naneh Rajab MĂšre de l'Ă©lĂšve-officier Ghiaasabadi. Akhtar La sƓur de l'Ă©lĂšve-officier Ghiasabdi. Une femme promiscuitĂ© qui est danseuse dans une boĂźte de nuit. Asghar le Diesel Le petit ami d'Akhtar, un voyou de la rue. Farokh Laqa Une vieille femme amĂšre qui n'a jamais Ă©tĂ© mariĂ©e et qui est toujours Ă  la recherche de funĂ©railles pour y assister. Sardar Maharat Khan Un homme d'affaires indien sikh; mais pas un militaire, son titre persan honorifique de Sardar signifie "commandant". Cher oncle pense qu'il est un espion britannique. Lady Maharat Khan L'Ă©pouse britannique blonde du Sardar. Shir Ali le boucher Un boucher gĂ©ant, violent, trĂšs protecteur de l'honneur de sa femme, mais trop naĂŻf pour se rendre compte de ce qui se passe dans sa maison. Le "Shir" de son nom signifie "lion". Tahereh La belle femme lascive de Shir Ali avec qui tout le monde dans le quartier, de Dustali Khan Ă  Asadollah Mirza, couche avec. Houshang Un cordonnier et cireur de chaussures local qui, selon Cher oncle, a Ă©tĂ© envoyĂ© par les Allemands pour le protĂ©ger des Britanniques. Seyed Abolqasem Un prĂ©dicateur local. Naneh Bilqis La femme de chambre et le chef du cher oncle. Historique des publications de traduction en anglais 1996, États-Unis, Mage Publishers ISBN 0-934211-48-5, couverture rigide 2006, États-Unis, Random House, ISBN 0-8129-7443-3, livre de poche Les rĂ©fĂ©rences Mon oncle NapolĂ©on est au cƓur d'un film "Iran et Grande-Bretagne"[lequel?] diffusĂ© sur BBC4 en 2009 par Clan Productions pour BBC Persian Television sur les relations entre la Grande-Bretagne et l'Iran prĂ©sentĂ© par Christopher de Bellaigue, productrice Emily Cloke Commentaires Black, Barbara 16/09/2006. "Un classique iranien". The Gazette MontrĂ©al. Rubin, Merle. "Échos de Monty Python dans cette sitcom iranienne". Christian Science Monitor Boston, MA. Bellamy, John Stark II. "Chef d'oeuvre de l'Iran d'humour Lowbrow". Concessionnaire ordinaire Cleveland, Ohio. Liens externes Mon oncle NapolĂ©on chez Mage Publishers Mon oncle NapolĂ©on chez Random House Mon oncle NapolĂ©on Ă  IMDb

Zazieet son oncle se rendent Ă  La Cave, un bar tenu par Turandot. Celui-ci est choquĂ© par la vulgaritĂ© de Zazie et refuse de la recevoir. Une fois chez Gabriel, Zazie va se coucher tandis que Gabriel se vernit les ongles. Gabriel s’apprĂȘte Ă  aller travailler, et emporte le rouge Ă  lĂšvres donnĂ© par sa femme Marceline.

Chagrin d’école de Daniel Pennac Pour Minne, ĂŽ combien ! À Fanchon Delfosse, Pierre ArĂšnes, JosĂ© Rivaux, Philippe Bonneu, Ali Mehidi, Françoise Dousset et Nicole HarlĂ©, sauveurs d’élĂšves s’il en fut. Et Ă  la mĂ©moire de Jean Rolin, qui ne dĂ©sespĂ©ra jamais du cancre que j’étais. I - La poubelle de Djibouti Statistiquement tout s’explique, personnellement tout se complique. 1. Commençons par l’épilogue Maman, quasi centenaire, regardant un film sur un auteur qu’elle connaĂźt bien. On voit l’auteur chez lui, Ă  Paris, entourĂ© de ses livres, dans sa bibliothĂšque qui est aussi son bureau. La fenĂȘtre ouvre sur une cour d’école. Raffut de rĂ©crĂ©. On apprend que pendant un quart de siĂšcle l’auteur exerça le mĂ©tier de professeur et que s’il a choisi cet appartement donnant sur deux cours de rĂ©crĂ©ation, c’est Ă  la façon d’un cheminot qui prendrait sa retraite au-dessus d’une gare de triage. Puis on voit l’auteur en Espagne, en Italie, discutant avec ses traducteurs, blaguant avec ses amis vĂ©nitiens, et sur le plateau du Vercors, marchant, solitaire, dans la brume des altitudes, parlant mĂ©tier, langue, style, structure romanesque, personnages
 Nouveau bureau, ouvert sur la splendeur alpine, cette fois. Ces scĂšnes sont ponctuĂ©es par des interviews d’artistes que l’auteur admire, et qui parlent eux-mĂȘmes de leur propre travail le cinĂ©aste et romancier Dai Sijie, le dessinateur SempĂ©, le chanteur Thomas Fersen, le peintre JĂŒrg KreienbĂŒhl. Retour Ă  Paris l’auteur derriĂšre son ordinateur, parmi ses dictionnaires cette fois. Il en a la passion, dit-il. On apprend d’ailleurs, et c’est la conclusion du film, qu’il y est entrĂ©, dans le dictionnaire, le Robert, Ă  la lettre P, sous le nom de Pennac, de son nom entier Pennacchioni, Daniel de son prĂ©nom. Maman, donc, regarde ce film, en compagnie de mon frĂšre Bernard, qui l’a enregistrĂ© pour elle. Elle le regarde d’un bout Ă  l’autre, immobile dans son fauteuil, l’Ɠil fixe, sans piper mot, dans le soir qui tombe. Fin du film. GĂ©nĂ©rique. Silence. Puis, se tournant lentement vers Bernard, elle demande - Tu crois qu’il s’en sortira un jour ? 2. C’est que je fus un mauvais Ă©lĂšve et qu’elle ne s’en est jamais tout Ă  fait remise. Aujourd’hui que sa conscience de trĂšs vieille dame quitte les plages du prĂ©sent pour refluer doucement vers les lointains archipels de la mĂ©moire, les premiers rĂ©cifs Ă  ressurgir lui rappellent cette inquiĂ©tude qui la rongea pendant toute ma scolaritĂ©. Elle pose sur moi un regard soucieux et, lentement - Qu’est-ce que tu fais, dans la vie ? TrĂšs tĂŽt mon avenir lui parut si compromis qu’elle ne fut jamais tout Ă  fait assurĂ©e de mon prĂ©sent. N’étant pas destinĂ© Ă  devenir, je ne lui paraissais pas armĂ© pour durer. J’étais son enfant prĂ©caire. Elle me savait pourtant tirĂ© d’affaire depuis ce mois de septembre 1969 oĂč j’entrai dans ma premiĂšre classe en qualitĂ© de professeur. Mais pendant les dĂ©cennies qui suivirent c’est-Ă -dire pendant la durĂ©e de ma vie adulte, son inquiĂ©tude rĂ©sista secrĂštement Ă  toutes les preuves de rĂ©ussite » que lui apportaient mes coups de tĂ©lĂ©phone, mes lettres, mes visites, la parution de mes livres, les articles de journaux ou mes passages chez Pivot. Ni la stabilitĂ© de ma vie professionnelle, ni la reconnaissance de mon travail littĂ©raire, rien de ce qu’elle entendait dire de moi par des tiers ou qu’elle pouvait lire dans la presse ne la rassurait tout Ă  fait. Certes, elle se rĂ©jouissait de mes succĂšs, en parlait avec ses amis, convenait que mon pĂšre, mort avant de les connaĂźtre, en aurait Ă©tĂ© heureux mais, dans le secret de son cƓur demeurait l’anxiĂ©tĂ© qu’avait fait naĂźtre Ă  jamais le mauvais Ă©lĂšve du commencement. Ainsi s’exprimait son amour de mĂšre; quand je la taquinais sur les dĂ©lices de l’inquiĂ©tude maternelle, elle rĂ©pondait joliment par une blague Ă  la Woody Allen - Que veux-tu, toutes les Juives ne sont pas mĂšres, mais toutes les mĂšres sont juives. Et, aujourd’hui que ma vieille mĂšre juive n’est plus tout Ă  fait dans le prĂ©sent, c’est de nouveau cette inquiĂ©tude qu’expriment ses yeux quand ils se posent sur son petit dernier de soixante ans. Une inquiĂ©tude qui aurait perdu de son intensitĂ©, une anxiĂ©tĂ© fossile, qui n’est plus que l’habitude d’elle-mĂȘme, mais qui demeure suffisamment vivace pour que Maman me demande, sa main posĂ©e sur la mienne, au moment oĂč je la quitte - Tu as un appartement, Ă  Paris ? 3. Donc, j’étais un mauvais Ă©lĂšve. Chaque soir de mon enfance, je rentrais Ă  la maison poursuivi par l’école. Mes carnets disaient la rĂ©probation de mes maĂźtres. Quand je n’étais pas le dernier de ma classe, c’est que j’en Ă©tais l’avant-dernier. Champagne ! FermĂ© Ă  l’arithmĂ©tique d’abord, aux mathĂ©matiques ensuite, profondĂ©ment dysorthographique, rĂ©tif Ă  la mĂ©morisation des dates et Ă  la localisation des lieux gĂ©ographiques, inapte Ă  l’apprentissage des langues Ă©trangĂšres, rĂ©putĂ© paresseux leçons non apprises, travail non fait, je rapportais Ă  la maison des rĂ©sultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique, ni le sport, ni d’ailleurs aucune activitĂ© parascolaire. - Tu comprends ? Est-ce que seulement tu comprends ce que je t’explique ? Je ne comprenais pas. Cette inaptitude Ă  comprendre remontait si loin dans mon enfance que la famille avait imaginĂ© une lĂ©gende pour en dater les origines mon apprentissage de l’alphabet. J’ai toujours entendu dire qu’il m’avait fallu une annĂ©e entiĂšre pour retenir la lettre a. La lettre a, en un an. Le dĂ©sert de mon ignorance commençait au-delĂ  de l’infranchissable b. - Pas de panique, dans vingt-six ans il possĂ©dera parfaitement son alphabet. Ainsi ironisait mon pĂšre pour distraire ses propres craintes. Bien des annĂ©es plus tard, comme je redoublais ma terminale Ă  la poursuite d’un baccalaurĂ©at qui m’échappait obstinĂ©ment, il aura cette formule - Ne t’inquiĂšte pas, mĂȘme pour le bac on finit par acquĂ©rir des automatismes
 Ou, en septembre 1968, ma licence de lettres enfin en poche - Il t’aura fallu une rĂ©volution pour la licence, doit-on craindre une guerre mondiale pour l’agrĂ©gation ? Cela dit sans mĂ©chancetĂ© particuliĂšre. C’était notre forme de connivence. Nous avons assez vite choisi de sourire, mon pĂšre et moi. Mais revenons Ă  mes dĂ©buts. Dernier-nĂ© d’une fratrie de quatre, j’étais un cas d’espĂšce. Mes parents n’avaient pas eu l’occasion de s’entraĂźner avec mes aĂźnĂ©s, dont la scolaritĂ©, pour n’ĂȘtre pas exceptionnellement brillante, s’était dĂ©roulĂ©e sans heurt. J’étais un objet de stupeur, et de stupeur constante car les annĂ©es passaient sans apporter la moindre amĂ©lioration Ă  mon Ă©tat d’hĂ©bĂ©tude scolaire. Les bras m’en tombent », Je n’en reviens pas », me sont des exclamations familiĂšres, associĂ©es Ă  des regards d’adulte oĂč je vois bien que mon incapacitĂ© Ă  assimiler quoi que ce soit creuse un abĂźme d’incrĂ©dulitĂ©. Apparemment, tout le monde comprenait plus vite que moi. - Tu es complĂštement bouchĂ© ! Un aprĂšs-midi de l’annĂ©e du bac une des annĂ©es du bac, mon pĂšre me donnant un cours de trigonomĂ©trie dans la piĂšce qui nous servait de bibliothĂšque, notre chien se coucha en douce sur le lit, derriĂšre nous. RepĂ©rĂ©, il fut sĂšchement virĂ© - Dehors, le chien, dans ton fauteuil ! Cinq minutes plus tard, le chien Ă©tait de nouveau sur le lit. Il avait juste pris le soin d’aller chercher la vieille couverture qui protĂ©geait son fauteuil et de se coucher sur elle. Admiration gĂ©nĂ©rale, bien sĂ»r, et justifiĂ©e qu’un animal pĂ»t associer une interdiction Ă  l’idĂ©e abstraite de propretĂ© et en tirer la conclusion qu’il fallait faire son lit pour jouir de la compagnie des maĂźtres, chapeau, Ă©videmment, un authentique raisonnement ! Ce fut un sujet de conversation familiale qui traversa les Ăąges. Personnellement, j’en tirai l’enseignement que mĂȘme le chien de la maison pigeait plus vite que moi. Je crois bien lui avoir murmurĂ© Ă  l’oreille - Demain, c’est toi qui vas au bahut, lĂšche-cul. 4. Deux messieurs d’un certain Ăąge se promĂšnent au bord du Loup, leur riviĂšre d’enfance. Deux frĂšres. Mon frĂšre Bernard et moi. Un demi-siĂšcle plus tĂŽt, ils plongeaient dans cette transparence. Ils nageaient parmi les chevesnes que leur chahut n’effrayait pas. La familiaritĂ© des poissons donnait Ă  penser que ce bonheur durerait toujours. La riviĂšre coulait entre des falaises. Quand les deux frĂšres la suivaient jusqu’à la mer, tantĂŽt portĂ©s par le courant tantĂŽt crapahutant sur les rochers, il leur arrivait de se perdre de vue. Pour se retrouver, ils avaient appris Ă  siffler entre leurs doigts. De longues stridulations qui se rĂ©percutaient contre les parois rocheuses. Aujourd’hui l’eau a baissĂ©, les poissons ont disparu, une mousse glaireuse et stagnante dit la victoire du dĂ©tergent sur la nature. Ne demeure de notre enfance que le chant des cigales et la chaleur rĂ©sineuse du soleil. Et puis, nous savons toujours siffler entre nos doigts; nous ne nous sommes jamais perdus d’oreille. J’annonce Ă  Bernard que je songe Ă  Ă©crire un livre concernant l’école; non pas l’école qui change dans la sociĂ©tĂ© qui change, comme a changĂ© cette riviĂšre, mais, au cƓur de cet incessant bouleversement, sur ce qui ne change pas, justement, sur une permanence dont je n’entends jamais parler la douleur partagĂ©e du cancre, des parents et des professeurs, l’interaction de ces chagrins d’école. - Vaste programme
 Et comment vas-tu t’y prendre ? - En te cuisinant, par exemple. Quels souvenirs gardes-tu de ma propre nullitĂ©, disons
 en math ? Mon frĂšre Bernard Ă©tait le seul membre de la famille Ă  pouvoir m’aider dans mon travail scolaire sans que je me verrouille comme une huĂźtre. Nous avons partagĂ© la mĂȘme chambre jusqu’à mon entrĂ©e en cinquiĂšme, oĂč je fus mis en pension. - En math ? Ça a commencĂ© avec l’arithmĂ©tique, tu sais ! Un jour je t’ai demandĂ© quoi faire d’une fraction que tu avais sous les yeux. Tu m’as rĂ©pondu automatiquement Il faut la rĂ©duire au dĂ©nominateur commun. » Il n’y avait qu’une fraction, donc un seul dĂ©nominateur, mais tu n’en dĂ©mordais pas Faut la rĂ©duire au dĂ©nominateur commun ! » Comme j’insistais RĂ©flĂ©chis un peu, Daniel il n’y a lĂ  qu’une seule fraction, donc un seul dĂ©nominateur », tu t’es foutu en rogne C’est le prof qui l’a dit; les fractions, faut les rĂ©duire au dĂ©nominateur commun ! » Et les deux messieurs de sourire, le long de leur promenade. Tout cela est trĂšs loin derriĂšre eux. L’un d’eux a Ă©tĂ© professeur pendant vingt-cinq ans deux mille cinq cents Ă©lĂšves, Ă  peu prĂšs, dont un certain nombre en grande difficultĂ© », selon l’expression consacrĂ©e. Et tous deux sont pĂšres de famille. Le prof a dit que
 », ils connaissent. L’espoir placĂ© par le cancre dans la litanie, oui
 Les mots du professeur ne sont que des bois flottants auxquels le mauvais Ă©lĂšve s’accroche sur une riviĂšre dont le courant l’entraĂźne vers les grandes chutes. Il rĂ©pĂšte ce qu’a dit le prof. Pas pour que ça ait du sens, pas pour que la rĂšgle s’incarne, non, pour ĂȘtre tirĂ© d’affaire, momentanĂ©ment, pour qu’ on me lĂąche ». Ou qu’on m’aime. À tout prix. - Un livre de plus sur l’école, alors ? Tu trouves qu’il n’y en a pas assez ? - Pas sur l’école ! Tout le monde s’occupe de l’école, Ă©ternelle querelle des anciens et des modernes ses programmes, son rĂŽle social, ses finalitĂ©s, l’école d’hier, celle de demain
 Non, un livre sur le cancre ! Sur la douleur de ne pas comprendre, et ses dĂ©gĂąts collatĂ©raux. - Tu en as bavĂ© tant que ça ? - Peux-tu me dire autre chose sur le cancre que j’étais ? - Tu te plaignais de ne pas avoir de mĂ©moire. Les leçons que je te faisais apprendre le soir s’évaporaient dans la nuit. Le lendemain matin tu avais tout oubliĂ©. Le fait est. Je n’imprimais pas, comme disent les jeunes gens d’aujourd’hui. Je ne captais ni n’imprimais. Les mots les plus simples perdaient leur substance dĂšs qu’on me demandait de les envisager comme objet de connaissance. Si je devais apprendre une leçon sur le massif du Jura, par exemple plus qu’un exemple, c’est, en l’occurrence, un souvenir trĂšs prĂ©cis, ce petit mot de deux syllabes se dĂ©composait aussitĂŽt jusqu’à perdre tout rapport avec la Franche-ComtĂ©, l’Ain, l’horlogerie, les vignobles, les pipes, l’altitude, les vaches, les rigueurs de l’hiver, la suisse frontaliĂšre, le massif alpin ou la simple montagne. Il ne reprĂ©sentait plus rien. Jura, me disais-je, Jura ? Jura
 Et je rĂ©pĂ©tais le mot, inlassablement, comme un enfant qui n’en finit pas de mĂącher, mĂącher et ne pas avaler, rĂ©pĂ©ter et ne pas assimiler, jusqu’à la totale dĂ©composition du goĂ»t et du sens, mĂącher, rĂ©pĂ©ter, Jura, Jura, jura, jura, jus, rat, jus, ra ju ra ju ra jurajurajura, jusqu’à ce que le mot devienne une masse sonore indĂ©finie, sans le plus petit reliquat de sens, un bruit pĂąteux d’ivrogne dans une cervelle spongieuse
 C’est ainsi qu’on s’endort sur une leçon de gĂ©ographie. - Tu prĂ©tendais dĂ©tester les majuscules. Ah ! Terribles sentinelles, les majuscules ! Il me semblait qu’elles se dressaient entre les noms propres et moi pour m’en interdire la frĂ©quentation. Tout mot frappĂ© d’une majuscule Ă©tait vouĂ© Ă  l’oubli instantanĂ© villes, fleuves, batailles, hĂ©ros, traitĂ©s, poĂštes, galaxies, thĂ©orĂšmes, interdits de mĂ©moire pour cause de majuscule tĂ©tanisante. Halte lĂ , s’exclamait la majuscule, on ne franchit pas la porte de ce nom, il est trop propre, on n’en est pas digne, on est un crĂ©tin ! PrĂ©cision de Bernard, le long de notre chemin - Un crĂ©tin minuscule ! Rire des deux frĂšres. - Et plus tard, rebelote avec les langues Ă©trangĂšres je ne pouvais pas m’îter de l’idĂ©e qu’il s’y disait des choses trop intelligentes pour moi. - Ce qui te dispensait d’apprendre tes listes de vocabulaire. - Les mots d’anglais Ă©taient aussi volatils que les noms propres
 - Tu te racontais des histoires, en somme. Oui, c’est le propre des cancres, ils se racontent en boucle l’histoire de leur cancrerie je suis nul, je n’y arriverai jamais, mĂȘme pas la peine d’essayer, c’est foutu d’avance, je vous l’avais bien dit, l’école n’est pas faite pour moi
 L’école leur paraĂźt un club trĂšs fermĂ© dont ils s’interdisent l’entrĂ©e. Avec l’aide de quelques professeurs, parfois. Deux messieurs d’un certain Ăąge se promĂšnent le long d’une riviĂšre. En bout de promenade ils tombent sur un plan d’eau cernĂ© de roseaux et de galets. Bernard demande - Tu es toujours aussi bon, en ricochets ? 5. Bien entendu se pose la question de la cause originelle. D’oĂč venait ma cancrerie ? Enfant de bourgeoisie d’État, issu d’une famille aimante, sans conflit, entourĂ© d’adultes responsables qui m’aidaient Ă  faire mes devoirs
 PĂšre polytechnicien, mĂšre au foyer, pas de divorce, pas d’alcooliques, pas de caractĂ©riels, pas de tares hĂ©rĂ©ditaires, trois frĂšres bacheliers des matheux, bientĂŽt deux ingĂ©nieurs et un officier, rythme familial rĂ©gulier, nourriture saine, bibliothĂšque Ă  la maison, culture ambiante conforme au milieu et Ă  l’époque pĂšre et mĂšre nĂ©s avant 1914 peinture jusqu’aux impressionnistes, poĂ©sie jusqu’à MallarmĂ©, musique jusqu’à Debussy, romans russes, l’inĂ©vitable pĂ©riode Teilhard de Chardin, Joyce et Cioran pour toute audace
 Propos de table calmes, rieurs et cultivĂ©s. Et pourtant, un cancre. Pas d’explication non plus Ă  tirer de l’historique familial. C’est une progression sociale en trois gĂ©nĂ©rations grĂące Ă  l’école laĂŻque, gratuite et obligatoire, ascension rĂ©publicaine en somme, victoire Ă  la Jules Ferry
 Un autre Jules, l’oncle de mon pĂšre, l’Oncle, Jules Pennacchioni, mena au certificat d’études les enfants de GuargualĂ© et de Pila-Canale, les villages corses de la famille; on lui doit des gĂ©nĂ©rations d’instituteurs, de facteurs, de gendarmes, et autres fonctionnaires de la France coloniale ou mĂ©tropolitaine
 peut-ĂȘtre aussi quelques bandits, mais il en aura fait des lecteurs. L’Oncle, dit-on, faisait faire des dictĂ©es et des exercices de calcul Ă  tout le monde et en toutes circonstances; on dit aussi qu’il allait jusqu’à enlever les enfants que leurs parents obligeaient Ă  sĂ©cher l’école pendant la cueillette des chĂątaignes. Il les rĂ©cupĂ©rait dans le maquis, les ramenait chez lui et prĂ©venait le pĂšre esclavagiste - Je te rendrai ton garçon quand il aura son certificat ! Si c’est une lĂ©gende, je l’aime. Je ne crois pas qu’on puisse concevoir autrement le mĂ©tier de professeur. Tout le mal qu’on dit de l’école nous cache le nombre d’enfants qu’elle a sauvĂ©s des tares, des prĂ©jugĂ©s, de la morgue, de l’ignorance, de la bĂȘtise, de la cupiditĂ©, de l’immobilitĂ© ou du fatalisme des familles. Tel Ă©tait l’Oncle. Pourtant, trois gĂ©nĂ©rations plus tard, moi, le cancre ! La honte de l’Oncle, s’il avait su
 Par bonheur, il mourut avant de me voir naĂźtre. Non seulement mes antĂ©cĂ©dents m’interdisaient toute cancrerie mais, dernier reprĂ©sentant d’une lignĂ©e de plus en plus diplĂŽmĂ©e, j’étais socialement programmĂ© pour devenir le fleuron de la famille polytechnicien ou normalien, Ă©narque Ă©videmment, la Cour des comptes, un ministĂšre, va savoir
 On ne pouvait espĂ©rer moins. LĂ -dessus, un mariage efficace et la mise au monde d’enfants destinĂ©s dĂšs le berceau Ă  la taupe de Louis-le-Grand et propulsĂ©s vers le trĂŽne de l’ÉlysĂ©e ou la direction d’un consortium mondial de la cosmĂ©tique. La routine du darwinisme social, la reproduction des Ă©lites
 Eh bien non, un cancre. Un cancre sans fondement historique, sans raison sociologique, sans dĂ©samour un cancre en soi. Un cancre Ă©talon. Une unitĂ© de mesure. Pourquoi ? La rĂ©ponse gĂźt peut-ĂȘtre dans le cabinet des psychologues, mais ce n’était pas encore l’époque du psychologue scolaire envisagĂ© comme substitut familial. On faisait avec les moyens du bord. Bernard, de son cĂŽtĂ©, proposait son explication - À six ans, tu es tombĂ© dans la poubelle municipale de Djibouti. - Six ans ? L’annĂ©e du a ? - Oui. C’était une dĂ©charge Ă  ciel ouvert, en fait. Tu y es tombĂ© du haut d’un mur. Je ne me rappelle pas combien de temps tu y as macĂ©rĂ©. Tu avais disparu, on te cherchait partout, et tu te dĂ©battais lĂ -dedans sous un soleil qui devait avoisiner les soixante degrĂ©s. Je prĂ©fĂšre ne pas imaginer Ă  quoi ça ressemblait. L’image de la poubelle, tout compte fait, convient assez Ă  ce sentiment de dĂ©chet que ressent l’élĂšve perdu pour l’école. Poubelle » est d’ailleurs un terme que j’ai entendu prononcer plusieurs fois pour qualifier ces boĂźtes privĂ©es hors contrat qui acceptent Ă  quel prix ? de recueillir les rebuts du collĂšge. J’y ai vĂ©cu de la cinquiĂšme Ă  la premiĂšre, pensionnaire. Et parmi tous les professeurs que j’y ai subis, quatre m’ont sauvĂ©. - Quand on t’a sorti de ce tas d’ordures, tu as fait une septicĂ©mie; on t’a piquĂ© Ă  la pĂ©nicilline pendant des mois. Ça te faisait un mal de chien, tu mourais de trouille. Quand l’infirmier se pointait on passait des heures Ă  te chercher dans la maison. Un jour tu t’es cachĂ© dans une armoire qui t’est tombĂ©e dessus. Peur de la piqĂ»re, voilĂ  une mĂ©taphore parlante toute ma scolaritĂ© passĂ©e Ă  fuir des professeurs envisagĂ©s comme des Diafoirus armĂ©s de seringues gigantesques et chargĂ©s de m’inoculer cette brĂ»lure Ă©paisse, la pĂ©nicilline des annĂ©es cinquante – dont je me souviens trĂšs bien –, une sorte de plomb fondu qu’ils injectaient dans un corps d’enfant. En tout cas, oui, la peur fut bel et bien la grande affaire de ma scolaritĂ©; son verrou. Et l’urgence du professeur que je devins fut de soigner la peur de mes plus mauvais Ă©lĂšves pour faire sauter ce verrou, que le savoir ait une chance de passer. 6. Je fais un rĂȘve. Pas un rĂȘve d’enfant, un rĂȘve d’aujourd’hui, pendant que j’écris ce livre. Juste aprĂšs le chapitre prĂ©cĂ©dent, Ă  vrai dire. Je suis assis, en pyjama, au bord de mon lit. De gros chiffres en plastique, comme ceux avec lesquels jouent les petits enfants, sont Ă©parpillĂ©s sur le tapis, devant moi. Je dois mettre ces chiffres en ordre ». C’est l’énoncĂ©. L’opĂ©ration me paraĂźt facile, je suis content. Je me penche et tends les bras vers ces chiffres. Et je m’aperçois que mes mains ont disparu. Il n’y a plus de mains au bout de mon pyjama. Mes manches sont vides. Ce n’est pas la disparition de mes mains qui m’affole, c’est de ne pas pouvoir atteindre ces chiffres pour les mettre en ordre. Ce que j’aurais su faire. 7. Pourtant, extĂ©rieurement, sans ĂȘtre agitĂ©, j’étais un enfant vif et joueur. Habile aux billes et aux osselets, imbattable au ballon prisonnier, champion du monde de polochon, je jouais. PlutĂŽt bavard et rieur, farceur mĂȘme, je me faisais des amis Ă  tous les Ă©tages de la classe, des cancres certes, mais des tĂȘtes de sĂ©rie aussi – je n’avais pas de prĂ©jugĂ©s. Plus que tout, certains professeurs me reprochaient cette gaietĂ©. C’était ajouter l’insolence Ă  la nullitĂ©. La moindre des politesses, pour un cancre, c’est d’ĂȘtre discret mort-nĂ© serait l’idĂ©al. Seulement, ma vitalitĂ© m’était vitale, si je puis dire. Le jeu me sauvait du chagrin qui m’envahissait dĂšs que je retombais dans ma honte solitaire. Mon Dieu, cette solitude du cancre dans la honte de ne jamais faire ce qu’il faut ! Et cette envie de fuir
 J’ai ressenti trĂšs tĂŽt l’envie de fuir. Pour oĂč ? Assez confus. Fuir de moi-mĂȘme, disons, et pourtant en moi-mĂȘme. Mais un moi qui aurait Ă©tĂ© acceptable par les autres. C’est sans doute Ă  cette envie de fuir que je dois l’étrange Ă©criture qui prĂ©cĂ©da mon Ă©criture. Au lieu de former les lettres de l’alphabet, je dessinais des petits bonshommes qui s’enfuyaient en marge pour s’y constituer en bande. Je m’appliquais, pourtant, au dĂ©but, j’ourlais mes lettres tant bien que mal, mais peu Ă  peu les lettres se mĂ©tamorphosaient d’elles-mĂȘmes en ces petits ĂȘtres sautillants et joyeux qui s’en allaient folĂątrer ailleurs, idĂ©ogrammes de mon besoin de vivre Aujourd’hui encore j’utilise ces bonshommes dans mes dĂ©dicaces. Ils me sont prĂ©cieux pour couper Ă  la recherche de la platitude distinguĂ©e qu’on se doit d’écrire sur la page de garde des services de presse. C’est la bande de mon enfance, je lui reste fidĂšle. 8. Adolescent, j’ai rĂȘvĂ© d’une bande plus rĂ©elle. Ce n’était pas l’époque, ce n’était pas de mon milieu, mon environnement ne m’en donnait pas la possibilitĂ©, mais aujourd’hui encore, je le dis rĂ©solument, si j’avais eu l’occasion de me constituer en bande, je l’aurais fait. Et avec quelle joie ! Mes camarades de jeu ne me suffisaient pas. Je n’existais pour eux qu’à la rĂ©crĂ©ation; en classe je me sentais compromettant. Ah ! me fondre dans une bande oĂč la scolaritĂ© n’aurait comptĂ© pour rien, quel rĂȘve ! Ce qui fait l’attrait de la bande ? S’y dissoudre avec la sensation de s’y affirmer. La belle illusion d’identitĂ© ! Tout pour oublier ce sentiment d’étrangetĂ© absolue Ă  l’univers scolaire, et fuir ces regards d’adulte dĂ©dain. Tellement convergents, ces regards ! Opposer un sentiment de communautĂ© Ă  cette perpĂ©tuelle solitude, un ailleurs Ă  cet ici, un territoire Ă  cette prison. Quitter l’üle du cancre Ă  tout prix, fĂ»t-ce sur un bateau de pirates oĂč ne rĂ©gnerait que la loi du poing et qui mĂšnerait, au mieux, en prison. Je les sentais tellement plus forts que moi, les autres, les professeurs, les adultes, et d’une force tellement plus Ă©crasante que le poing, si admise, si lĂ©gale, qu’il m’arrivait d’en Ă©prouver un besoin de vengeance proche de l’obsession. Quatre dĂ©cennies plus tard, l’expression avoir la haine » ne me surprit pas quand elle apparut dans la bouche de certains adolescents. MultipliĂ©e par quantitĂ© de facteurs nouveaux, sociologiques, culturels, Ă©conomiques, elle exprimait encore ce besoin de vengeance qui m’avait Ă©tĂ© si familier. Par bonheur, mes camarades de jeu n’étaient pas de ceux qui se constituent en bande, et je n’étais originaire d’aucune citĂ©. Je fus donc une bande de jeunes Ă  moi tout seul, comme dit la chanson de Renaud, une bande bien modeste, oĂč je pratiquais en solitaire des reprĂ©sailles plutĂŽt sournoises. Ces langues de bƓufs, par exemple une centaine, prĂ©levĂ©es nuitamment aux conserves de la cantine et que j’avais clouĂ©es Ă  la porte d’un intendant parce qu’il nous les servait deux fois par semaine et que nous les retrouvions le lendemain dans nos assiettes si nous ne les avions pas mangĂ©es. Ou ce hareng saur ficelĂ© au pot d’échappement de la toute neuve voiture d’un professeur d’anglais c’était une Ariane, je me la rappelle, le flanc des pneus blanc comme des chaussures de maquereau
, qui se mit Ă  puer inexplicablement le poisson grillĂ© au point que, les premiers jours, son propriĂ©taire lui- mĂȘme empestait la poiscaille en entrant dans la classe. Ou encore cette trentaine de poules, chipĂ©es dans les fermes avoisinant mon pensionnat de montagne, pour remplir la chambre du surveillant gĂ©nĂ©ral pendant toute la durĂ©e du week-end oĂč il m’avait consignĂ©. Quel magnifique poulailler devint cette piaule en trois jours seulement fientes et plumes collĂ©es, et la paille pour faire plus vrai, et les Ɠufs cassĂ©s un peu partout, et le maĂŻs gĂ©nĂ©reusement distribuĂ© par lĂ -dessus ! Sans parler de l’odeur ! Ah, la jolie fĂȘte quand le chef des pions, ouvrant benoĂźtement la porte de sa chambre, libĂ©ra dans les couloirs les prisonniĂšres affolĂ©es que chacun se mit Ă  poursuivre pour son propre compte ! C’était idiot, bien sĂ»r, idiot, mĂ©chant, rĂ©prĂ©hensible, impardonnable
 Et inefficace, avec ça le genre de sĂ©vices qui n’amĂ©liore pas le caractĂšre du corps enseignant
 Pourtant, je mourrai sans arriver Ă  regretter mes poules, mon hareng et mes pauvres bƓufs Ă  la langue tranchĂ©e. Avec mes petits bonshommes fous, ils faisaient partie de ma bande. 9. Une constante pĂ©dagogique Ă  de rares exceptions prĂšs, le vengeur solitaire ou le chahuteur sournois, c’est une question de point de vue ne se dĂ©nonce jamais. Si un autre que lui a fait le coup, il ne le dĂ©nonce pas davantage. SolidaritĂ© ? Pas sĂ»r. Une sorte de voluptĂ©, plutĂŽt, Ă  voir l’autoritĂ© s’épuiser en enquĂȘtes stĂ©riles. Que tous les Ă©lĂšves soient punis privĂ©s de ceci ou de cela jusqu’à ce que le coupable se livre ne l’émeut pas. Bien au contraire, on lui fournit par lĂ  l’occasion de se sentir partie prenante de la communautĂ©, enfin ! Il s’associe Ă  tous pour juger dĂ©gueulasse » de faire payer » tant d’ innocents » Ă  la place d’un seul coupable ». StupĂ©fiante sincĂ©ritĂ© ! Le fait qu’il soit le coupable en question n’entre plus, Ă  ses yeux, en ligne de compte. En punissant tout le monde l’autoritĂ© lui a permis de changer de registre nous ne sommes plus dans l’ordre des faits, qui regarde l’enquĂȘte, mais sur le terrain des principes; or, en bon adolescent qu’il est, l’équitĂ© est un principe sur lequel il ne transige pas. - Ils ne trouvent pas qui c’est, alors ils nous font tous payer, c’est dĂ©gueulasse ! Qu’on le traite de lĂąche, de voleur, de menteur ou de quoi que ce soit d’autre, qu’un procureur tonitruant dĂ©clare publiquement tout le mĂ©pris oĂč il tient les affreux de son espĂšce qui n’ont pas le courage de leurs actes » ne le touche guĂšre. D’abord parce qu’il n’entend lĂ  que la confirmation de ce qu’on lui a mille fois rĂ©pĂ©tĂ© et qu’il est d’accord sur ce point avec le procureur c’est mĂȘme un plaisir rare, cet accord secret Oui, tu as raison, je suis bien le mĂ©chant que tu dis, pire mĂȘme, si tu savais
 » et ensuite parce que le courage d’aller accrocher les trois soutanes du prĂ©fet de discipline au sommet du paratonnerre, par exemple, ce n’est pas le procureur qui l’a eu, ni aucun autre Ă©lĂšve ici prĂ©sent, c’est bien lui, et lui seul, au plus noir de la nuit, lui dans sa nocturne et dĂ©sormais glorieuse solitude. Pendant quelques heures, les soutanes ont fait au collĂšge un noir drapeau de pirate et personne, jamais, ne saura qui a hissĂ© ce pavillon grotesque. Et si on accuse quelqu’un d’autre Ă  sa place, ma foi, il se tait encore, car il connaĂźt son monde et sait trĂšs bien avec Claudel, qu’il ne lira pourtant jamais qu’ on peut aussi mĂ©riter l’injustice ». Il ne se dĂ©nonce pas. C’est qu’il s’est fait une raison de sa solitude et qu’il a enfin cessĂ© d’avoir peur. Il ne baisse plus les yeux. Regardez-le, il est le coupable au regard candide. Il a enfoui dans son silence ce plaisir unique personne ne saura, jamais ! Quand on se sent de nulle part, on a tendance Ă  se faire des serments Ă  soi- mĂȘme. Mais ce qu’il Ă©prouve, par-dessus tout, c’est la joie sombre d’ĂȘtre devenu incomprĂ©hensible aux nantis du savoir qui lui reprochent de ne rien comprendre Ă  rien. Il s’est dĂ©couvert une aptitude, en somme faire peur Ă  ceux qui l’effrayaient; il en jouit intensĂ©ment. Personne ne sait ce dont il est capable, et c’est bon. La naissance de la dĂ©linquance, c’est l’investissement secret de toutes les facultĂ©s de l’intelligence dans la ruse. 10. Mais on se ferait une fausse idĂ©e de l’élĂšve que j’étais si on s’en tenait Ă  ces reprĂ©sailles clandestines. D’ailleurs, les trois soutanes, ce n’était pas moi. Le cancre joyeux, ourdissant nuitamment des coups de main vengeurs, l’invisible Zorro des chĂątiments enfantins, j’aimerais pouvoir m’en tenir Ă  cette image d’Épinal, seulement j’étais aussi – et surtout – un gosse prĂȘt Ă  toutes les compromissions pour un regard d’adulte bienveillant. QuĂ©mander en douce l’assentiment des professeurs et coller Ă  tous les conformismes oui, monsieur, vous avez raison, oui
 hein, monsieur, que je ne suis pas si bĂȘte, pas si mĂ©chant, pas si dĂ©cevant, pas si
 Oh ! l’humiliation quand l’autre me renvoyait, d’une phrase sĂšche, Ă  mon indignitĂ©. Oh ! l’abject sentiment de bonheur quand, au contraire, il y allait de deux mots vaguement gentils que j’engrangeais aussitĂŽt comme un trĂ©sor d’humanité  Et comme je me prĂ©cipitais, le soir mĂȘme, pour en parler Ă  mes parents J’ai eu une bonne conversation avec monsieur Untel
 » comme s’il s’agissait d’avoir une bonne conversation, devait se dire mon pĂšre, Ă  juste titre
. Longtemps, j’ai traĂźnĂ© derriĂšre moi la trace de cette honte. La haine et le besoin d’affection m’avaient pris tout ensemble dĂšs mes premiers Ă©checs. Il s’agissait d’amadouer l’ogre scolaire. Tout faire pour qu’il ne me dĂ©vore pas le cƓur. Collaborer, par exemple, au cadeau d’anniversaire de ce professeur de sixiĂšme qui, pourtant, notait mes dictĂ©es nĂ©gativement Moins 38, Pennacchioni, la tempĂ©rature est de plus en plus basse ! » Me creuser la tĂȘte pour choisir ce qui ferait vraiment plaisir Ă  ce salaud, organiser la quĂȘte parmi les Ă©lĂšves et fournir moi-mĂȘme le complĂ©ment, vu que le prix de l’affreuse merveille dĂ©passait le montant de la cagnotte. Il y avait des coffres-forts dans les maisons bourgeoises de l’époque. J’entrepris de crocheter celui de mes parents pour participer au cadeau de mon tortionnaire. C’était un de ces petits coffres sombres et trapus, oĂč dorment les secrets de famille. Une clef, une molette Ă  chiffres, une autre Ă  lettres. Je savais oĂč mes parents rangeaient la clef mais il me fallut plusieurs nuits pour trouver la combinaison. Molette, clef, porte close. Molette, clef, porte close. Porte close. Porte close. On se dit qu’on n’y arrivera jamais. Et voilĂ  que soudain, dĂ©clic, la porte s’ouvre ! On en reste sidĂ©rĂ©. Une porte ouverte sur le monde secret des adultes. Secrets bien sages en l’occurrence quelques obligations, je suppose, des emprunts russes qui dormaient lĂ  en espĂ©rant leur rĂ©surrection, le pistolet d’ordonnance d’un grand-oncle, dont le chargeur Ă©tait plein mais dont on avait limĂ© le percuteur, et de l’argent aussi, pas beaucoup, quelques billets, d’oĂč je prĂ©levai la dĂźme nĂ©cessaire au financement du cadeau. Voler pour acheter l’affection des adultes
 Ce n’était pas exactement du vol et ça n’acheta Ă©videmment aucune affection. Le pot aux roses fut dĂ©couvert lorsque, durant cette mĂȘme annĂ©e, j’offris Ă  ma mĂšre un de ces affreux jardins japonais qui Ă©taient alors Ă  la mode et qui coĂ»taient les yeux de la tĂȘte. L’évĂ©nement eut trois consĂ©quences ma mĂšre pleura ce qui Ă©tait rare, persuadĂ©e d’avoir mis au monde un perceur de coffres le seul domaine oĂč son dernier-nĂ© manifestait une indiscutable prĂ©cocitĂ©, on me mit en pension, et ma vie durant je fus incapable de faucher quoi que ce soit, mĂȘme quand le vol devint culturellement Ă  la mode chez les jeunes gens de ma gĂ©nĂ©ration. 11. À tous ceux qui aujourd’hui imputent la constitution de bandes au seul phĂ©nomĂšne des banlieues, je dis vous avez raison, oui, le chĂŽmage, oui, la concentration des exclus, oui, les regroupements ethniques, oui, la tyrannie des marques, la famille monoparentale, oui, le dĂ©veloppement d’une Ă©conomie parallĂšle et les trafics en tout genre, oui, oui, oui
 Mais gardons-nous de sous-estimer la seule chose sur laquelle nous pouvons personnellement agir et qui, elle, date de la nuit des temps pĂ©dagogiques la solitude et la honte de l’élĂšve qui ne comprend pas, perdu dans un monde oĂč tous les autres comprennent. Nous seuls pouvons le sortir de cette prison-lĂ , que nous soyons ou non formĂ©s pour cela. Les professeurs qui m’ont sauvĂ© et qui ont fait de moi un professeur n’étaient pas formĂ©s pour ça. Ils ne se sont pas prĂ©occupĂ©s des origines de mon infirmitĂ© scolaire. Ils n’ont pas perdu de temps Ă  en chercher les causes et pas davantage Ă  me sermonner. Ils Ă©taient des adultes confrontĂ©s Ă  des adolescents en pĂ©ril. Ils se sont dit qu’il y avait urgence. Ils ont plongĂ©. Ils m’ont ratĂ©. Ils ont plongĂ© de nouveau, jour aprĂšs jour, encore et encore
 Ils ont fini par me sortir de lĂ . Et beaucoup d’autres avec moi. Ils nous ont littĂ©ralement repĂȘchĂ©s. Nous leur devons la vie. 12. Je fouille le fatras de mes vieux papiers Ă  la recherche de mes bulletins scolaires et de mes diplĂŽmes, et je tombe sur une lettre conservĂ©e par ma mĂšre. Elle est datĂ©e de fĂ©vrier 1959. J’avais quatorze ans depuis trois mois. J’étais en quatriĂšme. Je lui Ă©crivais de ma premiĂšre pension Ma chĂšre Maman, Moi aussi j’ai vu mes notes, je suis Ă©cƓurĂ©, j’en ai plein le dot [sic], quand on en est venu au point de travailler 2 h sans arrĂȘt pendant une Ă©tude pour rĂ©colter un 1 Ă  un devoir d’algĂšbre que l’on croulait [sic] bon il y a de quoi ĂȘtre dĂ©couragĂ©, aussi ais-je [sic] tout lĂąchĂ© [sic] pour rĂ©viser mes examens et mon 4 en application explique sĂ»rement la rĂ©vision de mon examen de gĂ©ologie pendant mon cour [sic] de math, [etc.] Je ne suis pas assez intelligent et travailleur pour continuer mes Ă©tudes. Ça ne m’intĂ©resse pas, j’attrape mal au crĂąne [sic] Ă  rester enfermer [sic] dans la paperasse, je ne comprends [sic] rien Ă  l’anglais, Ă  l’algĂšbre, je suis nule [sic] en orthographe, que reste-t-il ? Marie-ThĂ©, coiffeuse de notre village La Colle-sur-Loup, mon amie aĂźnĂ©e depuis ma prime enfance, m’avouait rĂ©cemment que ma mĂšre, s’épanchant sous le casque, lui avait confiĂ© son inquiĂ©tude quant Ă  mon avenir, un peu soulagĂ©e, disait- elle, d’avoir obtenu de mes frĂšres la promesse qu’ils prendraient soin de moi aprĂšs sa disparition et celle de mon pĂšre. Toujours dans la mĂȘme lettre, j’écrivais Vous avez eu trois fils intelligents et travailleurs
 un autre un cancre, un fĂ©ignant » sic
 Suivait une Ă©tude comparĂ©e des performances de mes frĂšres et des miennes et une vigoureuse supplique pour qu’on arrĂȘte le massacre, qu’on me retire de l’école et qu’on m’envoie aux colonies » famille de militaires, dans un petit bled [sic] et lĂ  se serait [sic] le seul endroit oĂč je serais [sic] heureux » soulignĂ© deux fois. L’exil, au bout du monde en somme, le pis-aller du rĂȘve, un projet de fuite Ă  la Bardamu chez un fils de soldat. Dix ans plus tard, le 30 septembre 1969, je recevais une lettre de mon pĂšre, adressĂ©e au collĂšge oĂč j’exerçais depuis un mois le mĂ©tier de professeur. C’était mon premier poste et c’était sa premiĂšre lettre au fils devenu. Il sortait de l’hĂŽpital, il me disait les douceurs de la convalescence, ses lentes promenades avec notre chien, me donnait des nouvelles de la famille, m’annonçait le possible mariage de ma cousine Ă  Stockholm, faisait de discrĂštes allusions Ă  un projet de roman dont nous avions parlĂ© ensemble et que je n’ai toujours pas Ă©crit, manifestait une vive curiositĂ© Ă  l’égard de ce que mes collĂšgues et moi Ă©changions dans nos propos de table, attendait l’arrivĂ©e par la poste de La loge du gouverneur d’Angelo Rinaldi en pestant contre la grĂšve des postiers, vantait L’attrape-cƓur de Salinger et Le jardin des dĂ©lices de JosĂ© Cabanis, excusait ma mĂšre de ne pas m’écrire plus fatiguĂ©e que moi de m’avoir soignĂ© », m’annonçait qu’il avait prĂȘtĂ© la roue de secours de notre 2 CV Ă  mon amie Fanchon Bernard s’est fait un plaisir de la lui changer », et m’embrassait en m’assurant de sa bonne forme. Pas plus qu’il ne m’avait menacĂ© d’un avenir calamiteux pendant ma scolaritĂ©, il ne faisait la moindre allusion Ă  mon passĂ© de cancre. Sur la plupart des sujets son ton Ă©tait comme Ă  l’habitude pudiquement ironique, et il ne semblait pas considĂ©rer que mon nouvel Ă©tat de professeur mĂ©ritĂąt qu’on s’en Ă©tonne, qu’on m’en fĂ©licite, ou qu’on s’en inquiĂšte pour mes Ă©lĂšves. Bref, mon pĂšre tel qu’en lui-mĂȘme, ironiste et sage, dĂ©sireux de bavarder avec moi, Ă  distance respectable, de la vie qui se continuait. J’ai l’enveloppe de cette lettre sous les yeux. Aujourd’hui seulement un dĂ©tail me frappe. Il ne s’était pas contentĂ© d’écrire mon nom, le nom du collĂšge, celui de la rue et de la ville
 Il y avait ajoutĂ© la mention professeur. Daniel Pennacchioni professeur au collĂšge
 Professeur
 De son Ă©criture si exacte. Il m’aura fallu une existence entiĂšre pour entendre ce hurlement de joie – et ce soupir de soulagement. II - Devenir J’ai douze ans et demi et je n’ai rien fait 1. Nous entrons, pendant que j’écris ces lignes, dans la saison des appels au secours. DĂšs le mois de mars le tĂ©lĂ©phone sonne Ă  la maison plus souvent que d’habitude amis Ă©perdus cherchant une nouvelle Ă©cole pour un enfant en Ă©chec, cousins dĂ©sespĂ©rĂ©s en quĂȘte d’une Ă©niĂšme boĂźte aprĂšs un Ă©niĂšme renvoi, voisins contestant l’efficacitĂ© d’un redoublement, inconnus qui pourtant me connaissent, ils tiennent mon tĂ©lĂ©phone d’Untel
 Ce sont des appels du soir gĂ©nĂ©ralement, vers la fin du dĂźner, l’heure de la dĂ©tresse. Des appels de mĂšres le plus souvent. De fait rarement le pĂšre, le pĂšre vient aprĂšs, quand il vient, mais Ă  l’origine, au premier coup de tĂ©lĂ©phone, c’est toujours la mĂšre, et presque toujours pour le fils. La fille semble plus sage. On est la mĂšre. On est seule Ă  la maison, repas expĂ©diĂ©, vaisselle pas faite, le bulletin du garçon Ă©talĂ© devant soi, le garçon enfermĂ© Ă  double tour dans sa chambre devant son jeu vidĂ©o, ou dĂ©jĂ  dehors, en vadrouille avec sa bande, malgrĂ© une timide interdiction
 On est seule, la main sur le tĂ©lĂ©phone, on hĂ©site. Expliquer pour la Ă©niĂšme fois le cas du fils, faire une fois de plus l’historique de ses Ă©checs, cette fatigue, mon Dieu
 Et la perspective de l’épuisement Ă  venir dĂ©marcher cette annĂ©e encore les Ă©coles qui voudront bien de lui
 poser une journĂ©e de congĂ© au bureau, au magasin
 visites aux chefs d’établissement
 barrages des secrĂ©tariats
 dossiers Ă  remplir
 attente de la rĂ©ponse
 entretiens
 avec le fils, sans le fils
 tests
 attente des rĂ©sultats
 documentation
 incertitudes, cette Ă©cole est-elle meilleure que cette autre ? Car en matiĂšre d’école la question de l’excellence se pose au sommet de l’échelle comme au fond des abysses, la meilleure Ă©cole pour les meilleurs Ă©lĂšves et la meilleure pour les naufragĂ©s, tout est là
 On appelle enfin. On s’excuse de vous dĂ©ranger, on sait Ă  quel point vous devez ĂȘtre sollicitĂ© mais voilĂ  on a un garçon qui, vraiment, dont on ne sait plus comment
 Professeurs, mes frĂšres, je vous en supplie, pensez Ă  vos collĂšgues quand, dans le silence de la salle des profs, vous Ă©crivez sur vos bulletins que le troisiĂšme trimestre sera dĂ©terminant ». Sonnerie instantanĂ©e de mon tĂ©lĂ©phone - Le troisiĂšme trimestre, tu parles ! Leur dĂ©cision est dĂ©jĂ  prise depuis le dĂ©but, oui. - Le troisiĂšme trimestre, le troisiĂšme trimestre, ça ne l’émeut pas du tout, ce gosse, la menace du troisiĂšme trimestre, il n’a jamais eu un seul trimestre convenable ! - Le troisiĂšme trimestre
 Comment voulez-vous qu’il remonte un pareil handicap en si peu de temps ? Ils savent bien que c’est un gruyĂšre, leur troisiĂšme trimestre, avec toutes ces vacances ! - S’ils refusent le passage, cette fois je fais appel ! - De toute façon, aujourd’hui il faut s’y prendre de plus en plus tĂŽt pour trouver une Ă©cole
 Et ça dure jusqu’à la fin du mois de juin, quand il est avĂ©rĂ© que le troisiĂšme trimestre a bel et bien Ă©tĂ© dĂ©terminant, qu’on n’acceptera pas le rejeton dans la classe supĂ©rieure et qu’il est effectivement trop tard pour chercher une nouvelle Ă©cole, tout le monde s’y Ă©tant pris avant soi, mais que voulez-vous, on a voulu y croire jusqu’au bout, on s’est dit que cette fois peut-ĂȘtre le gosse comprendrait, il s’était bien repris au troisiĂšme trimestre, si, si, je vous assure, il faisait des efforts, beaucoup moins d’absences
 2. Il y a la mĂšre perdue, Ă©puisĂ©e par la dĂ©rive de son enfant, Ă©voquant les effets supposĂ©s des dĂ©sastres conjugaux c’est notre sĂ©paration qui l’a
 depuis la mort de son pĂšre, il n’est plus tout Ă  fait
 Il y a la mĂšre humiliĂ©e par les conseils des amies dont les enfants, eux, marchent bien, ou qui, pire, Ă©vitent le sujet avec une discrĂ©tion presque insultante
 Il y a la mĂšre furibarde, convaincue que son garçon est depuis toujours l’innocente victime d’une coalition enseignante, toutes disciplines confondues, ça a commencĂ© trĂšs tĂŽt, Ă  la maternelle, il avait une institutrice qui
 et ça ne s’est pas du tout arrangĂ© au CP, l’instit, un homme cette fois, Ă©tait pire, et figurez-vous que son professeur de français, en quatriĂšme, lui a
 Il y a celle qui n’en fait pas une question de personne mais vitupĂšre la sociĂ©tĂ© telle qu’elle se dĂ©lite, l’institution telle qu’elle sombre, le systĂšme tel qu’il pourrit, le rĂ©el en somme, tel qu’il n’épouse pas son rĂȘve
 Il y a la mĂšre furieuse contre son enfant ce garçon qui a tout et ne fait rien, ce garçon qui ne fait rien et veut tout, ce garçon pour qui on a tout fait et qui jamais ne
 pas une seule fois, vous m’entendez ! Il y a la mĂšre qui n’a pas rencontrĂ© un seul professeur de l’annĂ©e et celle qui a fait leur siĂšge Ă  tous
 Il y a la mĂšre qui vous tĂ©lĂ©phone tout simplement pour que vous la dĂ©barrassiez cette annĂ©e encore d’un fils dont elle ne veut plus entendre parler jusqu’à l’annĂ©e prochaine mĂȘme date, mĂȘme heure, mĂȘme coup de tĂ©lĂ©phone, et qui le dit On verra l’annĂ©e prochaine, il faut juste lui trouver une Ă©cole d’ici lĂ . » Il y a la mĂšre qui craint la rĂ©action du pĂšre Cette fois mon mari ne le supportera pas » on a cachĂ© la plupart des bulletins de notes au mari en question
 Il y a la mĂšre qui ne comprend pas ce fils si diffĂ©rent de l’autre, qui s’efforce de ne pas l’aimer moins, qui s’ingĂ©nie Ă  demeurer la mĂȘme mĂšre pour ses deux garçons. Il y a la mĂšre, au contraire, qui ne peut s’empĂȘcher de choisir celui-ci Pourtant je m’investis entiĂšrement en lui », au grand dam des frĂšres et sƓurs, bien sĂ»r, et qui a utilisĂ© en vain toutes les ressources des aides auxiliaires sport, psychologie, orthophonie, sophrologie, cures de vitamines, relaxation, homĂ©opathie, thĂ©rapie familiale ou individuelle
 Il y a la mĂšre versĂ©e en psychologie, qui donnant une explication Ă  tout s’étonne qu’on ne trouve jamais de solution Ă  rien, la seule au monde Ă  comprendre son fils, sa fille, les amis de son fils et de sa fille, et dont la perpĂ©tuelle jeunesse d’esprit N’est-ce pas qu’il faut savoir rester jeune ? » s’étonne que le monde soit devenu si vieux, tellement inapte Ă  comprendre les jeunes. Il y a la mĂšre qui pleure, elle vous appelle et pleure en silence, et s’excuse de pleurer
 un mĂ©lange de chagrin, d’inquiĂ©tude et de honte
 À vrai dire toutes ont un peu honte, et toutes sont inquiĂštes pour l’avenir de leur garçon Mais qu’est-ce qu’il va devenir ? » La plupart se font de l’avenir une reprĂ©sentation qui est une projection du prĂ©sent sur la toile obsĂ©dante du futur. Le futur comme un mur oĂč seraient projetĂ©es les images dĂ©mesurĂ©ment agrandies d’un prĂ©sent sans espoir, la voilĂ  la grande peur des mĂšres ! 3. Elles ignorent qu’elles s’adressent au plus jeune perceur de coffre de sa gĂ©nĂ©ration et que si leur reprĂ©sentation de l’avenir Ă©tait fondĂ©e je ne serais pas au tĂ©lĂ©phone en train de les Ă©couter mais en prison, Ă  compter mes poux, conformĂ©ment au film que dut projeter ma pauvre maman sur l’écran du futur quand elle apprit que son fils de onze ans pillait les Ă©conomies de la famille. Alors, je tente une histoire drĂŽle - Connaissez-vous le seul moyen de faire rire le bon Dieu ? HĂ©sitation au bout du fil. - Racontez-lui vos projets. En d’autres termes, pas d’affolement, rien ne se passe comme prĂ©vu, c’est la seule chose que nous apprend le futur en devenant du passĂ©. C’est insuffisant, bien sĂ»r, un sparadrap sur une blessure qui ne cicatrisera pas si facilement, mais je fais avec les moyens du tĂ©lĂ©phone. 4. Pour ĂȘtre juste, on me parle aussi parfois de bons Ă©lĂšves la mĂšre mĂ©thodique, par exemple, en quĂȘte de la meilleure classe prĂ©paratoire, comme elle fut, dĂšs la naissance de son enfant, Ă  la recherche de la meilleure maternelle, et qui me suppose aimablement une compĂ©tence pour cette pĂȘche en altitude; ou la mĂšre venue d’un autre monde, premiĂšre immigration, gardienne de mon immeuble, qui a repĂ©rĂ© des dons Ă©tranges chez sa fille, or elle a raison, la petite doit poursuivre un cycle long, aucun doute lĂ -dessus, une future agrĂ©gĂ©e de quelque chose, elle aura mĂȘme le choix de la matiĂšre
 De fait, elle achĂšve aujourd’hui ses Ă©tudes de droit. Et puis, il y a L. M., agriculteur dans le Vercors, convoquĂ© par l’institutrice du village, vu les rĂ©sultats Ă©poustouflants de son garçon
 - Elle me demande ce que j’aimerais qu’il fasse plus tard. Il lĂšve son verre Ă  ma santĂ© - Vous ĂȘtes marrants, vous autres les profs, avec vos questions
 - Alors, qu’est-ce que tu lui as rĂ©pondu ? - Qu’est-ce que tu veux que ça rĂ©ponde, un pĂšre ? Le maximum ! PrĂ©sident de la RĂ©publique ! Et il y a l’inverse, un autre pĂšre, technicien de surface celui-lĂ , qui veut absolument abrĂ©ger les Ă©tudes de son garçon pour le mettre au travail, que le gamin gagne » tout de suite. Un salaire de plus dans la famille ça ferait pas de mal ! » Oui mais voilĂ , le gamin veut ĂȘtre professeur des Ă©coles justement, instituteur comme on disait naguĂšre, et je trouve que c’est une bonne idĂ©e, j’aimerais bien, moi, qu’il entre dans l’enseignement, ce garçon si vif et qui en a tant envie, nĂ©gocions, nĂ©gocions, il y va du bonheur des futurs Ă©lĂšves de ce futur collĂšgue
 Allons bon, voilĂ  que je me mets Ă  croire en l’avenir, moi aussi, que je reprends foi en l’école de la rĂ©publique. C’est elle qui a formĂ© mon propre pĂšre, aprĂšs tout, l’école de la rĂ©publique, et Ă  quatre-vingt-dix ans de distance ce garçon ressemble beaucoup Ă  ce que devait ĂȘtre mon pĂšre, le petit Corse d’Aurillac, vers l’annĂ©e 1913, quand son frĂšre aĂźnĂ© se mit au travail pour offrir Ă  son cadet les moyens et le temps de franchir les portes de l’École polytechnique. Et puis, j’ai toujours encouragĂ© mes amis et mes Ă©lĂšves les plus vivants Ă  devenir professeurs. J’ai toujours pensĂ© que l’école, c’était d’abord les professeurs. Qui donc m’a sauvĂ© de l’école, sinon trois ou quatre professeurs ? 5. Il y a ce pĂšre, agacĂ©, qui m’affirme, catĂ©gorique - Mon fils manque de maturitĂ©. Un homme jeune, strictement assis dans les perpendiculaires de son costume. Droit sur sa chaise, il dĂ©clare d’entrĂ©e de jeu que son fils manque de maturitĂ©. C’est une constatation. Ça n’appelle ni question ni commentaire. Ça exige une solution, point final. Je demande tout de mĂȘme l’ñge du fils en question. RĂ©ponse immĂ©diate - Onze ans dĂ©jĂ . C’est un jour oĂč je ne suis pas en forme. Mal dormi, peut-ĂȘtre. Je prends mon front entre mes mains, pour dĂ©clarer, finalement, en Raspoutine infaillible - J’ai la solution. Il lĂšve un sourcil. Regard satisfait. Bon, nous sommes entre professionnels. Alors, cette solution ? Je la lui donne - Attendez. Il n’est pas content. La conversation n’ira pas beaucoup plus loin. - Ce gosse ne peut tout de mĂȘme pas passer son temps Ă  jouer ! Le lendemain je croise le mĂȘme pĂšre dans la rue. MĂȘme costume, mĂȘme raideur, mĂȘme attachĂ©-case. Mais il se dĂ©place en trottinette. Je jure que c’est vrai. 6. Aucun avenir. Des enfants qui ne deviendront pas. Des enfants dĂ©sespĂ©rants. Écolier, puis collĂ©gien, puis lycĂ©en, j’y croyais dur comme fer moi aussi Ă  cette existence sans avenir. C’est mĂȘme la toute premiĂšre chose dont un mauvais Ă©lĂšve se persuade. - Avec des notes pareilles qu’est-ce que tu peux espĂ©rer ? - Tu t’imagines que tu vas passer en sixiĂšme ? En cinquiĂšme, en quatriĂšme, en troisiĂšme, en seconde, en premiĂšre
 - Combien de chances, au bac, d’aprĂšs vous, faites-moi plaisir, calculez vos chances vous-mĂȘme, sur cent, combien ? Ou cette directrice de collĂšge, dans un vrai cri de joie - Vous, Pennacchioni, le BEPC ? Vous ne l’aurez jamais ! Vous m’entendez ? Jamais ! Elle en vibrait. En tout cas je ne deviendrai pas comme toi, vieille folle ! Je ne serai jamais prof, araignĂ©e engluĂ©e dans ta propre toile, garde-chiourme vissĂ©e Ă  ton bureau jusqu’à la fin de tes jours. Jamais ! Nous autres les Ă©lĂšves nous passons, vous, vous restez ! Nous sommes libres et vous en avez pris pour perpĂšte. Nous, les mauvais, nous n’allons nulle part mais au moins nous y allons ! L’estrade ne sera pas l’enclos minable de notre vie ! MĂ©pris pour mĂ©pris je me raccrochais Ă  ce mĂ©chant rĂ©confort nous passons, les profs restent; c’est une conversation frĂ©quente chez les Ă©lĂšves de fond de classe. Les cancres se nourrissent de mots. J’ignorais alors qu’il arrive aux professeurs de l’éprouver aussi, cette sensation de perpĂ©tuitĂ© rabĂącher indĂ©finiment les mĂȘmes cours devant des classes interchangeables, crouler sous le fardeau quotidien des copies on ne peut pas imaginer Sisyphe heureux avec un paquet de copies !, je ne savais pas que la monotonie est la premiĂšre raison que les professeurs invoquent quand ils dĂ©cident de quitter le mĂ©tier, je ne pouvais pas imaginer que certains d’entre eux souffrent bel et bien de rester assis lĂ , quand passent les Ă©lĂšves
 J’ignorais que les professeurs aussi se soucient du futur dĂ©crocher mon agrĂ©g, achever ma thĂšse, passer Ă  la fac, prendre mon envol pour les cimes des classes prĂ©paratoires, opter pour la recherche, filer Ă  l’étranger, m’adonner Ă  la crĂ©ation, changer de secteur, laisser enfin tomber ces boutonneux amorphes et vindicatifs qui produisent des tonnes de papier, j’ignorais que lorsque les professeurs ne pensent pas Ă  leur avenir, c’est qu’ils songent Ă  celui de leurs enfants, aux Ă©tudes supĂ©rieures de leur progĂ©niture
 Je ne savais pas que la tĂȘte des professeurs est saturĂ©e d’avenir. Je ne les croyais lĂ  que pour m’interdire le mien. Interdit d’avenir. À force de me l’entendre rĂ©pĂ©ter je m’étais fait une reprĂ©sentation assez prĂ©cise de cette vie sans futur. Ce n’était pas que le temps cesserait de passer, ce n’était pas que le futur n’existait pas, non, c’était que j’y serais pareil Ă  ce que j’étais aujourd’hui. Pas le mĂȘme, bien sĂ»r, pas comme si le temps n’avait pas filĂ©, mais comme si les annĂ©es s’étaient accumulĂ©es sans que rien ne change en moi, comme si mon instant futur menaçait d’ĂȘtre rigoureusement pareil Ă  mon prĂ©sent. Or, de quoi Ă©tait-il fait, mon prĂ©sent ? D’un sentiment d’indignitĂ© que saturait la somme de mes instants passĂ©s. J’étais une nullitĂ© scolaire et je n’avais jamais Ă©tĂ© que cela. Bien sĂ»r le temps passerait, bien sĂ»r la croissance, bien sĂ»r les Ă©vĂ©nements, bien sĂ»r la vie, mais je traverserais cette existence sans aboutir jamais Ă  aucun rĂ©sultat. C’était beaucoup plus qu’une certitude, c’était moi. De cela, certains enfants se persuadent trĂšs vite, et s’ils ne trouvent personne pour les dĂ©tromper, comme on ne peut vivre sans passion ils dĂ©veloppent, faute de mieux, la passion de l’échec. 7. L’avenir, cette Ă©trange menace
 SoirĂ©e d’hiver. Nathalie dĂ©gringole en sanglotant les escaliers du collĂšge. Un chagrin qui tient Ă  se faire entendre. Qui utilise le bĂ©ton comme caisse de rĂ©sonance. C’est encore une enfant, son corps pĂšse son poids d’ancien bĂ©bĂ© sur les marches sonnantes de l’escalier. Il est dix-sept heures trente, presque tous les Ă©lĂšves sont partis. Je suis un des derniers professeurs Ă  passer par lĂ . Le tam-tam des pas sur les marches, l’explosion des sanglots houlĂ , chagrin d’école, pense le professeur, disproportion, disproportion, chagrin probablement disproportionnĂ© ! Et Nathalie apparaĂźt au bas de l’escalier. Eh bien, Nathalie, eh bien, eh bien, qu’est-ce que c’est que ce chagrin ? Je connais cette Ă©lĂšve, je l’ai eue l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, en sixiĂšme. Une enfant incertaine, Ă  rassurer souvent. Qu’est-ce qui se passe, Nathalie ? RĂ©sistance de principe Rien, m’sieur, rien. Alors, c’est beaucoup de bruit pour rien, ma grande ! Redoublement des sanglots, et Nathalie, finalement, d’exposer son malheur entre les hoquets - Meu
 Meu
 Monsieur
 je n’a
 je n’arrive p
 Je n’arrive pas Ă  c
 Ă  comp
 Je n’arrive pas Ă  comprendre
 - À comprendre quoi ? Qu’est-ce que tu n’arrives pas Ă  comprendre ? - L’ap
 l’ap
 Et brusquement le bouchon saute, ça sort d’un coup - La
 proposition-subordonnĂ©e-conjonctive-de-concession-et-d’opposition ! Silence. Ne pas rigoler. Surtout ne pas rire. - La proposition subordonnĂ©e conjonctive de concession et d’opposition ? C’est elle qui te met dans un Ă©tat pareil ? Soulagement. Le prof se met Ă  penser trĂšs vite et trĂšs sĂ©rieusement Ă  la proposition en question; comment expliquer Ă  cette Ă©lĂšve qu’il n’y a pas de quoi s’en faire une montagne, qu’elle l’utilise sans le savoir, cette fichue proposition une de mes prĂ©fĂ©rĂ©es d’ailleurs, si tant est qu’on puisse prĂ©fĂ©rer une conjonctive Ă  une autre
, la proposition qui rend possibles tous les dĂ©bats, condition premiĂšre Ă  la subtilitĂ©, dans la sincĂ©ritĂ© comme dans la mauvaise foi, il faut bien le reconnaĂźtre, mais tout de mĂȘme, pas de tolĂ©rance sans concession, ma petite, tout est lĂ , il n’y a qu’à Ă©numĂ©rer les conjonctions qui l’introduisent, cette subordonnĂ©e bien que, quoique, encore que, quelque que, tu sens bien qu’on s’achemine vers la subtilitĂ© aprĂšs des mots pareils, qu’on va faire la part de la chĂšvre et du chou, que cette proposition fera de toi une fille mesurĂ©e et rĂ©flĂ©chie, prĂȘte Ă  Ă©couter et Ă  ne pas rĂ©pondre n’importe quoi, une femme d’arguments, une philosophe peut-ĂȘtre, voilĂ  ce qu’elle va faire de toi, la conjonctive de concession et d’opposition ! Ça y est, le professeur est enclenchĂ© comment consoler une gamine avec une leçon de grammaire ? Voyons voir
 Tu as bien cinq minutes, Nathalie, viens ici que je t’explique. Classe vide, assieds-toi, Ă©coute-moi bien, c’est tout simple
 Elle s’assied, elle m’écoute, c’est tout simple. Ça y est ? Tu as compris ? Donne-moi un exemple, pour voir. Exemple juste. Elle a compris. Bon. Ça va mieux ? Eh bien ! pas du tout, ça ne va pas mieux du tout, nouvelle crise de larmes, des sanglots gros comme ça, et tout Ă  coup cette phrase, que je n’ai jamais oubliĂ©e - Vous ne vous rendez pas compte, monsieur, j’ai douze ans et demi, et je n’ai rien fait. RentrĂ© chez moi je ressasse la phrase. Qu’est-ce que cette gamine a bien pu vouloir dire ? Rien fait
 » Rien fait de mal en tout cas, innocente Nathalie. Il me faudra attendre le lendemain soir, renseignements pris, pour apprendre que le pĂšre de Nathalie vient de se faire licencier aprĂšs dix ans de bons et loyaux services en qualitĂ© de cadre dans une boĂźte de je ne sais plus quoi. C’est un des tout premiers cadres licenciĂ©s. Nous sommes au milieu des annĂ©es quatre-vingt; jusqu’à prĂ©sent le chĂŽmage Ă©tait de culture ouvriĂšre, si l’on peut dire. Et cet homme, jeune, qui n’a jamais doutĂ© de son rĂŽle dans la sociĂ©tĂ©, cadre modĂšle et pĂšre attentif je l’ai vu plusieurs fois l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, soucieux de sa fille si timide, si peu confiante en elle-mĂȘme, s’est effondrĂ©. Il a dressĂ© un bilan dĂ©finitif. À la table familiale, il ne cesse de rĂ©pĂ©ter J’ai trente-cinq ans et je n’ai rien fait. » 8. Le pĂšre de Nathalie inaugurait une Ă©poque oĂč l’avenir lui-mĂȘme serait rĂ©putĂ© sans avenir; une dĂ©cennie pendant laquelle les Ă©lĂšves allaient se l’entendre rĂ©pĂ©ter tous les jours et sur tous les tons fini les vaches grasses, mes enfants ! Et fini les amours faciles ! ChĂŽmage et sida pour tout le monde, voilĂ  ce qui vous attend. Oui, c’est ce que nous leur avons serinĂ©, parents ou professeurs, pendant les annĂ©es qui ont suivi, pour les motiver » davantage. Un discours comme un ciel bouchĂ©. VoilĂ  ce qui faisait pleurer la petite Nathalie; elle Ă©prouvait du chagrin par anticipation, elle pleurait son futur comme un jeune mort. Et elle se sentait bien coupable de le tuer un peu plus tous les jours, avec ses difficultĂ©s en grammaire. Il est vrai que, par ailleurs, son professeur avait cru bon lui affirmer qu’elle avait de l’eau de vaisselle dans le crĂąne ». De l’eau de vaisselle, Nathalie ? Laisse-moi Ă©couter
 J’avais secouĂ© sa petite tĂȘte avec une mine de toubib attentif
 Non, non, pas de flotte lĂ -dedans, ni de vaisselle
 Timide sourire, quand mĂȘme. Attends un peu
 Et j’avais tapotĂ© son crĂąne, index repliĂ©, comme on frappe Ă  une porte
 Non, je t’assure, c’est un beau cerveau que j’entends lĂ , Nathalie, exceptionnel mĂȘme, un trĂšs joli son, exactement le son que font les tĂȘtes pleines d’idĂ©es ! Petit rire, enfin. Quelle tristesse nous leur avons mise Ă  l’ñme pendant toutes ces annĂ©es ! Et comme je prĂ©fĂšre le rire de Marcel AymĂ©, le bon rire vachard de Marcel, quand il vante la sagesse du fils qui a flairĂ© le chĂŽmage avant tout le monde - Toi, Émile, tu as Ă©tĂ© rudement plus malin que ton frĂšre. Il faut dire que tu es l’aĂźnĂ© et que tu as plus de connaissance de la vie. En tout cas je n’ai pas d’inquiĂ©tude pour toi, tu as su rĂ©sister Ă  la tentation, et comme tu n’en as jamais foutu un clou te voilĂ  prĂ©parĂ© Ă  l’existence qui t’attend. Ce qui est le plus dur pour le chĂŽmeur, vois-tu, c’est de ne pas avoir Ă©tĂ© habituĂ© dĂšs l’enfance Ă  cette vie-lĂ . C’est plus fort que soi, on a dans les mains une dĂ©mangeaison de travailler. Avec toi, je suis tranquille, tu as un de ces poils dans la main qui ne demande qu’à friser. - Quand mĂȘme, protesta Émile, je sais lire presque couramment. - Et c’est encore une preuve que tu es malin. Sans rien te casser ni prendre de mauvaises habitudes de travail, te voilĂ  capable de suivre le tour de France dans ton journal, et tous les comptes rendus des grandes Ă©preuves sportives qu’on Ă©crit pour la distraction du chĂŽmeur. Ah ! Tu seras un homme heureux
 9. Plus de vingt ans ont passĂ©. Aujourd’hui, le chĂŽmage est en effet de toutes les cultures, l’avenir professionnel ne sourit plus Ă  grand monde sous nos latitudes, l’amour ne brille guĂšre et Nathalie doit ĂȘtre une jeune femme de trente-sept ans et demi. Et mĂšre, va savoir. D’une fille de douze ans, peut-ĂȘtre. Nathalie est-elle chĂŽmeuse ou satisfaite de son rĂŽle social ? Perdue de solitude ou heureuse en amour ? Femme Ă©quilibrĂ©e, maĂźtresse Ăšs concessions et oppositions ? Se rĂ©pand-elle en dĂ©sarroi Ă  la table familiale ou songe-t-elle bravement au moral de sa fille quand la petite franchit la porte de sa classe ? 10. Nos mauvais Ă©lĂšves » Ă©lĂšves rĂ©putĂ©s sans devenir ne viennent jamais seuls Ă  l’école. C’est un oignon qui entre dans la classe quelques couches de chagrin, de peur, d’inquiĂ©tude, de rancƓur, de colĂšre, d’envies inassouvies, de renoncement furieux, accumulĂ©es sur fond de passĂ© honteux, de prĂ©sent menaçant, de futur condamnĂ©. Regardez, les voilĂ  qui arrivent, leur corps en devenir et leur famille dans leur sac Ă  dos. Le cours ne peut vraiment commencer qu’une fois le fardeau posĂ© Ă  terre et l’oignon Ă©pluchĂ©. Difficile d’expliquer cela, mais un seul regard suffit souvent, une parole bienveillante, un mot d’adulte confiant, clair et stable, pour dissoudre ces chagrins, allĂ©ger ces esprits, les installer dans un prĂ©sent rigoureusement indicatif. Naturellement le bienfait sera provisoire, l’oignon se recomposera Ă  la sortie et sans doute faudra-t-il recommencer demain. Mais c’est cela, enseigner c’est recommencer jusqu’à notre nĂ©cessaire disparition de professeur. Si nous Ă©chouons Ă  installer nos Ă©lĂšves dans l’indicatif prĂ©sent de notre cours, si notre savoir et le goĂ»t de son usage ne prennent pas sur ces garçons et sur ces filles, au sens botanique du verbe, leur existence tanguera sur les fondriĂšres d’un manque indĂ©fini. Bien sĂ»r nous n’aurons pas Ă©tĂ© les seuls Ă  creuser ces galeries ou Ă  ne pas avoir su les combler, mais ces femmes et ces hommes auront tout de mĂȘme passĂ© une ou plusieurs annĂ©es de leur jeunesse, lĂ , assis en face de nous. Et ce n’est pas rien, une annĂ©e de scolaritĂ© fichue c’est l’éternitĂ© dans un bocal. 11. Il faudrait inventer un temps particulier pour l’apprentissage. Le prĂ©sent d’incarnation, par exemple. Je suis ici, dans cette classe, et je comprends, enfin ! Ça y est ! Mon cerveau diffuse dans mon corps ça s’incarne. Quand ce n’est pas le cas, quand je n’y comprends rien, je me dĂ©lite sur place, je me dĂ©sintĂšgre dans ce temps qui ne passe pas, je tombe en poussiĂšre et le moindre souffle m’éparpille. Seulement, pour que la connaissance ait une chance de s’incarner dans le prĂ©sent d’un cours, il faut cesser d’y brandir le passĂ© comme une honte et l’avenir comme un chĂątiment. 12. À propos, que deviennent-ils, ceux qui sont devenus ? F. est mort quelques mois aprĂšs sa mise Ă  la retraite. J. s’est jetĂ© par la fenĂȘtre la veille de la sienne. G. fait une dĂ©pression nerveuse. Tel autre en sort Ă  peine. Les mĂ©decins de J. F. datent le dĂ©but de son Alzheimer de la premiĂšre annĂ©e de sa retraite anticipĂ©e. Ceux de P. B. aussi. La pauvre L. pleure toutes les larmes de son corps pour avoir Ă©tĂ© licenciĂ©e du groupe de presse oĂč elle croyait faire l’actualitĂ© ad vitam aeternam. Et je pense encore au cordonnier de P., mort de n’avoir pas trouvĂ© repreneur Ă  sa cordonnerie. Alors ma vie ne vaut rien ? » C’est ce qu’il ne cessait de rĂ©pĂ©ter. Personne ne voulait racheter sa raison d’ĂȘtre. Tout ça pour rien ? » Il en est mort de chagrin. Celui-ci est diplomate; retraitĂ© dans six mois, il redoute plus que tout le face-Ă - face avec lui-mĂȘme. Il cherche Ă  faire autre chose conseiller international d’un groupe industriel ? Consultant en ceci ou en cela ? Quant Ă  celui-lĂ , il fut Premier ministre. Il en a rĂȘvĂ© trente ans durant, dĂšs ses premiers succĂšs Ă©lectoraux. Sa femme l’y a toujours encouragĂ©. C’est un routier de la politique, il savait que ce rĂŽle- titre, le gouvernement Untel, Ă©tait, par nature, temporaire. Et dangereux. Il savait qu’à la premiĂšre occasion il serait la risĂ©e de la presse, une cible de choix, y compris pour son propre camp, bouc Ă©missaire en chef. Sans doute connaissait-il la blague de Clemenceau sur son chef de cabinet, en 1917, Quand je pĂšte, c’est lui qui pue ». Oui, le monde politique a de ces Ă©lĂ©gances. On y est d’autant plus cru entre amis » qu’on se doit de peser les dĂ©clarations publiques au milligramme. Donc, il devient Premier ministre. Il accepte ce contrat pĂ©rilleux Ă  durĂ©e limitĂ©e. Sa femme et lui se sont blindĂ©s en consĂ©quence. Premier ministre pendant quelques annĂ©es, bien. Les quelques annĂ©es passent. Comme prĂ©vu, il saute. Il perd son ministĂšre. Ses proches affirment qu’il accuse gravement le coup Il craint pour son avenir. » Tant et si bien qu’une dĂ©pression nerveuse l’entraĂźne jusqu’au bord du suicide. MalĂ©fice du rĂŽle social pour lequel nous avons Ă©tĂ© instruits et Ă©duquĂ©s, et que nous avons jouĂ© toute notre vie », soit une moitiĂ© de notre temps de vivre ĂŽtez- nous le rĂŽle, nous ne sommes mĂȘme plus l’acteur. Ces fins de carriĂšre dramatiques Ă©voquent un dĂ©sarroi assez comparable Ă  mes yeux au tourment de l’adolescent qui, croyant n’avoir aucun avenir, Ă©prouve tant de douleur Ă  durer. RĂ©duits Ă  nous-mĂȘmes, nous nous rĂ©duisons Ă  rien. Au point qu’il nous arrive de nous tuer. C’est, Ă  tout le moins, une faille dans notre Ă©ducation. 13. Vint une annĂ©e oĂč je fus particuliĂšrement mĂ©content de moi. Tout Ă  fait malheureux d’ĂȘtre ce que j’étais. Assez dĂ©sireux de ne pas devenir. La fenĂȘtre de ma chambre donnait sur les baous de La Gaude et de Saint-Jeannet, deux rochers abrupts de nos Alpes du Sud, rĂ©putĂ©s abrĂ©ger la souffrance des amoureux Ă©conduits. Un matin que j’envisageais ces falaises avec un peu trop d’affection, on a frappĂ© Ă  la porte de ma chambre. C’était mon pĂšre. Il a juste passĂ© sa tĂȘte par l’entrebĂąillement - Ah ! Daniel, j’ai complĂštement oubliĂ© de te dire le suicide est une imprudence. 14. Mais revenons Ă  mes dĂ©buts. BouleversĂ©e par mon cambriolage familial, ma mĂšre Ă©tait allĂ©e demander conseil au directeur de mon collĂšge, un personnage dĂ©bonnaire et perspicace, affublĂ© d’un gros nez rassurant les Ă©lĂšves l’appelaient Tarin. Me jugeant plus anxieux et chĂ©tif que dangereux, Tarin prĂ©conisa l’éloignement et le grand air. Un sĂ©jour en altitude me remplumerait. Un pensionnat de montagne, oui, c’était la solution, j’y gagnerais des forces et j’y apprendrais les rĂšgles de la vie en communautĂ©. Ne vous inquiĂ©tez pas, chĂšre madame, vous n’ĂȘtes pas la mĂšre d’ArsĂšne Lupin mais d’un petit rĂȘveur auquel on se doit de donner le sens des rĂ©alitĂ©s. S’ensuivirent mes deux premiĂšres annĂ©es de pension, cinquiĂšme et quatriĂšme, oĂč je ne retrouvais ma famille qu’à NoĂ«l, Ă  PĂąques et pour les grandes vacances. Les autres annĂ©es, je les passerais dans des internats hebdomadaires. La question de savoir si je fus heureux » au pensionnat est assez secondaire. Disons que l’état de pensionnaire me fut infiniment plus supportable que celui d’externe. Il est difficile d’expliquer aux parents d’aujourd’hui les atouts de l’internat, tant ils l’envisagent comme un bagne. À leurs yeux, y envoyer ses enfants relĂšve de l’abandon de paternitĂ©. Évoquer seulement la possibilitĂ© d’une annĂ©e de pension, c’est passer pour un monstre rĂ©trograde, adepte de la prison pour cancres. Inutile d’expliquer qu’on y a soi-mĂȘme survĂ©cu, l’argument de l’autre Ă©poque vous est immĂ©diatement opposĂ© Oui, mais en ce temps-lĂ  on traitait les gosses Ă  la dure ! » Aujourd’hui qu’on a inventĂ© l’amour parental, la question de la pension est taboue, sauf comme menace, ce qui prouve qu’on ne la tient pas pour une solution. Et pourtant
 Non, je ne vais pas faire l’apologie de la pension. Non. Essayons juste de dĂ©crire le cauchemar ordinaire d’un externe en Ă©chec scolaire ». 15. Quel externe ? Un de ceux dont m’entretiennent mes mĂšres tĂ©lĂ©phoniques, par exemple, et qu’elles n’enverraient pour rien au monde en pension. Mettons les choses au mieux c’est un gentil garçon, aimĂ© par sa famille; il ne veut la mort de personne mais, Ă  force de ne rien comprendre Ă  rien, il ne fait plus grand-chose et rĂ©colte des bulletins scolaires oĂč les professeurs, extĂ©nuĂ©s, laissent aller des apprĂ©ciations sans espoir Aucun travail », N’a rien fait rien rendu », En chute libre », ou plus sobrement Que dire ? » J’ai, en Ă©crivant ces lignes, ce bulletin et quelques autres sous les yeux. Suivons notre mauvais externe dans une de ses journĂ©es scolaires. Exceptionnellement, il n’est pas en retard – son carnet de correspondance l’a trop souvent rappelĂ© Ă  l’ordre ces derniers temps –, mais son cartable est presque vide livres, cahiers, matĂ©riel une fois de plus oubliĂ©s son professeur de musique Ă©crira joliment sur son bulletin trimestriel Manque de flĂ»te ». Bien entendu ses devoirs ne sont pas faits. Or sa premiĂšre heure est une heure de mathĂ©matiques et les exercices de math sont de ceux qui manquent Ă  l’appel. Ici, de trois choses l’une ou il n’a pas fait ces exercices parce qu’il s’est occupĂ© Ă  autre chose une vadrouille entre copains, un quelconque massacre vidĂ©o dans sa chambre verrouillĂ©e
, ou il s’est laissĂ© tomber sur son lit sous le poids d’une prostration molle et a sombrĂ© dans l’oubli, un flot de musique hurlant dans son crĂąne, ou – et c’est l’hypothĂšse la plus optimiste – il a, pendant une heure ou deux, bravement tentĂ© de faire ses exercices mais n’y est pas arrivĂ©. Dans les trois cas de figure, Ă  dĂ©faut de copie, notre externe doit fournir une justification Ă  son professeur. Or, l’explication la plus difficile Ă  servir en l’occurrence est la vĂ©ritĂ© pure et simple Monsieur, madame, je n’ai pas fait mes exercices parce que j’ai passĂ© une bonne partie de la nuit quelque part dans le cyberespace Ă  combattre les soldats du Mal, que j’ai d’ailleurs exterminĂ©s jusqu’au dernier, vous pouvez me faire confiance. » Madame, monsieur, dĂ©solĂ© pour ces exercices non faits mais hier soir j’ai cĂ©dĂ© sous le poids d’une Ă©crasante hĂ©bĂ©tude, impossible de remuer le petit doigt, juste la force de chausser mon baladeur. » La vĂ©ritĂ© prĂ©sente ici l’inconvĂ©nient de l’aveu Je n’ai pas fait mon travail », qui appelle une sanction immĂ©diate. Notre externe lui prĂ©fĂ©rera une version institutionnellement plus prĂ©sentable. Par exemple Mes parents Ă©tant divorcĂ©s, j’ai oubliĂ© mon devoir chez mon pĂšre avant de rentrer chez Maman. » En d’autres termes un mensonge. De son cĂŽtĂ© le professeur prĂ©fĂšre souvent cette vĂ©ritĂ© amĂ©nagĂ©e Ă  un aveu trop abrupt qui l’atteindrait dans son autoritĂ©. Le choc frontal est Ă©vitĂ©, l’élĂšve et le professeur trouvent leur compte dans ce pas de deux diplomatique. Pour la note, le tarif est connu copie non remise, zĂ©ro. Le cas de l’externe qui a essayĂ©, bravement mais en vain, de faire son devoir, n’est guĂšre diffĂ©rent. Lui aussi entre en classe dĂ©tenteur d’une vĂ©ritĂ© difficilement recevable Monsieur, j’ai consacrĂ© hier deux heures Ă  ne pas faire votre devoir. Non, non, je n’ai pas fait autre chose, je me suis assis Ă  ma table de travail, j’ai sorti mon cahier de texte, j’ai lu l’énoncĂ© et, pendant deux heures, je me suis retrouvĂ© dans un Ă©tat de sidĂ©ration mathĂ©matique, une paralysie mentale dont je ne suis sorti qu’en entendant ma mĂšre m’appeler pour passer Ă  table. Vous le voyez, je n’ai pas fait votre devoir, mais j’y ai bel et bien consacrĂ© ces deux heures. AprĂšs le dĂźner il Ă©tait trop tard, une nouvelle sĂ©ance de catalepsie m’attendait mon exercice d’anglais. » Si vous Ă©coutiez davantage en classe, vous comprendriez vos Ă©noncĂ©s ! » peut objecter Ă  juste titre le professeur. Pour Ă©viter cette humiliation publique, notre externe prĂ©fĂ©rera lui aussi une prĂ©sentation diplomatique des faits J’étais occupĂ© Ă  lire l’énoncĂ© quand la chaudiĂšre a explosĂ©. » Et ainsi de suite, du matin au soir, de matiĂšre en matiĂšre, de professeur en professeur, de jour en jour, dans une exponentielle du mensonge qui aboutit au fameux C’est ma mĂšre !
 Elle est morte ! » de François Truffaut. AprĂšs cette journĂ©e passĂ©e Ă  mentir Ă  l’institution scolaire, la premiĂšre question que notre mauvais externe entendra en rentrant Ă  la maison est l’invariable - Alors, ça s’est bien passĂ© aujourd’hui ? - TrĂšs bien. Nouveau mensonge. Qui lui aussi demande Ă  ĂȘtre coupĂ© d’un soupçon de vĂ©ritĂ© - En histoire la prof m’a demandĂ© 1515, j’ai rĂ©pondu Marignan, elle Ă©tait trĂšs contente ! Allez, ça tiendra bien jusqu’à demain. Mais demain vient aussitĂŽt et les journĂ©es se rĂ©pĂštent, et notre externe reprend ses va-et-vient entre l’école et la famille, et toute son Ă©nergie mentale s’épuise Ă  tisser un subtil rĂ©seau de pseudo-cohĂ©rence entre les mensonges profĂ©rĂ©s Ă  l’école et les demi-vĂ©ritĂ©s servies Ă  la famille, entre les explications fournies aux uns et les justifications prĂ©sentĂ©es aux autres, entre les portraits Ă  charge des professeurs qu’il fait aux parents et les allusions aux problĂšmes familiaux qu’il glisse Ă  l’oreille des professeurs, un atome de vĂ©ritĂ© dans les uns et dans les autres, toujours, car ces gens-lĂ  finiront par se rencontrer, parents et professeurs, c’est inĂ©vitable, et il faut songer Ă  cette rencontre, peaufiner sans cesse la fiction vraie qui fera le menu de cette entrevue. Cette activitĂ© mentale mobilise une Ă©nergie sans commune mesure avec l’effort consenti par le bon Ă©lĂšve pour faire un bon devoir. Notre mauvais externe s’y Ă©puise. Le voudrait-il il le veut sporadiquement qu’il n’aurait plus aucune force pour se mettre Ă  travailler vraiment. La fiction oĂč il s’englue le tient prisonnier ailleurs, quelque part entre l’école Ă  combattre et la famille Ă  rassurer, dans une troisiĂšme et angoissante dimension oĂč le rĂŽle dĂ©volu Ă  l’imagination consiste Ă  colmater les innombrables brĂšches par oĂč peut surgir le rĂ©el sous ses aspects les plus redoutĂ©s mensonge dĂ©couvert, colĂšre des uns, chagrin des autres, accusations, sanctions, renvoi peut-ĂȘtre, retour Ă  soi-mĂȘme, culpabilitĂ© impuissante, humiliation, dĂ©lectation morose Ils ont raison, je suis nul, nul, nul. Je suis un nul. Or, dans la sociĂ©tĂ© oĂč nous vivons, un adolescent installĂ© dans la conviction de sa nullitĂ© voilĂ  au moins une chose que l’expĂ©rience vĂ©cue nous aura apprise est une proie. 16. Les raisons pour lesquelles il arrive aux professeurs et aux parents de passer outre ces mensonges, voire d’en ĂȘtre complices, sont trop nombreuses pour ĂȘtre discutĂ©es. Combien de bobards quotidiens sur quatre ou cinq classes de trente-cinq Ă©lĂšves ? Peut lĂ©gitimement se demander un professeur. OĂč trouver le temps nĂ©cessaire Ă  ces enquĂȘtes ? Suis-je, d’ailleurs, un enquĂȘteur ? Dois-je, sur le plan de l’éducation morale, me substituer Ă  la famille ? Si oui, dans quelles limites ? Et ainsi de suite, litanie d’interrogations dont chacune fait, un jour ou l’autre, l’objet d’une discussion passionnĂ©e entre collĂšgues. Mais il est une autre raison pour laquelle le professeur ignore ces mensonges, une raison plus enfouie, qui, si elle accĂ©dait Ă  la conscience claire, donnerait Ă  peu prĂšs ceci Ce garçon est l’incarnation de mon propre Ă©chec professionnel. Je n’arrive ni Ă  le faire progresser, ni Ă  le faire travailler, tout juste Ă  le faire venir en classe, et encore suis-je assurĂ© de sa seule prĂ©sence physique. Par bonheur, Ă  peine entrevue, cette mise en cause personnelle est combattue par quantitĂ© d’arguments recevables J’échoue avec celui-ci, d’accord, mais je rĂ©ussis avec beaucoup d’autres. Ce n’est tout de mĂȘme pas ma faute si ce garçon se trouve en quatriĂšme ! Que lui ont donc appris mes prĂ©dĂ©cesseurs ? Le collĂšge unique est-il Ă  mettre en cause ? À quoi pensent ses parents ? Imagine-t-on qu’avec mes effectifs et mes horaires je puisse lui faire rattraper un pareil retard ? Autant de questions qui, rameutant le passĂ© de l’élĂšve, sa famille, les collĂšgues, l’institution elle-mĂȘme, nous permettent de rĂ©diger en toute conscience l’annotation la plus rĂ©pandue des bulletins scolaires Manque de bases que j’ai trouvĂ©e jusque sur un bulletin de cours prĂ©paratoire !. Autrement dit patate chaude. Chaude, la patate l’est surtout pour les parents. Ils n’en finissent pas de la faire sauter d’une main dans l’autre. Les mensonges quotidiens de ce gosse les Ă©puisent mensonges par omission, affabulations, explications exagĂ©rĂ©ment dĂ©taillĂ©es, justifications anticipĂ©es En fait, ce qui s’est passé  » De guerre lasse bon nombre de parents feignent d’accepter ces fables dĂ©bilitantes, pour calmer momentanĂ©ment leur propre angoisse d’abord l’atome de vĂ©ritĂ© Marignan 1515 jouant son rĂŽle de cachet d’aspirine, pour prĂ©server l’atmosphĂšre familiale ensuite, que le dĂźner ne tourne pas au drame, pas ce soir s’il vous plaĂźt, pas ce soir, pour retarder l’épreuve des aveux qui dĂ©chire le cƓur de chacun, bref, pour repousser le moment oĂč on mesurera sans rĂ©elle surprise l’étendue de la bĂ©rĂ©zina scolaire en recevant le bulletin trimestriel, plus ou moins adroitement maquillĂ© par le principal intĂ©ressĂ©, qui tient Ă  l’Ɠil la boĂźte aux lettres familiale. Nous verrons demain, nous verrons demain
 17. Une des plus mĂ©morables histoires de complicitĂ©s adultes au mensonge d’un enfant est la mĂ©saventure arrivĂ©e au frĂšre de mon ami B. Il devait avoir douze ou treize ans, Ă  l’époque. Comme il redoutait un contrĂŽle de math, il demande Ă  son meilleur copain de lui indiquer la place exacte de l’appendice. Sur quoi il s’effondre, simulant une crise terrible. La direction fait mine de le croire, le renvoie chez lui, ne serait-ce que pour s’en dĂ©barrasser. De lĂ , les parents – Ă  qui il en a fait d’autres – le conduisent sans grande illusion dans une clinique voisine, oĂč, surprise, on l’opĂšre sur- le-champ ! AprĂšs l’opĂ©ration, le chirurgien apparaĂźt, porteur d’un bocal oĂč baigne un long machin sanguinolent et dĂ©clare, le visage rayonnant d’innocence J’ai bien fait de l’opĂ©rer, il Ă©tait Ă  deux doigts de la pĂ©ritonite ! » Car les sociĂ©tĂ©s se bĂątissent aussi sur le mensonge bien partagĂ©. Ou cette autre histoire plus rĂ©cente N., proviseur d’un lycĂ©e parisien, veille Ă  l’absentĂ©isme. Elle fait elle-mĂȘme l’appel dans ses classes de terminale. Elle tient particuliĂšrement Ă  l’Ɠil un rĂ©cidiviste qu’elle a menacĂ© d’exclusion Ă  la prochaine absence injustifiĂ©e. Ce matin-lĂ , le garçon est absent; c’est la fois de trop. N. appelle aussitĂŽt la famille par le tĂ©lĂ©phone du secrĂ©tariat. La mĂšre, dĂ©solĂ©e, lui affirme que son fils est bel et bien malade, au fond de son lit, brĂ»lant de fiĂšvre, et lui assure qu’elle Ă©tait sur le point de prĂ©venir le lycĂ©e. N. raccroche, satisfaite; tout est dans l’ordre. À ceci prĂšs qu’elle croise le garçon en retournant Ă  son bureau. Il Ă©tait tout simplement aux toilettes pendant l’appel. 18. En limitant les va-et-vient entre l’école et la famille, l’état de pensionnaire prĂ©sente sur celui d’externe l’avantage d’installer notre Ă©lĂšve dans deux temporalitĂ©s distinctes l’école du lundi matin au vendredi soir, la famille pendant le week-end. Un groupe d’interlocuteurs pendant cinq jours ouvrables, l’autre pendant deux jours fĂ©riĂ©s qui retrouvent une chance de redevenir deux jours festifs. La rĂ©alitĂ© scolaire d’un cĂŽtĂ©, la rĂ©alitĂ© familiale de l’autre. S’endormir sans avoir Ă  rassurer les parents par le mensonge du jour, se rĂ©veiller sans avoir Ă  fourbir d’excuses pour le travail non fait, puisqu’il a Ă©tĂ© fait Ă  l’étude du soir avec, dans le meilleur des cas, l’aide d’un surveillant ou d’un professeur. Du repos mental, en somme; une Ă©nergie rĂ©cupĂ©rĂ©e qui a quelque chance d’ĂȘtre investie dans le travail scolaire. Est-ce suffisant pour propulser le cancre en tĂȘte de la classe ? Du moins est-ce lui donner une occasion de vivre le prĂ©sent comme tel. Or, c’est dans la conscience de son prĂ©sent que l’individu se construit, pas en le fuyant. Ici s’arrĂȘte mon Ă©loge de la pension. Ah, si, tout de mĂȘme, histoire de terroriser tout le monde j’ajouterai, pour y avoir enseignĂ© moi-mĂȘme, que les meilleurs internats sont ceux oĂč les professeurs eux aussi sont pensionnaires. Disponibles Ă  toute heure, en cas de SOS. 19. À noter que, durant ces vingt derniĂšres annĂ©es oĂč la pension avait si mauvaise presse, trois des plus gros succĂšs du cinĂ©ma et de la littĂ©rature populaires auprĂšs de la jeunesse auront Ă©tĂ© Le cercle des poĂštes disparus, Harry Potter, et Les choristes, tous trois ayant pour cadre un pensionnat. Trois pensionnats assez archaĂŻques de surcroĂźt uniformes, rituels et chĂątiments corporels chez les Anglo-Saxons, blouses grises, bĂątiments sinistres, professeurs poussiĂ©reux et paires de baffes chez Les choristes. Il serait intĂ©ressant d’analyser le triomphe que fit auprĂšs des jeunes spectateurs de 1989 Le cercle des poĂštes disparus, Ă  peu prĂšs unanimement dĂ©criĂ© par notre critique et nos salles de professeurs dĂ©magogie, complaisance, archaĂŻsme, niaiserie, sentimentalisme, pauvretĂ© cinĂ©matographique et intellectuelle, autant d’arguments qu’on ne peut raisonnablement contester
 Reste que des hordes de lycĂ©ens s’y prĂ©cipitĂšrent et en revinrent radieux. Les supposer enchantĂ©s par les seuls dĂ©fauts du film c’est se faire une piĂštre opinion d’une gĂ©nĂ©ration entiĂšre. Les anachronismes du professeur Keating, par exemple, n’avaient pas Ă©chappĂ© Ă  mes Ă©lĂšves, ni sa mauvaise foi - Il n’est pas tout Ă  fait honnĂȘte », monsieur, avec son Carpe diem, Keating, il en parle comme si nous Ă©tions toujours au XVIe siĂšcle; or, au XVIe on mourait beaucoup plus jeune qu’aujourd’hui ! - Et puis, c’est dĂ©gueulasse, le dĂ©but, quand il fait dĂ©chirer le manuel scolaire, un type qui se prĂ©tend si ouvert
 Et pourquoi pas se mettre Ă  brĂ»ler les livres qui lui dĂ©plaisent, tant qu’il y est ? Moi, j’aurais refusĂ©. Cela dĂ©duit, mes Ă©lĂšves avaient adorĂ© » le film. Tous et toutes s’identifiaient Ă  ces jeunes AmĂ©ricains de la fin des annĂ©es cinquante qui, socialement et culturellement parlant, leur Ă©taient Ă  peu prĂšs aussi proches que des Martiens. Tous et toutes raffolaient de l’acteur Robin Williams dont les adultes estimaient qu’il en faisait des tonnes. Son professeur Keating incarnait Ă  leurs yeux la chaleur humaine et l’amour du mĂ©tier passion pour la matiĂšre enseignĂ©e, dĂ©vouement absolu Ă  ses Ă©lĂšves, le tout servi par un dynamisme de coach infatigable. Le vase clos de l’internat ajoutait Ă  l’intensitĂ© de ses cours, il leur confĂ©rait un climat d’intimitĂ© dramatique qui Ă©levait nos jeunes spectateurs Ă  la dignitĂ© d’étudiants Ă  part entiĂšre. À leurs yeux les cours de Keating Ă©taient un rituel de passage qui ne regardait qu’eux et eux seuls. Ce n’était pas l’affaire de la famille. Ni d’ailleurs celle des professeurs. Ce qu’un de mes Ă©lĂšves exprima sans ambages - Bon, les profs n’aiment pas. Mais c’est notre film, c’est pas le vĂŽtre ! Exactement ce qu’avaient dĂ» penser la plupart des professeurs en question, vingt ans plus tĂŽt, quand, lycĂ©ens eux-mĂȘmes, ils avaient jubilĂ© Ă  la Palme d’or du Festival de Cannes 1969, intitulĂ©e If, une autre histoire de pensionnat, oĂč les plus brillants Ă©lĂšves d’un collĂšge ĂŽ combien britannique prenaient leur Ă©cole d’assaut et, perchĂ©s sur les toits, tiraient Ă  la mitrailleuse et au mortier sur les parents, l’évĂȘque et les professeurs rassemblĂ©s pour la remise des prix. Spectateurs adultes scandalisĂ©s, comme il se doit, Ă©tudiants et lycĂ©ens exultant, bien entendu C’est notre film, pas le leur ! Apparemment, les temps avaient changĂ©. Je me suis dit alors qu’une Ă©tude comparĂ©e de tous les films concernant l’école en dirait long sur les sociĂ©tĂ©s qui les avaient vus naĂźtre. Du ZĂ©ro de conduite de Jean Vigo Ă  ce fameux Cercle des poĂštes disparus, en passant par Les disparus de Saint- Agil de Christian-Jaque 1939, La cage aux rossignols de Jean DrĂ©ville 1944, l’ancĂȘtre des Choristes, Graine de violence de Richard Brooks USA, 1955, Les 400 coups de François Truffaut 1959, Le premier maĂźtre de Mikhalkov-Kontchalovski URSS, 1965, Le professeur de Zurlini 1972, Ă  quoi on peut ajouter, aprĂšs 1990, Le porteur de serviette de Daniele Luchetti 1991, Le tableau noir de l’Iranienne Samira Makhmalbaf 2000, L’esquive d’Abdellatif Kechiche 2002, et quelques dizaines encore. Mon projet d’étude comparĂ©e n’a pas dĂ©passĂ© le stade de l’intention; le traite qui veut, si ce n’est dĂ©jĂ  fait. VoilĂ  en tout cas un beau prĂ©texte Ă  rĂ©trospective. La plupart de ces films ayant Ă©tĂ© d’énormes succĂšs publics, on pourrait en tirer bon nombre d’enseignements intĂ©ressants, entre autres celui-ci que, depuis Rabelais, chaque gĂ©nĂ©ration de Gargantua Ă©prouve une juvĂ©nile horreur des Holoferne et un gros besoin de Ponocrates, en d’autres termes l’envie toujours renouvelĂ©e de se former en supposant Ă  l’air du temps, Ă  l’esprit du lieu, et le dĂ©sir de s’épanouir Ă  l’ombre ou plutĂŽt dans la clartĂ© ! d’un maĂźtre jugĂ© exemplaire. 20. Mais revenons Ă  la question du devenir. FĂ©vrier 1959, septembre 1969. Dix annĂ©es, donc, s’étaient Ă©coulĂ©es entre la lettre calamiteuse que j’avais Ă©crite Ă  ma mĂšre et celle que mon pĂšre envoyait Ă  son fils professeur. Les dix annĂ©es oĂč je suis devenu. À quoi tient la mĂ©tamorphose du cancre en professeur ? Et, accessoirement, celle de l’analphabĂšte en romancier ? C’est Ă©videmment la premiĂšre question qui vient Ă  l’esprit. Comment suis-je devenu ? La tentation est grande de ne pas rĂ©pondre. En arguant, par exemple, que la maturation ne se laisse pas dĂ©crire, celle des individus pas plus que celle des oranges. À quel moment l’adolescent le plus rĂ©tif atterrit-il sur le terrain de la rĂ©alitĂ© sociale ? Quand dĂ©cide-t-il de jouer, si peu que ce soit, ce jeu-lĂ  ? Est-ce seulement de l’ordre de la dĂ©cision ? Quelle part y prennent l’évolution organique, la chimie cellulaire, le maillage du rĂ©seau neuronal ? Autant de questions qui permettent d’éviter le sujet. - Si ce que vous Ă©crivez de votre cancrerie est vrai, pourrait-on m’objecter, cette mĂ©tamorphose est un authentique mystĂšre ! À ne pas y croire, en effet. C’est d’ailleurs le lot du cancre on ne le croit jamais. Pendant sa cancrerie on l’accuse de dĂ©guiser une paresse vicieuse en lamentations commodes ArrĂȘte de nous raconter des histoires et travaille ! » Et quand sa situation sociale atteste qu’il s’en est sorti on le soupçonne de se faire valoir Vous, un ancien cancre ? Allons donc, vous vous vantez ! » Le fait est que le bonnet d’ñne se porte volontiers a posteriori. C’est mĂȘme une dĂ©coration qu’on s’octroie couramment en sociĂ©tĂ©. Elle vous distingue de ceux dont le seul mĂ©rite fut de suivre les chemins du savoir balisĂ©. Le gotha pullule d’anciens cancres hĂ©roĂŻques. On les entend, ces malins, dans les salons, sur les ondes, prĂ©senter leurs dĂ©boires scolaires comme des hauts faits de rĂ©sistance. Je ne crois, moi, Ă  ces paroles, que si j’y perçois l’arriĂšre-son d’une douleur. Car si l’on guĂ©rit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout Ă  fait des blessures qu’elle nous infligea. Cette enfance-lĂ  n’était pas drĂŽle, et s’en souvenir ne l’est pas davantage. Impossible de s’en flatter. Comme si l’ancien asthmatique se vantait d’avoir senti mille fois qu’il allait mourir d’étouffement ! Pour autant, le cancre tirĂ© d’affaire ne souhaite pas qu’on le plaigne, surtout pas, il veut oublier, c’est tout, ne plus penser Ă  cette honte. Et puis il sait, au fond de lui, qu’il aurait fort bien pu ne pas s’en sortir. AprĂšs tout, les cancres perdus Ă  vie sont les plus nombreux. J’ai toujours eu le sentiment d’ĂȘtre un rescapĂ©. Bref, que s’est-il passĂ© en moi pendant ces dix annĂ©es ? Comment m’en suis-je sorti ? Une constatation prĂ©alable adultes et enfants, on le sait, n’ont pas la mĂȘme perception du temps. Dix ans ne sont rien aux yeux de l’adulte qui calcule par dĂ©cennies la durĂ©e de son existence. C’est si vite passĂ©, dix ans, quand on en a cinquante ! Sensation de rapiditĂ© qui, d’ailleurs, aiguise l’inquiĂ©tude des mĂšres pour l’avenir de leur fils. Le bac dans cinq ans, dĂ©jĂ , mais c’est tout de suite ! Comment le petit peut-il changer si radicalement en si peu de temps ? Or, pour le petit, chacune de ces annĂ©es-lĂ  vaut un millĂ©naire; Ă  ses yeux son futur tient tout entier dans les quelques jours qui viennent. Lui parler de l’avenir c’est lui demander de mesurer l’infini avec un dĂ©cimĂštre. Si le verbe devenir » le paralyse, c’est surtout parce qu’il exprime l’inquiĂ©tude ou la rĂ©probation des adultes. L’avenir, c’est moi en pire, voilĂ  en gros ce que je traduisais quand mes professeurs m’affirmaient que je ne deviendrais rien. En les Ă©coutant je ne me faisais pas la moindre reprĂ©sentation du temps, je les croyais, tout bonnement crĂ©tin Ă  jamais, pour toujours, jamais » et toujours » Ă©tant les seules unitĂ©s de mesure que l’orgueil blessĂ© propose au cancre pour sonder le temps. Le temps
 Je ne savais pas qu’il me faudrait vieillir pour avoir une perception logarithmique de son Ă©coulement. J’étais d’ailleurs tout Ă  fait ignorant des logs, de leurs tables, de leurs fonctions, de leurs Ă©chelles et de leurs courbes charmantes
 Mais, devenu professeur, je sus d’instinct qu’il Ă©tait vain de brandir le futur sous le nez de mes plus mauvais Ă©lĂšves. À chaque jour suffit sa peine, et Ă  chaque heure dans cette journĂ©e, pourvu que nous y soyons pleinement prĂ©sents, ensemble. Or, enfant, je n’y Ă©tais pas. Il me suffisait de pĂ©nĂ©trer dans une classe pour en sortir. Comme un de ces rayons tombĂ©s des soucoupes volantes, il me semblait que le regard vertical du maĂźtre m’arrachait Ă  ma chaise et m’expĂ©diait instantanĂ©ment ailleurs. OĂč cela ? Dans sa tĂȘte prĂ©cisĂ©ment ! La tĂȘte du maĂźtre ! C’était le laboratoire de la soucoupe volante. Le rayon m’y dĂ©posait. On y prenait toute la mesure de ma nullitĂ©, puis on me recrachait, par un autre regard, comme un dĂ©tritus, et je roulais dans un champ d’épandage oĂč je ne pouvais comprendre ni ce qu’on m’enseignait, ni d’ailleurs ce que l’école attendait de moi puisque j’étais rĂ©putĂ© incapable. Ce verdict m’offrait les compensations de la paresse Ă  quoi bon se tuer Ă  la tĂąche si les plus hautes autoritĂ©s considĂšrent que les carottes sont cuites ? On le voit, je dĂ©veloppais une certaine aptitude Ă  la casuistique. C’est une tournure d’esprit que, professeur, je repĂ©rais vite chez mes cancres. Puis vint mon premier sauveur. Un professeur de français. En troisiĂšme. Qui me repĂ©ra pour ce que j’étais un affabulateur sincĂšre et joyeusement suicidaire. ÉpatĂ©, sans doute, par mon aptitude Ă  fourbir des excuses toujours plus inventives pour mes leçons non apprises ou mes devoirs non faits, il dĂ©cida de m’exonĂ©rer de dissertations pour me commander un roman. Un roman que je devais rĂ©diger dans le trimestre, Ă  raison d’un chapitre par semaine. Sujet libre, mais priĂšre de fournir mes livraisons sans faute d’orthographe, histoire d’élever le niveau de la critique ». Je me rappelle cette formule alors que j’ai tout oubliĂ© du roman lui-mĂȘme. Ce professeur Ă©tait un trĂšs vieil homme qui nous consacrait les derniĂšres annĂ©es de sa vie. Il devait arrondir sa retraite dans cette boĂźte on ne peut plus privĂ©e de la banlieue nord parisienne. Un vieux monsieur d’une distinction dĂ©suĂšte, qui avait donc repĂ©rĂ© en moi le narrateur. Il s’était dit que, dysorthographie ou pas, il fallait m’attaquer par le rĂ©cit si l’on voulait avoir une chance de m’ouvrir au travail scolaire. J’écrivis ce roman avec enthousiasme. J’en corrigeais scrupuleusement chaque mot Ă  l’aide du dictionnaire qui, de ce jour, ne me quitte plus, et je livrais mes chapitres avec la ponctualitĂ© d’un feuilletoniste professionnel. J’imagine que ce devait ĂȘtre un rĂ©cit fort triste, trĂšs influencĂ© que j’étais alors par Thomas Hardy, dont les romans vont de malentendu en catastrophe et de catastrophe en tragĂ©die irrĂ©parable, ce qui ravissait mon goĂ»t du fatum rien Ă  faire dĂšs le dĂ©part, c’est bien mon avis. Je ne crois pas avoir fait de progrĂšs substantiel en quoi que ce soit cette annĂ©e-lĂ  mais, pour la premiĂšre fois de ma scolaritĂ©, un professeur me donnait un statut; j’existais scolairement aux yeux de quelqu’un, comme un individu qui avait une ligne Ă  suivre, et qui tenait le coup dans la durĂ©e. Reconnaissance Ă©perdue pour mon bienfaiteur, Ă©videmment, et quoiqu’il fĂ»t assez distant, le vieux monsieur devint le confident de mes lectures secrĂštes. - Alors, que lit-on, Pennacchioni, en ce moment ? Car il y avait la lecture. Je ne savais pas, alors, qu’elle me sauverait. À l’époque, lire n’était pas l’absurde prouesse d’aujourd’hui. ConsidĂ©rĂ©e comme une perte de temps, rĂ©putĂ©e nuisible au travail scolaire, la lecture des romans nous Ă©tait interdite pendant les heures d’étude. D’oĂč ma vocation de lecteur clandestin romans recouverts comme des livres de classe, cachĂ©s partout oĂč cela se pouvait, lectures nocturnes Ă  la lampe de poche, dispenses de gymnastique, tout Ă©tait bon pour me retrouver seul avec un livre. C’est la pension qui m’a donnĂ© ce goĂ»t-lĂ . Il m’y fallait un monde Ă  moi, ce fut celui des livres. Dans ma famille, j’avais surtout regardĂ© les autres lire mon pĂšre fumant sa pipe dans son fauteuil, sous le cĂŽne d’une lampe, passant distraitement son annulaire dans la raie impeccable de ses cheveux, un livre ouvert sur ses genoux croisĂ©s; Bernard, dans notre chambre, allongĂ© sur le cĂŽtĂ©, genoux repliĂ©s, sa main droite soutenant sa tĂȘte
 Il y avait du bien-ĂȘtre dans ces attitudes. Au fond, c’est la physiologie du lecteur qui m’a poussĂ© Ă  lire. Peut-ĂȘtre n’ai- je lu, au dĂ©but, que pour reproduire ces postures et en explorer d’autres. En lisant je me suis physiquement installĂ© dans un bonheur qui dure toujours. Que lisais-je ? Les contes d’Andersen, pour cause d’identification au Vilain petit canard, mais Alexandre Dumas aussi, pour le mouvement des Ă©pĂ©es, des chevaux et des cƓurs. Et Selma LagerlĂŽf, le magnifique GĂŽsta Berling, ce pasteur ivrogne et splendide, banni par son Ă©vĂȘque, dont je fus l’infatigable compagnon d’aventure avec les autres cavaliers d’Ekeby, La Guerre et la Paix, offert par Bernard pour mon entrĂ©e en quatriĂšme je crois, l’histoire d’amour entre Natacha et le prince AndrĂ© Ă  la premiĂšre lecture – ce qui rĂ©duisait le roman Ă  une centaine de pages –, l’épopĂ©e napolĂ©onienne en troisiĂšme, Ă  la deuxiĂšme lecture Austerlitz, Borodino, l’incendie de Moscou, la retraite de Russie j’avais dessinĂ© une fresque immense de la bataille d’Austerlitz, oĂč se massacraient les petits bonshommes de mon Ă©criture clandestine, deux ou trois cents pages de mieux. Nouvelle lecture en seconde, pour l’amitiĂ© de Pierre Bezoukhov un autre vilain petit canard, mais qui comprenait plus de choses qu’on ne le croyait, et la totalitĂ© du roman enfin, en terminale, pour la Russie, pour le personnage de Koutouzov, pour Clausewitz, pour la rĂ©forme agraire, pour TolstoĂŻ. Il y avait Dickens, Ă©videmment – Oliver Twist avait besoin de moi –, Emily BrontĂ«, dont le moral m’appelait au secours, Stevenson, Jack London, Oscar Wilde, et les premiĂšres lectures de DostoĂŻevski, Le joueur, bien sĂ»r avec DostoĂŻevski, va savoir pourquoi, on commence toujours par Le joueur. Ainsi allaient mes lectures, au grĂ© de ce que je trouvais dans la bibliothĂšque familiale et Tintin, bien sĂ»r, et Spirou, et les Signes de piste ou les Bob Morane qui ravageaient l’époque. La premiĂšre qualitĂ© des romans que j’emportais au collĂšge Ă©tait de ne pas ĂȘtre au programme. Personne ne m’interrogeait. Aucun regard ne lisait ces lignes pardessus mon Ă©paule; leurs auteurs et moi demeurions entre nous. J’ignorais, en les lisant, que je me cultivais, que ces livres Ă©veillaient en moi un appĂ©tit qui survivrait mĂȘme Ă  leur oubli. Ces lectures de jeunesse s’achevĂšrent par quatre portes ouvertes sur les signes du monde, quatre livres on ne peut plus diffĂ©rents mais qui tissĂšrent en moi, pour des raisons qui me demeurent en partie mystĂ©rieuses, des liens Ă©troits de parentĂ© Les liaisons dangereuses, À rebours, Mythologies de Roland Barthes et Les choses de Perec. Je n’étais pas un lecteur raffinĂ©. N’en dĂ©plaise Ă  Flaubert, je lisais comme Emma Bovary Ă  quinze ans, pour la seule satisfaction de mes sensations, lesquelles, par bonheur, se rĂ©vĂ©lĂšrent insatiables. Je ne tirais aucun bĂ©nĂ©fice scolaire immĂ©diat de ces lectures. Contre toutes les idĂ©es reçues, ces milliers de pages avalĂ©es et trĂšs vite oubliĂ©es n’amĂ©liorĂšrent pas mon orthographe, toujours incertaine aujourd’hui, d’oĂč l’omniprĂ©sence de mes dictionnaires. Non, ce qui eut provisoirement raison de mes fautes mais ce provisoire rendait la chose dĂ©finitivement possible, ce fut ce roman commandĂ© par ce professeur qui refusait d’abaisser sa lecture Ă  des considĂ©rations orthographiques. Je lui devais un manuscrit sans faute. Un gĂ©nie de l’enseignement en somme. Pour moi seul, peut-ĂȘtre, et peut-ĂȘtre en cette seule circonstance, mais un gĂ©nie ! J’ai croisĂ© trois autres de ces gĂ©nies entre ma classe de troisiĂšme et ma seconde terminale, trois autres sauveurs dont je parlerai plus loin un professeur de mathĂ©matiques qui Ă©tait les mathĂ©matiques, une Ă©poustouflante professeur d’histoire qui pratiquait comme personne l’art de l’incarnation historique, et un professeur de philosophie que mon admiration surprend d’autant plus aujourd’hui que lui-mĂȘme ne garde aucun souvenir de moi il me l’a Ă©crit, ce qui le grandit encore Ă  mes yeux puisqu’il m’éveilla l’esprit sans que je doive rien Ă  son estime mais tout Ă  son art. À eux quatre ces maĂźtres m’ont sauvĂ© de moi-mĂȘme. Sont-ils arrivĂ©s trop tard ? Les aurais-je si bien suivis, s’ils avaient Ă©tĂ© mes instituteurs ? Garderais-je un meilleur souvenir de mon enfance ? Quoi qu’il en soit, ils ont Ă©tĂ© mes heureux imprĂ©vus. Furent-ils, pour d’autres Ă©lĂšves, la rĂ©vĂ©lation qu’ils ont Ă©tĂ© pour moi ? C’est une question qui se pose, tant la notion de tempĂ©rament joue son rĂŽle en matiĂšre de pĂ©dagogie. Quand il m’arrive de rencontrer un ancien Ă©lĂšve qui se dĂ©clare heureux des heures passĂ©es dans ma classe, je me dis qu’au mĂȘme instant, sur un autre trottoir, se promĂšne peut-ĂȘtre celui pour qui j’étais l’éteignoir de service. Un autre Ă©lĂ©ment de ma mĂ©tamorphose fut l’irruption de l’amour dans ma prĂ©tendue indignitĂ©. L’amour ! Parfaitement inimaginable Ă  l’adolescent que je croyais ĂȘtre. La statistique, pourtant, disait son surgissement probable, voire certain. Mais non, pensez donc, inspirer de l’amour, moi ? Et Ă  qui ? Il se prĂ©senta pour la premiĂšre fois sous la forme d’une Ă©mouvante rencontre de vacances, s’exprima essentiellement dans une copieuse correspondance, et s’acheva par une rupture consentie au nom de notre jeunesse et de la distance gĂ©ographique qui nous sĂ©parait. L’étĂ© suivant, le cƓur brisĂ© par la fin de cette passion semi-platonique, je m’engageai comme mousse sur un cargo, un des derniers liberty ships en service sur l’Atlantique, et jetai Ă  la mer un paquet de lettres Ă  faire ricaner les requins. Il fallut attendre deux ans pour qu’un autre amour devienne le premier, par l’importance que, dans ce domaine, les actes confĂšrent Ă  la parole. Un autre genre d’incarnation, qui rĂ©volutionna ma vie et signa l’arrĂȘt de mort de ma cancrerie. Une femme m’aimait ! Pour la premiĂšre fois de ma vie mon nom rĂ©sonnait Ă  mes propres oreilles ! Une femme m’appelait par mon nom ! J’existais aux yeux d’une femme, dans son cƓur, entre ses mains, et dĂ©jĂ  dans ses souvenirs, son premier regard du lendemain me le disait ! Choisi parmi tous les autres ! Moi ! PrĂ©fĂ©rĂ© ! Moi ! Par elle ! Une Ă©lĂšve d’hypokhĂągne, qui plus est, quand j’allais redoubler ma terminale ! Mes derniers barrages sautĂšrent tous les livres lus nuitamment, ces milliers de pages pour la plupart effacĂ©es de ma mĂ©moire, ces connaissances stockĂ©es Ă  l’insu de tous et de moi-mĂȘme, enfouies sous tant de couches d’oubli, de renoncement et d’autodĂ©nigrement, ce magma de mots bouillonnant d’idĂ©es, de sentiments, de savoirs en tout genre, fit soudain exploser la croĂ»te d’infamie et jaillit dans ma cervelle qui prit des allures de firmament infiniment Ă©toile ! En somme, je planais, comme disent les heureux d’aujourd’hui. J’aimais et on m’aimait ! Comment tant d’ardeur impatiente pouvait-elle susciter tant de calme et tant de certitude ? Quelle confiance me faisait-on, tout Ă  coup ! Et quelle confiance avais-je soudain en moi ! Pendant les quelques annĂ©es que dura ce bonheur, il ne fut plus question de faire l’imbĂ©cile. Les bouchĂ©es doubles, oui. AprĂšs le bac, j’éliminai en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire une licence et une maĂźtrise de lettres, l’écriture de mon premier roman, des cahiers entiers d’aphorismes que j’appelais sans rire mes Laconiques, et la production d’innombrables dissertations, dont certaines destinĂ©es aux khĂągneuses amies de mon amie qui rĂ©clamaient mes lumiĂšres sur tel point d’histoire, de littĂ©rature ou de philosophie. Dans la foulĂ©e je m’étais mĂȘme offert le luxe d’une hypokhĂągne que j’abandonnai en cours de route pour la rĂ©daction de ce fameux premier roman. Laisser aller ma propre plume, voler de mes propres ailes, dans mon propre ciel ! Je ne voulais rien d’autre. Et que mon amie continuĂąt de m’aimer. À la blague de mon pĂšre sur la rĂ©volution nĂ©cessaire Ă  ma licence et sur le risque d’un conflit planĂ©taire si je tentais l’agrĂ©g, j’ai ri de bon cƓur et rĂ©torquĂ© que, pas du tout, pas la rĂ©volution, Papa, l’amour, nom de Dieu ! L’amour depuis trois ans ! La rĂ©volution nous l’avons faite au lit, elle et moi ! Quant Ă  l’agrĂ©g, pas d’agrĂ©g, je n’aime pas les jeux de hasard ! Ni de Capes ! Assez perdu de temps comme ça. Une maĂźtrise et basta le minimum vital du professeur. Petit prof, Papa. Dans des petites boĂźtes s’il le faut. Retour sur le lieu du crime. M’y occuper des gosses qui sont tombĂ©s dans la poubelle de Djibouti. M’occuper d’eux avec le clair souvenir de ce que je fus. Pour le reste, la littĂ©rature ! Le roman ! L’enseignement et le roman ! Lire, Ă©crire, enseigner ! Mon rĂ©veil doit aussi beaucoup Ă  la tĂ©nacitĂ© de ce pĂšre faussement lointain. Jamais dĂ©couragĂ© par mon dĂ©couragement, il a su rĂ©sister Ă  toutes mes tentatives de fuite cette supplique vĂ©hĂ©mente, par exemple, Ă  quatorze ans, pour qu’il me fasse entrer aux enfants de troupe. Nous en avons beaucoup ri vingt ans plus tard, quand, libĂ©rĂ© de mon service, je lui ai donnĂ© Ă  lire la mention inscrite sur mon livret militaire, Grades successifs deuxiĂšme classe. - Successivement deuxiĂšme classe, alors ? C’est bien ce que je pensais inapte Ă  l’obĂ©issance et aucun goĂ»t pour le commandement. Il y eut ce vieil ami aussi, Jean Rolin, professeur de philo, pĂšre de Nicolas, de Jeanne et de Jean-Paul, mes compagnons d’adolescence. Chaque fois que je ratais le bac, il m’invitait dans un excellent restaurant, pour me convaincre, une fois de plus, que chacun va son rythme et que je faisais tout bonnement un retard d’éclosion. Jean, mon cher Jean, que ces pages – si tardives en effet – te fassent sourire, au paradis des philosophes. 21. Bref, on devient. Mais on ne change pas tellement. On fait avec ce qu’on est. VoilĂ  qu’à la fin de cette deuxiĂšme partie, je m’offre une crise de doute. Doute quant Ă  la nĂ©cessitĂ© de ce livre, doute quant Ă  mes capacitĂ©s Ă  l’écrire, doute sur moi- mĂȘme tout simplement, doute qui s’épanouira bientĂŽt en considĂ©rations ironiques sur l’ensemble de mon travail, voire ma vie entiĂšre
 Doute prolifĂ©rant
 Ces crises sont frĂ©quentes. Elles ont beau ĂȘtre un hĂ©ritage de ma cancrerie, je ne m’y habitue pas. On doute toujours pour la premiĂšre fois et j’ai le doute ravageur. Il me pousse vers ma pente naturelle. Je rĂ©siste mais de jour en jour je redeviens le mauvais Ă©lĂšve que j’essaye de dĂ©crire. Les symptĂŽmes sont rigoureusement pareils Ă  ceux de mes treize ans rĂȘverie, procrastination, Ă©parpillement, hypocondrie, nervositĂ©, dĂ©lectation morose, sautes d’humeur, jĂ©rĂ©miades et, pour finir, sidĂ©ration devant l’écran de mon ordinateur, comme jadis devant l’exercice Ă  faire, l’interro Ă  prĂ©parer
 Je suis lĂ , ricane le cancre que je fus. Je lĂšve les yeux. Mon regard erre sur le Vercors sud. Pas une maison Ă  l’horizon. Ni une route. Ni un individu. Des champs pierreux bordĂ©s de montagnes rases oĂč s’épanouissent par-ci par-lĂ  des bouquets de hĂȘtres comme des panaches silencieux. Sur tout ce vide bourgeonne immensĂ©ment un ciel de menace. Dieu que j’aime ce paysage ! Au fond, une de mes grandes joies aura Ă©tĂ© de m’offrir cet exil qu’enfant je rĂ©clamais Ă  mes parents
 Cet horizon en deçà duquel nul n’a de comptes Ă  rendre Ă  personne. Sauf ce petit lapin Ă  cette buse, lĂ -haut, qui a des vues sur lui
 Au dĂ©sert, le tentateur, ce n’est pas le diable, c’est le dĂ©sert lui-mĂȘme tentation naturelle de tous les abandons. Bon, ça va comme ça, arrĂȘte ton cirque, remets-toi au travail. 22. Et on se remet au travail. Ligne aprĂšs ligne on continue de devenir, avec ce livre qui se fait. On devient. Les uns aprĂšs les autres, nous devenons. Ça se passe rarement comme prĂ©vu, mais une chose est sĂ»re nous devenons. La semaine derniĂšre, comme je sors d’un cinĂ©ma, une petite fille, neuf ou dix ans, me course dans la rue et me rattrape tout essoufflĂ©e - Monsieur, monsieur ! Quoi donc ? Ai-je oubliĂ© mon parapluie au cinoche ? Tout sourire, la petite dĂ©signe du doigt un type qui nous regarde, de l’autre cĂŽtĂ© de la rue. - C’est mon grand-pĂšre, monsieur ! Grand-pĂšre Ă©bauche un salut un peu gĂȘnĂ©. - Il n’ose pas vous dire bonjour, mais vous avez Ă©tĂ© son professeur. Nom d’un chien, son grand-pĂšre ! J’ai Ă©tĂ© le professeur de son grand-pĂšre ! Eh oui, nous devenons. Vous quittez une gamine en quatriĂšme, nulle, nulle, nulle, de son propre aveu Qu’est-ce que j’étais nulle ! », et vingt ans plus tard une jeune femme vous interpelle dans une rue d’Ajaccio, radieuse, assise Ă  la terrasse d’un cafĂ© - Monsieur, Ne touchez pas l’épaule du cavalier qui passe ! Vous vous arrĂȘtez, vous vous retournez, la jeune femme vous sourit, vous lui rĂ©citez la suite de L’allĂ©e, ce poĂšme de Supervielle qu’apparemment vous connaissez tous les deux Il se retournerait Et ce serait la nuit, Une nuit sans Ă©toile, Sans courbe ni nuage. Elle Ă©clate de rire, elle demande - Que deviendrait alors Tout ce qui fait le ciel, La lune et son passage Et le bruit du soleil ? Et vous rĂ©pondez Ă  l’enfant rĂ©apparue dans le sourire de la femme, l’enfant rĂ©tive Ă  qui vous aviez jadis appris ce poĂšme Il vous faudrait attendre qu’un second cavalier Aussi puissant que l’autre ConsentĂźt Ă  passer. À Paris, je bavarde avec des amis, dans un cafĂ©. D’une table voisine un homme me pointe du doigt en me regardant fixement. Je lĂšve les yeux et lui demande d’un hochement de front ce qu’il me veut. Il m’appelle alors par un autre nom que le mien - Don Segundo Sombra ! Ce faisant, il me fait faire un bond vertigineux dans le temps. - Toi, je t’ai eu en 1982 ! En cinquiĂšme. - Tout juste, monsieur. Et cette annĂ©e-lĂ  vous nous avez lu Don Segundo Sombra, un roman argentin, de Ricardo Guiraldes. Je ne me rappelle jamais le nom de ces Ă©lĂšves de rencontre, ni d’ailleurs leurs visages, mais dĂšs les premiers vers, les premiers titres de romans Ă©voquĂ©s, les premiĂšres allusions Ă  un cours prĂ©cis, quelque chose se recompose de l’adolescent qui ne voulait pas lire ou de la petite qui prĂ©tendait ne rien comprendre Ă  rien; ils me redeviennent aussi familiers que les vers de Supervielle ou le nom de Segundo Sombra qui, eux, va savoir pourquoi, n’ont pas subi l’érosion du temps. Ils sont Ă  la fois cette gamine apeurĂ©e et cette jeune femme qui fait aujourd’hui la mode de sa gĂ©nĂ©ration, ce garçon butĂ© et ce commandant de bord qui bouquine au-dessus des ocĂ©ans, pilote automatique enclenchĂ©. À chaque rencontre, on constate qu’une vie s’est Ă©panouie, aussi imprĂ©visible que la forme d’un nuage. Et n’allez pas vous imaginer que ces destins doivent tant que ça Ă  votre influence de professeur ! Je regarde l’heure Ă  la montre gousset que Minne, ma femme, m’a offerte pour quelque ancien anniversaire et qui ne me quitte jamais. Ce genre de montre Ă  double boĂźtier s’appelle une savonnette. Donc, je consulte ma savonnette et voilĂ  que je glisse quinze ans en arriĂšre, lycĂ©e H, salle F, oĂč je suis occupĂ© Ă  surveiller une soixantaine de premiĂšres et de terminales qui planchent dans un silence d’avenir. Tous noircissent du papier Ă  qui mieux mieux, sauf Emmanuel, sur ma droite, prĂšs de la fenĂȘtre Ă  trois ou quatre rangs de mon estrade. Nez au vent, copie blanche, Emmanuel. Nos regards se croisent. Le mien se fait explicite Alors quoi ? copie blanche ? tu vas t’y mettre, oui ? Emmanuel me fait signe d’approcher. Je l’ai eu comme Ă©lĂšve deux ans plus tĂŽt. Malin, vif, cossard, inventif, drĂŽle et dĂ©terminĂ©. Et, pour l’instant, copie ostensiblement blanche. Je consens Ă  m’approcher, histoire de lui secouer les puces, mais il coupe court Ă  mon tir de semonce en lĂąchant, dans un soupir dĂ©finitif - Si vous saviez comme ça m’emmerde, monsieur ! Que faut-il faire d’un pareil Ă©lĂšve ? L’abattre sur place ? Dans l’expectative, et bien que ce ne soit pas le moment, je demande - Et peut-on savoir ce qui t’intĂ©resse ? - Ça. RĂ©pond-il en me rendant ma savonnette, qu’il m’a fauchĂ©e sans que je m’en aperçoive. - Et ça, ajoute-t-il en me rendant mon stylo. - Pickpocket ? Tu veux devenir pickpocket ? - Prestidigitateur, monsieur. Ce qu’il devint, ma foi, qu’il est encore, et renommĂ©, sans que j’y sois pour rien. Oui, il arrive parfois que des projets se rĂ©alisent, que des vocations s’accomplissent, que le futur honore ses rendez-vous. Un ami m’assure qu’une surprise m’attend dans le restaurant oĂč il m’invite. J’y vais. La surprise est de taille. C’est RĂ©mi, le maĂźtre-queux du lieu. Impressionnant du haut de son mĂštre quatre- vingts et sous sa blanche toque de chef ! Je ne le reconnais pas d’abord, mais il me rafraĂźchit la mĂ©moire en dĂ©posant sous mes yeux une copie rĂ©digĂ©e par lui et corrigĂ©e par moi vingt-cinq ans plus tĂŽt. 13/20. Sujet Faites votre portrait Ă  quarante ans. Or, l’homme de quarante ans qui se tient debout devant moi, souriant et vaguement intimidĂ© par l’apparition de son vieux professeur, est trĂšs exactement celui que le jeune garçon dĂ©crivait dans sa copie le chef d’un restaurant dont il comparait les cuisines Ă  la salle des machines d’un paquebot de haute mer. Le correcteur avait apprĂ©ciĂ©, en rouge, et avait Ă©mis le souhait de s’asseoir un jour Ă  la table de ce restaurant
 C’est le genre de situation oĂč vous ne regrettez pas d’ĂȘtre devenu ce professeur que, dĂ©sormais, vous n’ĂȘtes plus. Nous devenons, nous devenons, tous autant que nous sommes, et nous nous croisons parfois entre devenus. Isabelle, la semaine derniĂšre, rencontrĂ©e dans un théùtre, Ă©tonnamment semblable en sa proche quarantaine Ă  la gamine de seize ans qui fut mon Ă©lĂšve en seconde
 Elle avait Ă©chouĂ© dans ma classe aprĂšs son deuxiĂšme renvoi. Mon deuxiĂšme renvoi en trois ans, tout de mĂȘme ! » Orthophoniste Ă  prĂ©sent, au sourire avisĂ©. Comme les autres, elle me demande - Vous vous souvenez d’Unetelle ? Et d’Untel ? Et de tel autre ? HĂ©las, ĂŽ mes Ă©lĂšves, ma fichue mĂ©moire se refuse toujours Ă  l’archivage des noms propres. Leurs majuscules continuent de faire barrage. Il me suffisait des grandes vacances pour oublier la plupart de vos noms, alors, vous pensez, avec toutes ces annĂ©es ! Une sorte de siphonage permanent lessive ma cervelle, qui Ă©limine, avec les vĂŽtres, le nom des auteurs que je lis, les titres de leurs bouquins ou ceux des films que je vois, les villes que je traverse, les itinĂ©raires que je suis, les vins que je bois
 Ce qui ne signifie pas que vous sombriez dans mon oubli ! Qu’il me soit seulement donnĂ© de vous revoir cinq minutes, et la bouille confiante de RĂ©mi, le grand rire de Nadia, la malice d’Emmanuel, la gentillesse pensive de Christian, la vivacitĂ© d’Axelle, l’inoxydable bonne humeur d’Arthur ressuscitent l’élĂšve dans cet homme ou cette femme qui me font, en me croisant, le plaisir de reconnaĂźtre leur professeur. Je peux bien vous l’avouer aujourd’hui, votre mĂ©moire a toujours Ă©tĂ© plus vĂ©loce et plus fiable que la mienne, mĂȘme en ces temps oĂč nous apprenions ensemble ces textes hebdomadaires que nous devions pouvoir nous rĂ©citer mutuellement Ă  n’importe quel moment de l’annĂ©e. Bon an mal an, une trentaine de textes en tout genre, dont Isabelle dĂ©clare fiĂšrement - Je n’en ai pas oubliĂ© un seul, monsieur ! - J’imagine que tu avais tes prĂ©fĂ©rĂ©s
 - Oui, celui-ci par exemple, dont vous aviez prĂ©cisĂ© que nous serions mĂ»rs pour le comprendre dans une soixantaine d’annĂ©es. Et de me rĂ©citer le texte en question qui, en effet, tombe Ă  pic pour clore le chapitre du devenir Mon grand-pĂšre avait coutume de dire La vie est Ă©tonnamment brĂšve. Dans mon souvenir elle se ramasse aujourd’hui sur elle-mĂȘme si serrĂ©e que je comprends Ă  peine par exemple qu’un jeune homme puisse se dĂ©cider Ă  partir Ă  cheval pour le plus proche village sans craindre que tout accident Ă©cartĂ© une existence ordinaire et se dĂ©roulant sans heurts ne suffise pas, de bien loin, mĂȘme pour cette promenade. » Dans une esquisse de rĂ©vĂ©rence Isabelle lĂąche le nom de l’auteur Franz Kafka. Et prĂ©cise - Dans la traduction de Vialatte, celle que vous prĂ©fĂ©riez. III - Y ou le prĂ©sent d’incarnation Je n’y arriverai jamais 1. - J’y arriverai jamais, m’sieur. - Tu dis ? - J’y arriverai jamais ! - OĂč veux-tu aller ? - Nulle part ! Je veux aller nulle part ! - Alors pourquoi as-tu peur de ne pas y arriver ? - C’est pas ce que je veux dire ! - Qu’est-ce que tu veux dire ? - Que j’y arriverai jamais, c’est tout ! - Écris-nous ça au tableau Je n’y arriverai jamais. Je ni arriverai jamais. - Tu t’es trompĂ© de n’y. Celui-ci est une conjonction nĂ©gative, je t’expliquerai plus tard. Corrige. N’y, ici, s’écrit n apostrophe, y. Et arriver prend deux r. Je n’y arriverai jamais. - Bon. Qu’est-ce que c’est que ce y », d’aprĂšs toi ? - Je sais pas. - Qu’est-ce qu’il veut dire ? - Je sais pas. - Eh bien il faut absolument qu’on trouve ce qu’il veut dire, parce que c’est lui qui te fait peur, ce y ». - J’ai pas peur. - Tu n’as pas peur ? - Non. - Tu n’as pas peur de ne pas y arriver ? - Non, je m’en branle. - Pardon ? - Ça m’est Ă©gal, quoi, je m’en moque ! - Tu te moques de ne pas y arriver ? - Je m’en moque, c’est tout. - Et ça, tu peux l’écrire au tableau ? - Quoi, je m’en moque ? - Oui. Je mens moque. - M apostrophe en. LĂ  tu as Ă©crit le verbe mentir Ă  la premiĂšre personne du prĂ©sent. Je m’en moque. - Bon, et ce en » justement, qu’est-ce que c’est que ce en » ? - Ce en », qu’est-ce que c’est ? - Je sais pas, moi
 C’est tout ça ! - Tout ça quoi ? - Tout ce qui me gonfle ! 2. DĂšs les premiĂšres heures de cours, cette annĂ©e-lĂ , nous nous Ă©tions attaquĂ©s Ă  ce y », Ă  ce en », Ă  ce tout », Ă  ce ça », mes Ă©lĂšves et moi. C’est par eux que nous avions entamĂ© l’assaut du bastion grammatical. Si nous voulions nous installer solidement dans l’indicatif prĂ©sent de notre cours, il fallait rĂ©gler leur compte Ă  ces mystĂ©rieux agents de dĂ©sincarnation. PrioritĂ© absolue ! Nous avons donc fait la chasse aux pronoms flous. Ces mots Ă©nigmatiques se prĂ©sentaient comme autant d’abcĂšs Ă  vider. Y », d’abord. Nous avons commencĂ© par ce fameux y » auquel on n’arrive jamais. Passons sur sa dĂ©nomination de pronom adverbial qui rĂ©sonne comme du chinois Ă  l’oreille de l’élĂšve qui l’entend pour la premiĂšre fois, ouvrons-lui le ventre, extirpons-en tous les sens possibles, nous lui collerons son Ă©tiquette grammaticale en le recousant, aprĂšs avoir remis en place ses entrailles dĂ»ment rĂ©pertoriĂ©es. Les grammairiens lui accordent une valeur imprĂ©cise. Eh bien prĂ©cisons, prĂ©cisons ! En l’occurrence, cette annĂ©e-lĂ , pour ce garçon-lĂ , qui braillait et lĂąchait des gros mots comme on roule des mĂ©caniques, y » Ă©tait le souvenir cuisant d’un exercice de math sur lequel il venait de se casser les dents. L’exercice avait dĂ©clenchĂ© la crise stylo jetĂ©, cahier claquĂ© de toute façon j’y comprends rien, je m’en branle, ça me gonfle, etc., Ă©lĂšve fichu Ă  la porte et piquant une nouvelle crise Ă  l’heure suivante, chez moi, en français, oĂč il se heurtait Ă  une autre difficultĂ©, grammaticale celle-lĂ , mais qui le renvoyait brutalement au souvenir de la prĂ©cĂ©dente
 - J’y arriverai jamais, je vous dis. L’école c’est pas fait pour moi, m’sieur ! DĂ©bat national, mon petit gars, et bientĂŽt sĂ©culaire. Savoir si l’école est faite pour toi ou toi pour l’école, tu n’imagines pas comme on s’étripe Ă  ce propos dans l’olympe Ă©ducatif. - Il y a trois ans, pensais-tu que tu serais un jour en quatriĂšme ? - Pas vraiment, non. Et puis, en CM2 ils voulaient que je redouble. - Eh bien tu y es quand mĂȘme, en quatriĂšme. Tu y es arrivĂ©. À l’anciennetĂ©, peut-ĂȘtre, en piĂštre Ă©tat je te l’accorde, de plus ou moins bon grĂ©, ça te regarde, Ă  plus ou moins juste titre, ça se discute en haut lieu, mais tu y es quand mĂȘme arrivĂ©, le fait est lĂ , et nous tous avec toi, et maintenant que nous y sommes, nous allons y passer l’annĂ©e, y travailler, en profiter pour rĂ©soudre quelques problĂšmes, Ă  commencer par les plus urgents de tous cette peur de ne pas y arriver, cette tentation de t’en foutre, et cette manie de tout fourrer dans le mĂȘme tout. Il y a des tas de gens, dans cette ville, qui ont peur de ne pas y arriver et qui croient s’en foutre
 Mais ils ne s’en foutent pas du tout; ils friment, ils dĂ©priment, ils dĂ©rivent, ils gueulent, ils cognent, ils jouent Ă  faire peur, mais s’il y a une chose dont ils ne se foutent pas, c’est bien de ce y » et de ce en » qui leur pourrissent la vie, et de ce tout » qui les gonfle. - Ça sert Ă  rien, de toute façon ! - D’accord, on va s’occuper de ce ça », aussi et de ce rien ». Et du verbe servir », tant qu’on y est. Parce qu’il commence Ă  me taper sur les nerfs, le verbe servir » ! Ça sert Ă  rien, ça sert Ă  rien, et dans ta bouche, maintenant, il sert Ă  quoi, le verbe servir » ? Il est temps de lui poser la question. Cette annĂ©e-lĂ , donc, nous avons ouvert le ventre de ce y », de ce en », de ce ça », de ce tout », de ce rien ». Chaque fois qu’ils faisaient irruption dans la classe, nous partions Ă  la recherche de ce que nous cachaient ces mots si dĂ©primants. Nous avons vidĂ© ces outres infiniment extensibles de ce qui alourdit la barque de l’élĂšve en perdition, nous les avons vidĂ©es comme on Ă©cope un canot sur le point de couler, et nous avons examinĂ© de prĂšs le contenu de ce que nous jetions par-dessus bord Y » cet exercice de math d’abord, qui avait mis le feu aux poudres. Y » celui de grammaire, ensuite, qui avait rallumĂ© l’incendie. La grammaire, ça me gonfle encore plus que les math, m’sieur ! Et ainsi de suite y », la langue anglaise qui ne se laissait pas saisir, y », la techno qui le gonflait comme le reste dix ans plus tard elle lui prendrait la tĂȘte et dix ans plus tard encore elle le gaverait, y », les rĂ©sultats que tous les adultes attendaient vainement de lui, bref y », tous les aspects de sa scolaritĂ©. D’oĂč l’apparition du en », de s’en moquer s’en foutre, s’en taper, s’en branler, histoire de tester la rĂ©sistance des oreilles enseignantes. Encore une vingtaine d’annĂ©es et s’en battre les couilles viendrait s’ajouter Ă  la liste. En », le constat quotidien de son Ă©chec, En », l’opinion que les adultes ont de lui, En », ce sentiment d’humiliation qu’il prĂ©fĂšre reconvertir en haine des professeurs et en mĂ©pris des bons Ă©lĂšves
 D’oĂč son refus de chercher Ă  comprendre l’énorme ça » qui ne sert Ă  rien », cette envie permanente d’ĂȘtre ailleurs, de faire autre chose, n’importe oĂč ailleurs et n’importe quoi d’autre. Leur dissection scrupuleuse de ce y » rĂ©vĂ©la Ă  ces Ă©lĂšves l’image qu’ils se faisaient d’eux-mĂȘmes des nuls fourvoyĂ©s dans un univers absurde, qui prĂ©fĂ©raient s’en foutre, puisqu’ils ne s’y voyaient aucun avenir. - MĂȘme pas en rĂȘve, monsieur ! No future. Y » ou l’avenir inaccessible. Seulement Ă  ne s’envisager aucun futur, on ne s’installe pas non plus dans le prĂ©sent. On est assis sur sa chaise mais ailleurs, prisonnier des limbes de la dĂ©ploration, un temps qui ne passe pas, une sorte de perpĂ©tuitĂ©, un sentiment de torture qu’on ferait payer Ă  n’importe qui, et au prix fort. D’oĂč ma rĂ©solution de professeur user de l’analyse grammaticale pour les ramener ici, maintenant, afin d’y Ă©prouver le dĂ©lice trĂšs particulier de comprendre Ă  quoi sert un pronom adverbial, un mot capital qu’on utilise mille fois par jour, sans y penser. Parfaitement inutile, devant cet Ă©lĂšve en colĂšre, de se perdre en arguties morales ou psychologiques, l’heure n’est pas au dĂ©bat, elle est Ă  l’urgence. Une fois y » et en » vidĂ©s et nettoyĂ©s, nous les avons dĂ»ment Ă©tiquetĂ©s. Deux pronoms adverbiaux fort pratiques pour noyer le poisson dans une conversation Ă©pineuse. Nous les avons comparĂ©s Ă  des caves du langage, ces pronoms, Ă  des greniers inaccessibles, Ă  une valise qu’on n’ouvre jamais, Ă  un paquet oubliĂ© dans une consigne dont on aurait perdu la clef. - Une planque, monsieur, une sacrĂ©e planque ! Pas si bonne en l’occurrence. On croit s’y cacher et voilĂ  que la planque nous digĂšre. Y » et en » nous avalent et nous ne savons plus qui nous sommes. 3. Les maux de grammaire se soignent par la grammaire, les fautes d’orthographe par l’exercice de l’orthographe, la peur de lire par la lecture, celle de ne pas comprendre par l’immersion dans le texte, et l’habitude de ne pas rĂ©flĂ©chir par le calme renfort d’une raison strictement limitĂ©e Ă  l’objet qui nous occupe, ici, maintenant, dans cette classe, pendant cette heure de cours, tant que nous y sommes. J’ai hĂ©ritĂ© cette conviction de ma propre scolaritĂ©. On m’y a beaucoup fait la morale, on a souvent essayĂ© de me raisonner, et avec bienveillance, car les gentils ne manquent pas chez les professeurs. Le directeur du collĂšge oĂč m’avait expĂ©diĂ© mon cambriolage domestique, par exemple. C’était un marin, un ancien commandant de bord, rompu Ă  la patience des ocĂ©ans, pĂšre de famille et mari attentif d’une Ă©pouse qu’on disait atteinte d’un mal mystĂ©rieux. Un homme fort occupĂ© par les siens et par la direction de ce pensionnat oĂč les cas de mon espĂšce ne manquaient pas. Combien d’heures a-t-il pourtant Ă©puisĂ©es Ă  me convaincre que je n’étais pas l’idiot que je prĂ©tendais ĂȘtre, que mes rĂȘves d’exil africain Ă©taient des tentatives de fuite, et qu’il suffisait de me mettre sĂ©rieusement au travail pour lever l’hypothĂšque que mes jĂ©rĂ©miades faisaient peser sur mes aptitudes ! Je le trouvais bien bon de s’intĂ©resser Ă  moi, lui qui avait tant de soucis, et je promettais de me reprendre, oui, oui, tout de suite. Seulement, dĂšs que je me retrouvais en cours de math, ou Ă  l’étude du soir penchĂ© sur une leçon de sciences naturelles, il ne restait plus rien de l’invincible confiance que j’avais retirĂ©e de notre entretien. C’est que nous n’avions pas parlĂ© d’algĂšbre, monsieur le directeur et moi, ni de la photosynthĂšse, mais de volontĂ©, mais de concentration, c’était de moi que nous avions parlĂ©, un moi tout Ă  fait susceptible de progresser, il en Ă©tait convaincu, si je m’y mettais vraiment ! Et ce moi, gonflĂ© d’un soudain espoir, jurait de s’appliquer, de ne plus se raconter d’histoires; hĂ©las, dix minutes plus tard, confrontĂ© Ă  l’algĂ©bricitĂ© du langage mathĂ©matique, il se vidait comme une baudruche, ce moi, et Ă  l’étude du soir il n’était plus que renoncement devant le goĂ»t inexplicable des plantes pour le gaz carbonique via l’étrange chlorophylle. Je redevenais le crĂ©tin familier qui n’y comprendrait jamais rien, pour la raison qu’il n’y avait jamais rien compris. De cette mĂ©saventure tant de fois rĂ©pĂ©tĂ©e, la conviction m’est restĂ©e qu’il fallait parler aux Ă©lĂšves le seul langage de la matiĂšre que je leur enseignais. Peur de la grammaire ? Faisons de la grammaire. Pas d’appĂ©tit pour la littĂ©rature ? Lisons ! Car, aussi Ă©trange que cela puisse vous paraĂźtre, ĂŽ nos Ă©lĂšves, vous ĂȘtes pĂ©tris des matiĂšres que nous vous enseignons. Vous ĂȘtes la matiĂšre mĂȘme de toutes nos matiĂšres. Malheureux Ă  l’école ? Peut-ĂȘtre. ChahutĂ©s par la vie ? Certains, oui. Mais Ă  mes yeux, faits de mots, tous autant que vous ĂȘtes, tissĂ©s de grammaire, remplis de discours, mĂȘme les plus silencieux ou les moins armĂ©s en vocabulaire, hantĂ©s par vos reprĂ©sentations du monde, pleins de littĂ©rature en somme, chacun d’entre vous, je vous prie de me croire. 4. VanitĂ© des interventions psychologiques les mieux intentionnĂ©es. Classe de premiĂšre. Jocelyne est en larmes, le cours ne peut pas commencer. Il n’y a pas plus Ă©tanche que le chagrin pour faire Ă©cran au savoir. Le rire, on peut l’éteindre d’un regard, mais les larmes
 - Est-ce que quelqu’un a une histoire drĂŽle en rĂ©serve ? Il faut faire rire Jocelyne pour qu’on puisse commencer. Creusez-vous la cervelle. Une histoire trĂšs drĂŽle. Budget, trois minutes, pas plus; Montesquieu nous attend. L’histoire drĂŽle jaillit. Elle est drĂŽle en effet. Tout le monde rigole, y compris Jocelyne, que j’invite Ă  venir me parler pendant la rĂ©crĂ©ation, si elle en Ă©prouve le besoin. - D’ici lĂ , tu ne t’occupes que de Montesquieu. RĂ©crĂ©. Jocelyne m’expose son malheur. Ses parents ne s’entendent plus. Ils se disputent du matin au soir. Se disent des horreurs. La vie Ă  la maison est infernale, la situation dĂ©chirante. Bon, me dis-je, encore deux coureurs de fond qui ont mis vingt ans Ă  se trouver mal assortis; il y a du divorce dans l’air. Jocelyne, qui n’est pas une mauvaise Ă©lĂšve, dĂ©gringole dans toutes les matiĂšres. Et me voilĂ  bricolant dans son chagrin. Mieux vaut, lui dis-je trĂšs prudemment, peut-ĂȘtre, le divorce, tu sais, Jocelyne, enfin
 deux divorcĂ©s apaisĂ©s te seront plus supportables qu’un couple acharnĂ© Ă  se dĂ©truire
 Etc. Jocelyne fond de nouveau en larmes - Justement, monsieur, ils avaient dĂ©cidĂ© de divorcer, mais ils viennent d’y renoncer ! Ah ! Bon. Bon, bon, bon. Bien. C’est toujours plus compliquĂ© que ne le croit l’apprenti psychologue. - Connais-tu Maisie Farange ? - Non, qui c’est ? - C’est la fille de Beale Farange et de sa femme, dont j’ai oubliĂ© le prĂ©nom. Deux divorcĂ©s cĂ©lĂšbres en leur temps. Maisie Ă©tait petite quand ils se sont sĂ©parĂ©s, mais elle n’en a pas perdu une miette. Tu devrais faire sa connaissance. C’est un roman. D’un AmĂ©ricain. Henry James. Ce que savait Maisie. Roman complexe au demeurant, que Jocelyne lut durant les semaines suivantes, stimulĂ©e par le terrain mĂȘme de la bataille conjugale. Ils se balancent les mĂȘmes arguments que les Farange, monsieur ! » Eh oui, pour ĂȘtre saignante de vrai sang, la guerre des couples et le chagrin des enfants n’en sont pas moins littĂ©raires. Cela dit, quand Montesquieu fait l’honneur de sa prĂ©sence Ă  notre classe, on se doit d’ĂȘtre prĂ©sent Ă  Montesquieu. 5. Leur prĂ©sence en classe
 Pas commode, pour ces garçons et ces filles de fournir cinquante-cinq minutes de concentration, dans cinq ou six cours successifs, selon cet emploi si particulier que l’école fait du temps. Quel casse-tĂȘte, l’emploi du temps ! RĂ©partition des classes, des matiĂšres, des heures, des Ă©lĂšves, en fonction du nombre de salles, de la constitution des demi- groupes, du nombre de matiĂšres optionnelles, de la disponibilitĂ© des labos, des desiderata incompatibles du professeur de ceci et de la professeur de cela
 Il est vrai qu’aujourd’hui la tĂȘte du proviseur est sauvĂ©e par l’ordinateur auquel il confie ces paramĂštres DĂ©solĂ© pour votre mercredi aprĂšs-midi, madame Untel, c’est l’ordinateur. » - Cinquante-cinq minutes de français, expliquais-je Ă  mes Ă©lĂšves, c’est une petite heure avec sa naissance, son milieu et sa fin, une vie entiĂšre, en somme. Cause toujours, auraient-ils pu me rĂ©pondre, une vie de littĂ©rature qui ouvre sur une vie de mathĂ©matiques, laquelle donne sur une pleine existence d’histoire, qui vous propulse sans raison dans une autre vie, anglaise celle-lĂ , ou allemande, ou chimique, ou musicale
 Ça en fait des rĂ©incarnations en une seule journĂ©e ! Et sans aucune logique ! C’est Alice au pays des merveilles, votre emploi du temps on prend le thĂ© chez le liĂšvre de mars et on se retrouve sans transition Ă  jouer au croquet avec la reine de cƓur. Une journĂ©e passĂ©e dans le shaker de Lewis Carroll, le merveilleux en moins, vous parlez d’une gymnastique ! Et ça se donne des allures de rigueur, par- dessus le marchĂ©, une absolue pagaille taillĂ©e comme un jardin Ă  la française, bosquet de cinquante-cinq minutes par bosquet de cinquante-cinq minutes. Il n’y a guĂšre que la journĂ©e d’un psychanalyste et le salami du charcutier pour ĂȘtre dĂ©coupĂ©s en tranches aussi Ă©gales. Et ça, toutes les semaines de l’annĂ©e ! Le hasard sans la surprise, un comble ! Il serait tentant de leur rĂ©pondre Cessez de rouspĂ©ter, chers Ă©lĂšves, et mettez-vous Ă  notre place, votre comparaison avec le psychanalyste n’est d’ailleurs pas mauvaise; tous les jours dans son cabinet, le pauvre, Ă  voir dĂ©filer le malheur du monde, et nous dans nos classes Ă  voir dĂ©filer son ignorance, par groupes de trente- cinq et Ă  heure fixe, notre vie entiĂšre, laquelle perception logarithmique ou pas est beaucoup plus longue que votre trop brĂšve jeunesse, vous verrez, vous verrez
 Mais non, ne jamais demander Ă  un Ă©lĂšve de se mettre Ă  la place d’un professeur, la tentation du ricanement est trop forte. Et ne jamais lui proposer de mesurer son temps au nĂŽtre notre heure n’est vraiment pas la sienne, nous n’évoluons pas dans la mĂȘme durĂ©e. Quant Ă  lui parler de nous ou de lui-mĂȘme, pas question hors sujet. Nous en tenir Ă  ce que nous avons dĂ©cidĂ© cette heure de grammaire doit ĂȘtre une bulle dans le temps. Mon travail consiste Ă  faire en sorte que mes Ă©lĂšves se sentent exister grammaticalement pendant ces cinquante-cinq minutes. Pour y parvenir, ne pas perdre de vue que les heures ne se ressemblent pas les heures de la matinĂ©e ne sont pas celles de l’aprĂšs-midi; les heures du rĂ©veil, les heures digestives, celles qui prĂ©cĂšdent les rĂ©crĂ©ations, celles qui les suivent, toutes sont diffĂ©rentes. Et l’heure qui succĂšde au cours de math ne se prĂ©sente pas comme celle qui suit le cours de gym
 Ces diffĂ©rences n’ont guĂšre d’incidence sur l’attention des bons Ă©lĂšves. Ceux-ci jouissent d’une facultĂ© bĂ©nie changer de peau Ă  bon escient, au bon moment, au bon endroit, passer de l’adolescent agitĂ© Ă  l’élĂšve attentif, de l’amoureux Ă©conduit au matheux concentrĂ©, du joueur au bĂ»cheur, de Tailleurs Ă  l’ici, du passĂ© au prĂ©sent, des mathĂ©matiques Ă  la littĂ©rature
 C’est leur vitesse d’incarnation qui distingue les bons Ă©lĂšves des Ă©lĂšves Ă  problĂšmes. Ceux-ci, comme le leur reprochent leurs professeurs, sont souvent ailleurs. Ils se libĂšrent plus difficilement de l’heure prĂ©cĂ©dente, ils traĂźnent dans un souvenir ou se projettent dans un quelconque dĂ©sir d’autre chose. Leur chaise est un tremplin qui les expĂ©die hors de la classe Ă  la seconde oĂč ils s’y posent. À moins qu’ils ne s’y endorment. Si je veux espĂ©rer leur pleine prĂ©sence mentale, il me faut les aider Ă  s’installer dans mon cours. Les moyens d’y arriver ? Cela s’apprend, surtout sur le terrain, Ă  la longue. Une seule certitude, la prĂ©sence de mes Ă©lĂšves dĂ©pend Ă©troitement de la mienne de ma prĂ©sence Ă  la classe entiĂšre et Ă  chaque individu en particulier, de ma prĂ©sence Ă  ma matiĂšre aussi, de ma prĂ©sence physique, intellectuelle et mentale, pendant les cinquante-cinq minutes que durera mon cours. 6. Ô le souvenir pĂ©nible des cours oĂč je n’y Ă©tais pas ! Comme je les sentais flotter, mes Ă©lĂšves, ces jours-lĂ , tranquillement dĂ©river pendant que j’essayais de rameuter mes forces. Cette sensation de perdre ma classe
 Je n’y suis pas, ils n’y sont plus, nous avons dĂ©crochĂ©. Pourtant, l’heure s’écoule. Je joue le rĂŽle de celui qui fait cours, ils font ceux qui Ă©coutent. Bien sĂ©rieuse notre mine commune, blabla d’un cĂŽtĂ©, griffonnage de l’autre, un inspecteur s’en satisferait peut-ĂȘtre; pourvu que la boutique ait l’air ouverte
 Mais je n’y suis pas, nom d’un chien, je n’y suis pas, aujourd’hui, je suis ailleurs. Ce que je dis ne s’incarne pas, ils se foutent Ă©perdument de ce qu’ils entendent. Ni questions ni rĂ©ponses. Je me replie derriĂšre le cours magistral. L’énergie dĂ©mesurĂ©e que je dilapide alors pour faire prendre ce ridicule filet de savoir ! Je suis Ă  cent lieues de Voltaire, de Rousseau, de Diderot, de cette classe, de ce bahut, de cette situation, je m’épuise Ă  rĂ©duire la distance mais pas moyen, je suis aussi loin de ma matiĂšre que de ma classe. Je ne suis pas le professeur, je suis le gardien du musĂ©e, je guide mĂ©caniquement une visite obligatoire. Ces heures ratĂ©es me laissaient sur les genoux. Je sortais de ma classe Ă©puisĂ© et furieux. Une fureur dont mes Ă©lĂšves risquaient de faire les frais toute la journĂ©e, car il n’y a pas plus prompt Ă  vous engueuler qu’un professeur mĂ©content de lui-mĂȘme. Attention les mĂŽmes, rasez les murs, votre prof s’est donnĂ© une mauvaise note, le premier responsable venu fera l’affaire ! Sans parler de la correction de vos copies, ce soir, Ă  la maison. Un domaine oĂč la fatigue et la mauvaise conscience ne sont pas bonnes conseillĂšres ! Mais non, pas de copies ce soir, et pas de tĂ©lĂ©, pas de sortie, au lit ! La premiĂšre qualitĂ© d’un professeur, c’est le sommeil. Le bon professeur est celui qui se couche tĂŽt. 7. Elle est immĂ©diatement perceptible, la prĂ©sence du professeur qui habite pleinement sa classe. Les Ă©lĂšves la ressentent dĂšs la premiĂšre minute de l’annĂ©e, nous en avons tous fait l’expĂ©rience le professeur vient d’entrer, il est absolument lĂ , cela s’est vu Ă  sa façon de regarder, de saluer ses Ă©lĂšves, de s’asseoir, de prendre possession du bureau. Il ne s’est pas Ă©parpillĂ© par crainte de leurs rĂ©actions, il ne s’est pas recroquevillĂ© sur lui-mĂȘme, non, il est Ă  son affaire, d’entrĂ©e de jeu, il est prĂ©sent, il distingue chaque visage, la classe existe aussitĂŽt sous ses yeux. Cette prĂ©sence, je l’ai Ă©prouvĂ©e une nouvelle fois, il y a peu, au Blanc-Mesnil, oĂč m’invitait une jeune collĂšgue qui avait plongĂ© ses Ă©lĂšves dans un de mes romans. Quelle matinĂ©e j’ai passĂ©e lĂ  ! BombardĂ© de questions par des lecteurs qui semblaient possĂ©der mieux que moi la matiĂšre de mon livre, l’intimitĂ© de mes personnages, qui s’exaltaient sur certains passages et s’amusaient Ă  Ă©pingler mes tics d’écriture
 Je m’attendais Ă  rĂ©pondre Ă  des questions sagement rĂ©digĂ©es, sous l’Ɠil d’un professeur lĂ©gĂšrement en retrait, soucieux du seul ordre de la classe, comme cela m’arrive assez souvent, et voilĂ  que j’étais pris dans le tourbillon d’une controverse littĂ©raire oĂč les Ă©lĂšves me posaient fort peu de questions convenues. Quand l’enthousiasme emportait leurs voix au-dessus du niveau de dĂ©cibels supportable, leur professeur m’interrogeait elle-mĂȘme, deux octaves plus bas, et la classe entiĂšre se rangeait Ă  cette ligne mĂ©lodique. Plus tard, dans le cafĂ© oĂč nous dĂ©jeunions, je lui ai demandĂ© comment elle s’y prenait pour maĂźtriser tant d’énergie vitale. Elle a d’abord Ă©ludĂ© - Ne jamais parler plus fort qu’eux, c’est le truc. Mais je voulais en savoir davantage sur la maĂźtrise qu’elle avait de ces Ă©lĂšves, leur bonheur manifeste d’ĂȘtre lĂ , la pertinence de leurs questions, le sĂ©rieux de leur Ă©coute, le contrĂŽle de leur enthousiasme, leur emprise sur eux-mĂȘmes quand ils n’étaient pas d’accord entre eux, l’énergie et la gaietĂ© de l’ensemble, bref tout ce qui tranchait tellement avec la reprĂ©sentation effrayante que les mĂ©dias propagent de ces classes blackĂ©beures. Elle fit la somme de mes questions, rĂ©flĂ©chit un peu et rĂ©pondit - Quand je suis avec eux ou dans leurs copies je ne suis pas ailleurs. Elle ajouta - Mais, quand je suis ailleurs, je ne suis plus du tout avec eux. Son ailleurs, en l’occurrence, Ă©tait un quatuor Ă  cordes qui exigeait de son violoncelle l’absolu que rĂ©clame la musique. Du reste, elle voyait un rapport de nature entre une classe et un orchestre. - Chaque Ă©lĂšve joue de son instrument, ce n’est pas la peine d’aller contre. Le dĂ©licat, c’est de bien connaĂźtre nos musiciens et de trouver l’harmonie. Une bonne classe, ce n’est pas un rĂ©giment qui marche au pas, c’est un orchestre qui travaille la mĂȘme symphonie. Et si vous avez hĂ©ritĂ© du petit triangle qui ne sait faire que ting ting, ou de la guimbarde qui ne fait que bloĂŻng bloĂŻng, le tout est qu’ils le fassent au bon moment, le mieux possible, qu’ils deviennent un excellent triangle, une irrĂ©prochable guimbarde, et qu’ils soient fiers de la qualitĂ© que leur contribution confĂšre Ă  l’ensemble. Comme le goĂ»t de l’harmonie les fait tous progresser, le petit triangle finira lui aussi par connaĂźtre la musique, peut-ĂȘtre pas aussi brillamment que le premier violon, mais il connaĂźtra la mĂȘme musique. Elle eut une moue fataliste - Le problĂšme, c’est qu’on veut leur faire croire Ă  un monde oĂč seuls comptent les premiers violons. Un temps - Et que certains collĂšgues se prennent pour des Karajan qui supportent mal de diriger l’orphĂ©on municipal. Ils rĂȘvent tous du Philharmonique de Berlin, ça peut se comprendre
 Puis, en nous quittant, comme je lui rĂ©pĂ©tais mon admiration, elle rĂ©pondit - Il faut dire que vous ĂȘtes venu Ă  dix heures. Ils Ă©taient rĂ©veillĂ©s. 8. Il y a l’appel du matin. Entendre son nom prononcĂ© par la voix du professeur, c’est un second rĂ©veil. Le son que fait votre nom Ă  huit heures du matin a des vibrations de diapason. - Je ne peux pas me rĂ©soudre Ă  nĂ©gliger les appels, surtout celui du matin, m’explique une autre professeur – de math, cette fois –, mĂȘme si je suis pressĂ©e. RĂ©citer une liste de noms comme on compte des moutons, ce n’est pas possible. J’appelle mes lascars en les regardant, je les accueille, je les nomme un Ă  un, et j’écoute leur rĂ©ponse. AprĂšs tout, l’appel est le seul moment de la journĂ©e oĂč le professeur a l’occasion de s’adresser Ă  chacun de ses Ă©lĂšves, ne serait-ce qu’en prononçant son nom. Une petite seconde oĂč l’élĂšve doit sentir qu’il existe Ă  mes yeux, lui et pas un autre. Quant Ă  moi, j’essaye autant que possible de saisir son humeur du moment au son que fait son PrĂ©sent ». Si sa voix est fĂȘlĂ©e, il faudra Ă©ventuellement en tenir compte. L’importance de l’appel
 Nous jouions Ă  un petit jeu, mes Ă©lĂšves et moi. Je les appelais, ils rĂ©pondaient, et je rĂ©pĂ©tais leur PrĂ©sent », Ă  mi-voix mais sur le mĂȘme ton, comme un lointain Ă©cho - Manuel ? - PrĂ©sent ! - PrĂ©sent ». Laetitia ? - PrĂ©sente ! - PrĂ©sente ». Victor ? - PrĂ©sent ! - PrĂ©sent ». Carole ? - PrĂ©sente ! » - PrĂ©sente ». RĂ©mi ? J’imitais le PrĂ©sent » retenu de Manuel, le PrĂ©sent » clair de Laetitia, le PrĂ©sent » vigoureux de Victor, le PrĂ©sent » cristallin de Carole
 J’étais leur Ă©cho du matin. Certains s’appliquaient Ă  rendre leur voix le plus opaque possible, d’autres s’amusaient Ă  changer d’intonation pour me surprendre, ou rĂ©pondaient Oui », ou Je suis lĂ  », ou C’est bien moi ». Je rĂ©pĂ©tais tout bas la rĂ©ponse, quelle qu’elle fĂ»t, sans manifester de surprise. C’était notre moment de connivence, le bonjour matinal d’une Ă©quipe qui allait se mettre Ă  l’ouvrage. Mon ami Pierre, lui, professeur Ă  Ivry, ne fait jamais l’appel. - Enfin, deux ou trois fois au dĂ©but de l’annĂ©e, le temps de connaĂźtre leurs noms et leurs visages. Autant passer tout de suite aux choses sĂ©rieuses. Ses Ă©lĂšves attendent en rangs, dans le couloir, devant la porte de sa classe. Partout ailleurs dans le collĂšge, on court, on s’interpelle, on bouscule les chaises et les tables, on envahit l’espace, on sature le volume sonore; Pierre, lui, attend que les rangs se forment, puis il ouvre la porte, regarde garçons et filles entrer un par un, Ă©change par-ci par-lĂ  un Bonjour » qui va de soi, referme la porte, se dirige Ă  pas mesurĂ©s vers son bureau, les Ă©lĂšves attendant, debout derriĂšre leurs chaises. Il les prie de s’asseoir, et commence Bon, Karim, oĂč en Ă©tions-nous ? » Son cours est une conversation qui reprend lĂ  oĂč elle s’est interrompue. À la gravitĂ© qu’il met Ă  sa tĂąche, Ă  l’affectueuse confiance que lui portent ses Ă©lĂšves, Ă  leur fidĂ©litĂ© une fois devenus adultes, j’ai toujours vu mon ami Pierre comme une rĂ©incarnation de l’oncle Jules. - Au fond, tu es l’oncle Jules du Val-de-Marne ! Il Ă©clate de son rire formidable - Tu as raison, mes collĂšgues me prennent pour un prof du XIXe siĂšcle ! Ils croient que je collectionne les marques de respect extĂ©rieur, que la mise en rangs, les gosses debout derriĂšre leur chaise, ce genre de trucs, tient Ă  une nostalgie des temps anciens. Remarque, ça n’a jamais fait de mal Ă  personne, un peu de politesse, mais en l’occurrence il s’agit d’autre chose en installant mes Ă©lĂšves dans le silence, je leur donne le temps d’atterrir dans mon cours, de commencer par le calme. De mon cĂŽtĂ©, j’examine leurs tĂȘtes, je note les absents, j’observe les groupes qui se font et se dĂ©font; bref, je prends la tempĂ©rature matinale de la classe. Aux derniĂšres heures de l’aprĂšs-midi, quand nos Ă©lĂšves tombaient de fatigue, Pierre et moi pratiquions sans le savoir le mĂȘme rituel. Nous leur demandions d’écouter la ville lui Ivry, moi Paris. Suivaient deux minutes d’immobilitĂ© et de silence oĂč le boucan du dehors confirmait la paix du dedans. Ces heures-lĂ , nous faisions nos cours Ă  voix plus basse; souvent nous les terminions par une lecture. 9. En aura-t-elle profĂ©rĂ©, des sottises, ma gĂ©nĂ©ration, sur les rituels considĂ©rĂ©s comme marque de soumission aveugle, la notation estimĂ©e avilissante, la dictĂ©e rĂ©actionnaire, le calcul mental abrutissant, la mĂ©morisation des textes infantilisante, ce genre de proclamation
 Il en va de la pĂ©dagogie comme du reste dĂšs que nous cessons de rĂ©flĂ©chir sur des cas particuliers or, dans ce domaine, tous les cas sont particuliers, nous cherchons, pour rĂ©gler nos actes, l’ombre de la bonne doctrine, la protection de l’autoritĂ© compĂ©tente, la caution du dĂ©cret, le blanc-seing idĂ©ologique. Puis nous campons sur des certitudes que rien n’ébranle, pas mĂȘme le dĂ©menti quotidien du rĂ©el. Trente ans plus tard seulement, si l’Éducation nationale entiĂšre vire de bord pour Ă©viter l’iceberg des dĂ©sastres accumulĂ©s, nous nous autorisons un timide virage intĂ©rieur, mais c’est le virage du paquebot lui-mĂȘme, et nous voilĂ  suivant le cap d’une nouvelle doctrine, sous la houlette d’un nouveau commandement, au nom de notre libre arbitre bien entendu, Ă©ternels anciens Ă©lĂšves que nous sommes. 10. RĂ©actionnaire, la dictĂ©e ? InopĂ©rante en tout cas, si elle est pratiquĂ©e par un esprit paresseux qui se contente de dĂ©falquer des points dans le seul but de dĂ©crĂ©ter un niveau ! Avilissante, la notation ? Certes, quand elle ressemble Ă  cette cĂ©rĂ©monie, vue il y a peu Ă  la tĂ©lĂ©vision, d’un professeur rendant leurs copies Ă  ses Ă©lĂšves, chaque devoir lĂąchĂ© devant chaque criminel comme un verdict annoncĂ©, le visage du professeur irradiant la fureur et ses commentaires vouant tous ces bons Ă  rien Ă  l’ignorance dĂ©finitive et au chĂŽmage perpĂ©tuel. Mon Dieu, le silence haineux de cette classe ! Cette rĂ©ciprocitĂ© manifeste du mĂ©pris ! 11. J’ai toujours conçu la dictĂ©e comme un rendez-vous complet avec la langue. La langue telle qu’elle sonne, telle qu’elle raconte, telle qu’elle raisonne, la langue telle qu’elle s’écrit et se construit, le sens tel qu’il se prĂ©cise par l’exercice mĂ©ticuleux de la correction. Car il n’y a pas d’autre but Ă  la correction d’une dictĂ©e que l’accĂšs au sens exact du texte, Ă  l’esprit de la grammaire, Ă  l’ampleur des mots. Si la note doit mesurer quelque chose, c’est la distance parcourue par l’intĂ©ressĂ© sur le chemin de cette comprĂ©hension. Ici comme en analyse littĂ©raire, il s’agit de passer de la singularitĂ© du texte quelle histoire va-t-on me raconter ? Ă  l’élucidation du sens qu’est-ce que tout cela veut dire exactement ?, en transitant par la passion du fonctionnement comment ça marche ?. Quelles qu’aient Ă©tĂ© mes terreurs d’enfant Ă  l’approche d’une dictĂ©e et Dieu sait que mes professeurs pratiquaient la dictĂ©e comme une razzia de riches dans un quartier pauvre !, j’ai toujours Ă©prouvĂ© la curiositĂ© de sa premiĂšre lecture. Toute dictĂ©e commence par un mystĂšre que va-t-on me lire lĂ  ? Certaines dictĂ©es de mon enfance Ă©taient si belles qu’elles continuaient Ă  fondre en moi comme un bonbon acidulĂ©, longtemps aprĂšs la note infamante qu’elles m’avaient pourtant coĂ»tĂ©e. Mais, ce zĂ©ro en orthographe, ou ce moins 15, ce moins 27 !, j’en avais fait un refuge dont personne ne pouvait me chasser. Inutile de m’épuiser en corrections puisque le rĂ©sultat m’était connu d’avance ! Combien de fois, enfant, ai-je affirmĂ© Ă  mes professeurs ce que mes Ă©lĂšves me rĂ©pĂ©teraient Ă  leur tour si souvent - De toute façon j’aurai toujours zĂ©ro en dictĂ©e ! - Ah bon, Nicolas ? Qu’est-ce qui te fait croire ça ? - J’ai toujours eu zĂ©ro ! - Moi aussi, m’sieur ! - Toi aussi, VĂ©ronique ? - Et moi aussi, moi aussi ! - C’est une Ă©pidĂ©mie, alors ! Levez le doigt, ceux qui ont toujours eu zĂ©ro en orthographe. C’était une conversation de dĂ©but d’annĂ©e, pendant notre prise de contact, avec des quatriĂšmes par exemple; elle ouvrait systĂ©matiquement sur la premiĂšre dictĂ©e d’une longue sĂ©rie - D’accord, on va bien voir. Prenez une feuille, Ă©crivez DictĂ©e. - Oh, non m’sieueueueur ! - Ça ne se nĂ©gocie pas. DictĂ©e. Écrivez Nicolas prĂ©tend qu’il aura toujours zĂ©ro en orthographe
 Nicolas prĂ©tend
 Une dictĂ©e non prĂ©parĂ©e, que j’imaginais sur place, Ă©cho instantanĂ© Ă  leur aveu de nullitĂ© Nicolas prĂ©tend qu’il aura toujours zĂ©ro en orthographe, pour la seule raison qu’il n’a jamais obtenu une autre note. FrĂ©dĂ©ric, Sami et VĂ©ronique partagent son opinion. Le zĂ©ro, qui les poursuit depuis leur premiĂšre dictĂ©e, les a rattrapĂ©s et avalĂ©s. À les entendre, chacun d’eux habite un zĂ©ro d’oĂč il ne peut pas sortir. Ils ne savent pas qu’ils ont la clĂ© dans leur poche. Pendant que j’imaginais le texte, y distribuant un petit rĂŽle Ă  chacun d’eux, histoire d’émoustiller leur curiositĂ©, je faisais mes comptes grammaticaux un participe conjuguĂ© avec avoir, COD placĂ© derriĂšre; un prĂ©sent singulier prĂ©cĂ©dĂ© d’un pronom complĂ©ment pluriel et d’un pronom relatif sujet; deux autres participes avec avoir, COD placĂ© devant; un infinitif prĂ©cĂ©dĂ© d’un pronom complĂ©ment, etc. La dictĂ©e achevĂ©e, nous entamions sa correction immĂ©diate - Bon, Nicolas, lis-nous la premiĂšre phrase. - Nicolas prĂ©tend qu’il aura toujours zĂ©ro en orthographe. - C’est la premiĂšre phrase ? Elle s’arrĂȘte lĂ , tu es sĂ»r ? -
 - Lis attentivement. - Ah ! Non, pour la raison qu’il n’a jamais obtenu une autre note. - Bien. Quel est le premier verbe conjuguĂ© ? - PrĂ©tend ? - Oui. Infinitif ? - PrĂ©tendre. - Quel groupe ? - Euh
 - TroisiĂšme, je t’expliquerai tout Ă  l’heure. Quel temps ? - PrĂ©sent. - Le sujet ? - Moi. Enfin, Nicolas. - La personne ? - TroisiĂšme personne du singulier. - TroisiĂšme personne de prĂ©tendre au prĂ©sent, oui. Faites attention Ă  la terminaison. À toi, VĂ©ronique, quel est le deuxiĂšme verbe de cette phrase ? -a! - a ? Le verbe avoir ? Tu en es sĂ»re ? Relis. -
 -
 - Non, pardon, m’sieur, c’est a obtenu. C’est le verbe obtenir ! - À quel temps ? Une correction qui reprend tout de zĂ©ro puisque c’est de lĂ  que nous affirmons partir. En quatriĂšme ? Eh oui ! tout reprendre de zĂ©ro en quatriĂšme ! Jusqu’en troisiĂšme il n’est jamais trop tard pour repartir de zĂ©ro, quoi qu’on pense des impĂ©ratifs du programme ! Je ne vais quand mĂȘme pas entĂ©riner un perpĂ©tuel manque de bases, renier systĂ©matiquement la patate chaude au collĂšgue suivant ! Allez, on repart de zĂ©ro chaque verbe interrogĂ©, chaque nom, chaque adjectif, chaque lien, pas Ă  pas, une langue qu’ils ont mission de reconstruire Ă  chaque dictĂ©e, mot Ă  mot, groupe Ă  groupe. - Raison, nom commun, fĂ©minin singulier. - Un dĂ©terminant ? - La ! - Qu’est-ce que c’est, comme dĂ©terminant ? - Un article ! - Quel genre d’article ? - DĂ©fini ! - Raison a-t-il un adjectif qualificatif ? Devant ? DerriĂšre ? Loin ? PrĂšs ? - Devant, oui seule. DerriĂšre
 aucun. Pas d’adjectif derriĂšre. Juste seule. - Faites l’accord si vous avez oubliĂ© de le faire. Ces dictĂ©es, quotidiennes, des premiĂšres semaines se prĂ©sentaient sous la forme de brefs rĂ©cits oĂč nous tenions le journal de la classe. Elles n’étaient pas prĂ©parĂ©es. DĂšs leur point final elles ouvraient sur cette correction immĂ©diate, millimĂ©trique et collective. Puis venait la correction secrĂšte du professeur, la mienne, chez moi, et la remise des copies le lendemain, la note, la fameuse note, histoire de voir la tĂȘte que ferait Nicolas en sortant pour la premiĂšre fois de son zĂ©ro. La bouille de Nicolas, de VĂ©ronique ou de Sami le jour oĂč ils brisaient la coquille de l’Ɠuf orthographique. Affranchis de la fatalitĂ© ! Enfin ! Oh, la charmante Ă©closion ! De dictĂ©e en dictĂ©e, l’assimilation des raisonnements grammaticaux dĂ©clenchait des automatismes qui rendaient les corrections de plus en plus rapides. Les championnats de dictionnaire faisaient le reste. C’était la partie olympique de l’exercice. Une sorte de rĂ©crĂ©ation sportive. Il s’agissait, chronomĂštre en main, d’arriver le plus vite possible au mot recherchĂ©, de l’extraire du dictionnaire, de le corriger, de le rĂ©implanter dans le cahier collectif de la classe et dans un petit carnet individuel, et de passer au mot suivant. La maĂźtrise du dictionnaire a toujours fait partie de mes prioritĂ©s et j’ai formĂ© de prodigieux athlĂštes sur ce terrain, des sportifs de douze ans qui vous tombaient sur le mot recherchĂ© en deux coups, trois maximum ! Le sens du rapport entre la classification alphabĂ©tique et l’épaisseur d’un dictionnaire, voilĂ  un domaine oĂč bon nombre de mes Ă©lĂšves me battaient Ă  plate couture ! Tant que nous y Ă©tions, nous avions Ă©tendu l’étude des systĂšmes de classification aux librairies et aux bibliothĂšques en y recherchant les auteurs, les titres et les Ă©diteurs des romans que nous lisions en classe ou que je leur racontais. Arriver le premier sur le titre de son choix, c’était un dĂ©fi ! Parfois, le libraire offrait le livre au gagnant. Ainsi allaient nos dictĂ©es quotidiennes jusqu’au jour oĂč je passai commande de la dictĂ©e suivante Ă  un de mes anciens nuls - Sami, s’il te plaĂźt, Ă©cris-nous la dictĂ©e de demain un texte de six lignes avec deux verbes pronominaux, un participe avec avoir », un infinitif du premier groupe, un adjectif dĂ©monstratif, un adjectif possessif, deux ou trois mots difficiles que nous avons vus ensemble et un ou deux petits trucs de ton choix. VĂ©ronique, Sami, Nicolas et les autres concevaient les textes Ă  tour de rĂŽle, les dictaient eux-mĂȘmes et en guidaient la correction. Cela, jusqu’à ce que chaque Ă©lĂšve de la classe puisse voler de ses propres ailes, devenir, sans aucune aide, dans le silence de sa tĂȘte, son propre et mĂ©thodique correcteur. Les Ă©checs il y en avait, bien sĂ»r relevaient le plus souvent d’une cause extrascolaire une dyslexie, une surditĂ© non repĂ©rĂ©es
 Cet Ă©lĂšve de troisiĂšme, par exemple, dont les fautes ne ressemblaient Ă  rien, altĂ©ration du i ou du Ă© en a, du u en o, et qui s’avĂ©ra ne pas entendre les frĂ©quences aiguĂ«s. Sa mĂšre n’avait pas pensĂ© une seconde que le garçon pĂ»t ĂȘtre sourd. Quand il revenait du marchĂ©, ayant oubliĂ© une partie des commissions, quand il rĂ©pondait Ă  cĂŽtĂ©, quand il semblait ne pas avoir entendu ce qu’elle lui disait, abĂźmĂ© qu’il Ă©tait dans une lecture, dans un puzzle ou dans une maquette de voilier, elle mettait ses silences sur le compte d’une distraction qui l’émouvait. J’ai toujours cru que mon fils Ă©tait un grand rĂȘveur. » L’imaginer sourd Ă©tait au-dessus de ses forces de mĂšre. Un audiogramme et un examen trĂšs prĂ©cis de la vue devraient ĂȘtre obligatoires avant l’entrĂ©e de chaque enfant Ă  l’école. Ils Ă©viteraient les jugements erronĂ©s des professeurs, pallieraient l’aveuglement de la famille, et libĂ©reraient les Ă©lĂšves de douleurs mentales inexplicables. Une fois chacun sorti de son zĂ©ro, les dictĂ©es devenaient moins nombreuses et plus longues, dictĂ©es hebdomadaires et littĂ©raires, dictĂ©es signĂ©es Hugo, ValĂ©ry, Proust, Tournier, Kundera, si belles parfois que nous les apprenions par cƓur, comme ce texte de Cohen empruntĂ© au Livre de ma mĂšre Mais pourquoi les hommes sont-ils mĂ©chants ? Pourquoi sont-ils si vite haineux, hargneux ? Pourquoi adorent-ils se venger, dire vite du mal de vous, eux qui vont bientĂŽt mourir, les pauvres ? Que cette horrible aventure des humains qui arrivent sur cette terre, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus, ne les rende pas bons, c’est incroyable. Et pourquoi vous rĂ©pondent-ils si vite d’une voix de cacatoĂšs, si vous ĂȘtes doux avec eux, ce qui leur donne Ă  penser que vous ĂȘtes sans importance, c’est-Ă -dire sans danger ? Ce qui fait que des tendres doivent faire semblant d’ĂȘtre mĂ©chants pour qu’on leur fiche la paix, ou mĂȘme, ce qui est tragique, pour qu’on les aime. Et si on allait se coucher et affreusement dormir ? Chien endormi n’a pas de puces. Oui, allons dormir, le sommeil a les avantages de la mort sans son petit inconvĂ©nient. Allons nous installer dans l’agrĂ©able cercueil. Comme j’aimerais pouvoir ĂŽter, tel l’édentĂ© son dentier qu’il met dans un verre d’eau prĂšs de son lit, ĂŽter mon cerveau de sa boĂźte, ĂŽter mon cƓur trop battant, ce pauvre bougre qui fait trop bien son devoir, ĂŽter mon cerveau et mon cƓur et les baigner, ces deux pauvres milliardaires, dans des solutions rafraĂźchissantes tandis que je dormirais comme un petit enfant que je ne serai jamais plus. Qu’il y a peu d’humains et que soudain le monde est dĂ©sert. Venait enfin l’heure de gloire le jour oĂč je dĂ©barquais chez mes quatriĂšmes, voire mes sixiĂšmes, avec les dissertations que mes secondes ou mes premiĂšres confiaient Ă  leur correction orthographique Mes abonnĂ©s au zĂ©ro mĂ©tamorphosĂ©s en correcteurs ! La volĂ©e des moineaux orthographiques s’abattant sur ces copies ! - Le mien, il ne fait aucun accord, m’sieur ! - La mienne, il y a des phrases, on ne sait pas oĂč elles commencent ni oĂč elles finissent
 - Quand j’ai corrigĂ© une faute, qu’est-ce que je marque dans la marge ? - Ma foi, ce que tu veux
 Protestations rigolardes des intĂ©ressĂ©s, dĂ©couvrant les observations de ces correcteurs impitoyables - Non mais, regardez ce qu’il a Ă©crit dans la marge CrĂ©tin ! Abruti ! Patate ! En rouge ! - C’est que tu as dĂ» oublier un accord
 S’ensuivait, dans les rangs des grands, une campagne de correction qui, pour l’essentiel, empruntait la mĂ©thode appliquĂ©e par les petits interroger verbes et noms avant de rendre sa dissertation, faire les accords appropriĂ©s, bref, se livrer Ă  un rĂ©glage grammatical qui a pour mĂ©rite de rĂ©vĂ©ler les errances de certaines phrases, donc l’approximation de certains raisonnements. À cette occasion, on dĂ©couvrait, et cela faisait l’objet de quelques cours, que la grammaire est le premier outil de la pensĂ©e organisĂ©e et que la fameuse analyse logique dont on conservait bien entendu un souvenir abominable ajuste les mouvements de notre rĂ©flexion, laquelle se trouve aiguisĂ©e par le bon usage des fameuses propositions subordonnĂ©es. Il arrivait mĂȘme qu’on s’offrĂźt, entre grands, une petite dictĂ©e, histoire de mesurer le rĂŽle jouĂ© par les subordonnĂ©es dans le dĂ©veloppement d’un raisonnement bien menĂ©. Un jour, La BruyĂšre en personne nous y aida. - Tenez, prenez une feuille, et regardez comment, en opposant subordonnĂ©es et principales, La BruyĂšre annonce – en une seule phrase ! – la fin d’un monde et le commencement d’un autre. Je vais vous lire le texte et vous en traduire les mots aujourd’hui incomprĂ©hensibles. Écoutez bien. Ensuite vous Ă©crirez en prenant votre temps, je dicterai lentement, vous irez pas Ă  pas, comme si vous raisonniez vous- mĂȘmes ! Pendant que les grands nĂ©gligent de rien connaĂźtre, je ne dis pas seulement aux intĂ©rĂȘts des princes et aux affaires publiques, mais Ă  leurs propres affaires; qu’ils ignorent l’économie et la science d’un pĂšre de famille, et qu’ils se louent eux-mĂȘmes de cette ignorance; qu’ils se laissent appauvrir et maĂźtriser par des intendants; qu’ils se contentent d’ĂȘtre gourmets ou coteaux, d’aller chez ThaĂŻs et chez PhrynĂ©, de parler de la meute et de l’arriĂšre-meute, de dire combien il y a de poste de Paris Ă  Besançon, ou Ă  Philisbourg, des citoyens s’instruisent du dedans et du dehors d’un royaume, Ă©tudient le gouvernement, deviennent fins et politiques, savent le fort et le faible de tout un État, songent Ă  se mieux placer, se placent, s’élĂšvent, deviennent puissants, soulagent le prince d’une partie des soins publics. - Et maintenant, l’estocade Les grands, qui les dĂ©daignent, les rĂ©vĂšrent heureux s’ils deviennent leurs gendres. - Deux principales, dont la seconde est elliptique, heureux ils sont heureux, tricotĂ©es avec deux subordonnĂ©es, la relative qui les dĂ©daignent et la conditionnelle finale, meurtriĂšre s’ils deviennent leurs gendres. 12. Et pourquoi ne pas apprendre ces textes par cƓur ? Au nom de quoi ne pas s’approprier la littĂ©rature ? Parce que ça ne se fait plus depuis longtemps ? On laisserait s’envoler des pages pareilles comme des feuilles mortes, parce que ce n’est plus de saison ? Ne pas retenir de telles rencontres, est-ce envisageable ? Si ces textes Ă©taient des ĂȘtres, si ces pages exceptionnelles avaient des visages, des mensurations, une voix, un sourire, un parfum, ne passerions-nous pas le reste de notre vie Ă  nous mordre le poing de les avoir laissĂ© filer ? Pourquoi se condamner Ă  n’en conserver qu’une trace qui s’estompera jusqu’à n’ĂȘtre plus que le souvenir d’une trace
 Il me semble, oui, avoir Ă©tudiĂ© au lycĂ©e un texte, de qui dĂ©jĂ  ? La BruyĂšre ? Montesquieu ? FĂ©nelon ? Quel siĂšcle, XVIIe ? XVIIIe ? Un texte qui en une seule phrase dĂ©crivait le glissement d’un ordre Ă  un autre
 » Au nom de quel principe, ce gĂąchis ? Uniquement parce que les professeurs d’antan Ă©taient rĂ©putĂ©s nous faire rĂ©citer des poĂ©sies souvent idiotes et qu’aux yeux de certains vieux chnoques la mĂ©moire Ă©tait un muscle Ă  entraĂźner plus qu’une bibliothĂšque Ă  enrichir ? Ah ! ces poĂšmes hebdomadaires auxquels nous ne comprenions rien, chacun chassant le prĂ©cĂ©dent, Ă  croire qu’on nous entraĂźnait surtout Ă  l’oubli ! D’ailleurs, nos professeurs nous les donnaient-ils parce qu’ils les aimaient, ou parce que leurs propres maĂźtres leur avaient serinĂ© qu’ils appartenaient au PanthĂ©on des Lettres Mortes ? Eux aussi, ils m’en ont collĂ©, des zĂ©ros ! Et des heures de colle ! Évidemment, Pennacchioni, on n’a pas appris sa rĂ©citation ! » Mais si, monsieur, je la savais encore hier soir, je l’ai rĂ©citĂ©e Ă  mon frĂšre, seulement c’était de la poĂ©sie hier soir, mais vous ce matin c’est une rĂ©citation que vous attendez, et moi ça me constipe, cette embuscade. Bien entendu, je ne disais rien de tout cela, j’avais beaucoup trop peur. Je n’y reviens, Ă  cette terrifiante Ă©preuve de la rĂ©citation au pied de l’estrade, que pour essayer de m’expliquer le mĂ©pris oĂč l’on tient aujourd’hui toute sollicitation de la mĂ©moire. Ce serait donc pour conjurer ces fantĂŽmes qu’on dĂ©ciderait de ne pas s’incorporer les plus belles pages de la littĂ©rature et de la philosophie ? Des textes interdits de souvenir parce que des imbĂ©ciles n’en faisaient qu’une affaire de mĂ©moire ? Si tel est le cas, c’est qu’une idiotie a chassĂ© l’autre. On peut m’objecter qu’un esprit organisĂ© n’a nullement besoin d’apprendre par cƓur. Il sait faire son miel de la substantifique moelle. Il retient ce qui fait sens et, quoi que j’en dise, il conserve intact le sentiment de la beautĂ©. D’ailleurs, il peut vous retrouver n’importe quel bouquin en un tournemain dans sa bibliothĂšque, tomber pile sur les bonnes lignes, en deux minutes. Moi-mĂȘme, je sais oĂč mon La BruyĂšre m’attend, je le vois sur son Ă©tagĂšre, et mon Conrad, et mon Lermontov, et mon Perros, et mon Chandler
 toute ma compagnie est lĂ , alphabĂ©tiquement dispersĂ©e dans ce paysage que je connais si bien. Sans parler du cyberespace oĂč je peux, du bout de mon index, consulter toute la mĂ©moire de l’humanitĂ©. Apprendre par cƓur ? À l’heure oĂč la mĂ©moire se compte en gigas ! Tout cela est vrai, mais l’essentiel est ailleurs. En apprenant par cƓur, je ne supplĂ©e Ă  rien, j’ajoute Ă  tout. Le cƓur, ici, est celui de la langue. S’immerger dans la langue, tout est lĂ . Boire la tasse et en redemander. En faisant apprendre tant de textes Ă  mes Ă©lĂšves, de la sixiĂšme Ă  la terminale un par semaine ouvrable et chacun d’eux Ă  rĂ©citer tous les jours de l’annĂ©e, je les prĂ©cipitais tout vifs dans le grand flot de la langue, celui qui remonte les siĂšcles pour venir battre notre porte et traverser notre maison. Bien sĂ»r qu’ils regimbaient, les premiĂšres fois ! Ils imaginaient l’eau trop froide, trop profonde, le courant trop fort, leur constitution trop faible. LĂ©gitime ! Ils s’offraient des trouilles de plongeoir - J’y arriverai jamais ! - J’ai pas de mĂ©moire. Me sortir cet argument, Ă  moi, un amnĂ©sique de naissance ! - C’est beaucoup trop long ! - C’est trop difficile ! À moi, l’ancien crĂ©tin de service ! - Et puis les vers c’est pas comme on parle aujourd’hui ! Ah ! Ah ! Ah ! - Ce sera notĂ©, m’sieur ? Et comment ! Sans compter les protestations de la maturitĂ© bafouĂ©e - Apprendre par cƓur ? On n’est plus des bĂ©bĂ©s ! - Je suis pas un perroquet ! Ils jouaient leur va-tout, c’était de bonne guerre. Et puis, ils disaient ce genre de choses, parce qu’ils les entendaient dire. Leurs parents eux-mĂȘmes, parfois, des parents ĂŽ combien Ă©voluĂ©s Comment, monsieur Pennacchioni, vous leur faites apprendre des textes par cƓur ? Mais mon fils n’est plus un enfant ! » Votre fils, chĂšre madame, n’en finira jamais d’ĂȘtre un enfant de la langue, et vous-mĂȘme un tout petit bĂ©bĂ©, et moi un marmot ridicule, et tous autant que nous sommes menu fretin charriĂ© par le grand fleuve jailli de la source orale des Lettres, et votre fils aimera savoir en quelle langue il nage, ce qui le porte, le dĂ©saltĂšre et le nourrit, et se faire lui-mĂȘme porteur de cette beautĂ©, et avec quelle fiertĂ© !, il va adorer ça, faites-lui confiance, le goĂ»t de ces mots dans sa bouche, les fusĂ©es Ă©clairantes de ces pensĂ©es dans sa tĂȘte, et dĂ©couvrir les capacitĂ©s prodigieuses de sa mĂ©moire, son infinie souplesse, cette caisse de rĂ©sonance, ce volume inouĂŻ oĂč faire chanter les plus belles phrases, sonner les idĂ©es les plus claires, il va en raffoler de cette natation sublinguistique lorsqu’il aura dĂ©couvert la grotte insatiable de sa mĂ©moire, il adorera plonger dans la langue, y pĂȘcher les textes en profondeur, et tout au long de sa vie les savoir lĂ , constitutifs de son ĂȘtre, pouvoir se les rĂ©citer Ă  l’improviste, se les dire Ă  lui-mĂȘme pour la saveur des mots. Porteur d’une tradition Ă©crite grĂące Ă  lui redevenue orale il ira peut-ĂȘtre mĂȘme jusqu’à les dire Ă  quelqu’un d’autre, pour le partage, pour les jeux de la sĂ©duction, ou pour faire le cuistre, c’est un risque Ă  courir. Ce faisant il renouera avec ces temps d’avant l’écriture oĂč la survie de la pensĂ©e dĂ©pendait de notre seule voix. Si vous me parlez rĂ©gression, je vous rĂ©pondrai retrouvailles ! Le savoir est d’abord charnel. Ce sont nos oreilles et nos yeux qui le captent, notre bouche qui le transmet. Certes, il nous vient des livres, mais les livres sortent de nous. Ça fait du bruit, une pensĂ©e, et le goĂ»t de lire est un hĂ©ritage du besoin de dire. 13. Ah ! Un dernier mot. Ne vous inquiĂ©tez pas, chĂšre madame pourrais-je ajouter aujourd’hui Ă  cette maman qui, de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, ne change pas, toute cette beautĂ© dans la tĂȘte de vos enfants, ce n’est pas ce qui va les empĂȘcher de chatter phonĂ©tique avec leurs petits copains sur la toile, ni d’envoyer ces sms qui vous font pousser des cris d’orfraie Mon Dieu, quelle orthographe ! Comment s’expriment les jeunes d’aujourd’hui ! Mais que fait l’École ? » Rassurez-vous, en faisant travailler vos enfants, nous n’entamerons pas votre capital d’inquiĂ©tude maternelle. 14. Un texte par semaine, donc, que nous devions pouvoir rĂ©citer chaque jour de l’annĂ©e, Ă  l’improviste, eux comme moi. Et numĂ©rotĂ©s, pour corser la difficultĂ©. PremiĂšre semaine, texte n°1. DeuxiĂšme semaine, texte n°2. Vingt-troisiĂšme semaine, texte n°23. Toutes les apparences d’une mĂ©canique idiote, mais ces numĂ©ros en guise de titre, c’était pour jouer, pour ajouter le plaisir du hasard Ă  la fiertĂ© du savoir. - AmĂ©lie, rĂ©cite-nous donc le 19. - Le 19 ? C’est le texte de Constant sur la timiditĂ©, le dĂ©but d’Adolphe. - Tout juste, on t’écoute. Mon pĂšre Ă©tait timide
 Ses lettres Ă©taient affectueuses, pleines de conseils raisonnables et sensibles; mais Ă  peine Ă©tions-nous en prĂ©sence l’un de l’autre, qu’il y avait en lui quelque chose de contraint que je ne pouvais m’expliquer, et qui rĂ©agissait sur moi de maniĂšre pĂ©nible. Je ne savais pas alors ce que c’était que la timiditĂ©, cette souffrance intĂ©rieure qui nous poursuit jusque dans l’ñge le plus avancĂ©, qui refoule sur notre cƓur les impressions les plus profondes, qui glace nos paroles, qui dĂ©nature dans notre bouche tout ce que nous essayons de dire, et ne nous permet de nous exprimer que par des mots vagues ou une ironie plus ou moins amĂšre, comme si nous voulions nous venger sur nos sentiments mĂȘmes de la douleur que nous Ă©prouvons Ă  ne pouvoir les faire connaĂźtre. Je ne savais pas que, mĂȘme avec son fils, mon pĂšre Ă©tait timide, et que souvent, aprĂšs avoir longtemps attendu de moi quelque tĂ©moignage de mon affection que sa froideur apparente semblait m’interdire, il me quittait les yeux mouillĂ©s de larmes, et se plaignait Ă  d’autres de ce que je ne l’aimais pas. - Formidable. 18 sur 20. François, le 8. - Le 8, Woody Allen ! Le lion et l’agneau. - Vas-y. Le lion et l’agneau partageront la mĂȘme couche mais l’agneau ne dormira pas beaucoup. - Impeccable. 20 sur 20 ! Samuel, le 12. - Le 12, c’est Émile de Rousseau. Sa description de l’état d’homme. - Exact. - Attendez, m’sieur, François se tape 20 sur 20 avec les deux lignes de Woody et moi, je dois rĂ©citer la moitiĂ© de l’Émile ? - C’est l’affreuse loterie de la vie. Bon. Vous vous fiez Ă  l’ordre actuel de la sociĂ©tĂ© sans songer que cet ordre est sujet Ă  des rĂ©volutions inĂ©vitables, et qu’il vous est impossible de prĂ©voir ni de prĂ©venir celle qui regarde vos enfants. Le grand devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet; les coups du sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d’en ĂȘtre exempts ? Nous approchons de l’état de crise et du siĂšcle des rĂ©volutions. Qui peut vous rĂ©pondre de ce que vous deviendrez alors ? Tout ce qu’ont fait les hommes, les hommes peuvent le dĂ©truire; il n’y a de caractĂšres ineffaçables que ceux qu’imprime la nature, et la nature ne fait ni princes, ni riches, ni grands seigneurs.
Cétait mon oncle ! C'était mon oncle ! Fiche; Autres éditions(2) 0 note . Yves Grevet. Date de parution : 23/08/2012; Editeur : Syros ; EAN Résumé: Noé Petit vit à la campagne avec ses parents. Il est souvent seul et s'ennuie un peu. Un soir, un coup de téléphone du commissariat lui annonce la mort d'un certain Armand Petit. Noé apprend alors que son
admin Thursday, May 5, 2016 Author ISBN 2748512944 Formats Format Kindle,Poche, Category Livres,Livres pour enfants,Fiction,Trouvez votre point de collecte,Plus d’informations, NoĂ© Petit, qui vit Ă  la campagne avec ses parents, est souvent seul et s'ennuie un peu. Un soir, un coup de tĂ©lĂ©phone du commissariat central lui annonce la mort d'un certain Armand Petit. Le pĂšre de NoĂ© lui parle alors pour la premiĂšre fois de ce frĂšre aĂźnĂ© dont il a Ă©tĂ© trĂšs proche, mais qui vivait depuis quinze ans comme un clochard. Épris " de libertĂ©, d'aventures et de prochains dĂ©parts ", toujours " ailleurs " oĂč qu'il soit, Armand survivait grĂące Ă  la poĂ©sie. En se laissant porter Ă  son tour par les poĂštes qu'il aimait, NoĂ© va tenter de comprendre cet homme Ă  la dĂ©rive qui rĂ©pĂ©tait,comme pour s'en convaincre Un jour, il y aura autre chose que le jour. Boris Vian. NoĂ© Petit, qui vit Ă  la campagne avec ses parents, est souvent seul et s'ennuie un peu. Un soir, un coup de tĂ©lĂ©phone du commissariat central lui annonce la mort d'un certain Armand Petit. Le pĂšre de NoĂ© lui parle alors pour la premiĂšre fois de ce frĂšre aĂźnĂ© dont il a Ă©tĂ© trĂšs proche, mais qui vivait depuis quinze ans comme un clochard. Épris " de libertĂ©, d'aventures et de prochains dĂ©parts ", toujours " ailleurs " oĂč qu'il soit, Armand survivait grĂące Ă  la poĂ©sie. En se laissant porter Ă  son tour par les poĂštes qu'il aimait, NoĂ© va tenter de comprendre cet homme Ă  la dĂ©rive qui rĂ©pĂ©tait,comme pour s'en convaincre Un jour, il y aura autre chose que le jour. Boris Vian. Gueule de bois C'Ă©tait la foire aux quatre coins, il Ă©tait partout Picasso ! Il avait fait des stands ! Aussi il avait plusieurs flĂšches Ă  son arc Picasso, LĂ©nine, Vinci ! Y en avait pour tous les goĂ»ts ! Tous les gosses criaient mon oncle Marcel ! Mon oncle Marcel ! Mon oncle CĂ©lestin Mais, de nous trois, celui qui travaillait encore le plus, c'Ă©tait mon cher oncle CĂ©lestin. Certes, en dĂ©pit des myriades d'oiseaux voletant parmi les broussailles vertes du Berlou et m'assourdissant par la continuitĂ© de leurs chansons, le latin ... Mon oncle et mon curĂ© Oh ! l'excellent homme, que mon curĂ© ! ... Non pas que j'eusse la tĂȘte dure, j' apprenais avec facilitĂ©; mais la paresse Ă©tait mon pĂ©chĂ© mignon3 je l'aimais, je le dor- 25 lotais, en dĂ©pit des frais ... C'Ă©tait un MON ONCLE ET MON CURÉ 3. Mon oncle Pas plus tard qu'hier elle Ă©tait sur mon lit. Est-ce avec Tonton que Nzule va se battre? Mais pourquoi? Tonton, non ! Il faut que j'aille dire Ă  Tonton qu'il n'a aucune chance. Absolument aucune! Si c'Ă©tait mon oncle je lui dirais qu'il n'y a ... Le Petit Robinson de Paris demanda de nouveau le fossoyeur, tout en prenant mesure d'une grille que l'on devait placer autour de la tombe. Non, monsieur, c'Ă©tait mon oncle ! rĂ©pondit l'enfant, faisant un pas pour s'en aller, et revenant comme malgrĂ© lui au mĂȘme ... Les Poches de mon oncle Ne te moque pas de moi, mon petit Perrin, je finirais par me fĂącher. » J'Ă©tais taquin, mon trĂšs honorĂ© lecteur. Taquin, ditesvous ? Quoi ! il Ă©tait paresseux, et puis encore ... C'Ă©tait mon oncle. Il Ă©tait si bon, et nous l'aimions tant ! Mes moindres ... Je vous salue- Son frĂšre est un personnage important, significatif de son enfance et de sa vie Mon frĂšre, on consommait pas ensemble. ... Puis la chose s'est reproduite Ă  deux ou trois fois Ça c'Ă©tait chez... c'Ă©tait mon oncle, chez grand-m'man, lĂ . Journey to the center of the Earth/Voyage au centre de la Terre Bilingual edition/Édition bilingue J'Ă©coutai de nouveau, et cette fois, oui ! cette fois, j'entendis mon nom distinctement jetĂ© Ă  travers l'espace ! C'Ă©tait mon oncle qui le prononçait ? Il causait avec le guide, et le mot forlorad » Ă©tait un mot danois ! Alors je compris tout. Pour me ... ItinĂ©raire d'une FrangĂ©rienne pas trouvĂ©es pratiques, mais comme c'Ă©tait un cadeau de mon oncle, je voulais pour une fois me payer une fantaisie et non pas quelque chose de pratique, qui le plus souvent Ă©tait laid ! Le soir, lorsque mon oncle rentra pour dĂźner, toute ... The Harvard University Catalogue Il me sembla que c'Ă©tait mon oncle Thomas, tant ils se ressemblaient tous deux. Je le saluai avec un profond respect, et lui dis que j'Ă©tais fils de maĂźtre Nicolas je lui appris aussi que j'exerçais Ă  Madrid, depuis trois semaines, le mĂ©tier de ... First French Reading Lessons C'Ă©tait mon oncle, monsieur. Grenouillet Ă part. C'est fait pour Mme. Dalby. Mais il faisait la banque et non l'usure. Grenouillet. Permettez, xiermettez ; ils Ă©taient deux qui demeuraient dans cette maison. Nous confondons peut-ĂȘtre. First French Reading Lessons Embracing the Relation of French to English, and the World-formation in the French Language C'Ă©tait mon oncle, monsieur. Grenouillet Ă  part. C'est fait pour Mme. Dalby. Mais il faisait la banque et non l'usure. Grenouillet. Permettez, permettez ; ils Ă©taient deux qui demeuraient dans cette maison. Nous confondons peut-ĂȘtre. Magasin d'education et de recrĂ©ation, Volume 47 Entendre traiter ainsi mon digne oncle que j'aimais et que j'admirais tant ! Culotte de peau! » m'avait paru le ... cause de ce singulier phĂ©nomĂšne. C'Ă©tait mon oncle, qui, ayant Ă©tĂ© tĂ©moin de la scĂšne derriĂšre une haie et de ma triste situation, ... Mon AmĂ©rique C'Ă©tait mon oncle Walter Hartridge qui s'Ă©tait chargĂ©des opĂ©rations, ce jourlĂ . J' arrivai de France vers le 20 septembre 1919. Mon oncle m'attendait Ă New YorkoĂč nous ne fĂźmes qu'untrĂšs brefsĂ©jour, aprĂšsquoi nous prĂźmes le trainpour ... Delphi Complete Works of Marcel Proust Illustrated C'Ă©tait une formule finale trĂšs froide. ... pas ce qu'Odette avait eu raison de faire, quand soudain, un mot qu'il n'avait pas pu dĂ©chiffrer d'abord, apparut et Ă©claira le sens de la phrase tout entiĂšre J'ai eu raison d'ouvrir, c'Ă©tait mon oncle. Journal d'un pasteur protestant au XIXe siĂšcle Mon oncle alla mĂȘme jusqu'Ă  dire que ce ne serait pas de son vivant que je serais pasteur Ă  Bertry. ... Et dans le fond ils savaient que c'Ă©tait mon oncle Valentin qui faisait tout cela par des paroles insinuantes et flatteuses sur l'esprit des ... Le laird de Dumbiky Oui. MAC ALLAN. Cette Nelly. .. NELLY. Oui. , MAC ALLAN. C'Ă©tait... NELLY. C' Ă©tait moi. MAC ALLAN. C'Ă©tait toi! Oh! pardon, madame ... Faire valoir mes droits Ă  la fortune de mon oncle, dont je suis le seul hĂ©ritier. - NELLY. Alors on vous a ... Magasin d'Ă©ducation et de rĂ©crĂ©ation ... une colĂšre que je ne cherchais nullement Ă  maĂźtriser. Entendre traiter ainsi mon digne oncle que j'aimais et que j'admirais tant! ... la cause de ce singulier phĂ©nomĂšne. . C'Ă©tait mon oncle, qui,ayant Ă©tĂ© tĂ©moin de la scĂšne derriĂšre une haie ... Les annĂ©es Tolkien des frĂšres Hildebrandt Mon oncle posa son appareil. C'Ă©tait 1'heure de la pause et ie gĂ©nais. de fis demi -tour et je partis. Le lendemain, il se passa quelque chose de trĂšs Ă©trange Ă  I' atelier. Enfin, Ă©trange pour moi. Mion pĂšre et mon oncle se prĂ©paraient Ă  iaire des ... CONTES ET NOUVELLES de Guy de Maupassant C'Ă©tait mon oncle, Monsieur... Il avait sa douillette de voyage, et sa valise Ă  la main “Oui, c'est moi, mon garçon ; je viens te surprendre, et passer quelques jours Ă  Paris. Monseigneur m'a donnĂ© congĂ©. ” Il m'embrasse sur les deux joues, ...

Cétait mon oncle ! Résumé: Noé Petit vit à la campagne avec ses parents. Il est souvent seul et s'ennuie un peu. Un soir, un coup de téléphone du commissariat lui annonce la mort d'un

Image La piĂšce le Malade Imaginaire est indubitablement le fleuron théùtral de la langue française armĂ© de son couperet humoristique Ă  double quiproquo, la derniĂšre piĂšce Ă©crite de Jean-Baptiste Poquelin est sans aucun doute un chef-d'oeuvre. FrĂ©quemment Ă©tudiĂ© de nos jours, il ne sert Ă  rien d'en dire plus pour que l'on comprenne qu'un Ă©crit ayant voyagĂ© pendant des siĂšcles ne peut pas ĂȘtre si maladroit que ça et n'est absolument en rien bancal. La premiĂšre reprĂ©sentation a eu lieu le 10 fĂ©vrier 1673, le public est absolument conquis par cette comĂ©die-ballet inspirĂ©e de la commedia dell'arte italienne. Chez toutCOMMENT nous avons eu envie de vous proposer un apĂ©ritif de cette piĂšce avec notre article RĂ©sumĂ© scĂšne par scĂšne Le Malade Imaginaire - MoliĂšre. Cependant nous espĂ©rons de tout coeur que ce hors-d'oeuvre vous ouvrira l'appĂ©tit et que vous vous laissiez tenter par une piĂšce de théùtre vieille de plus de 300 vous invitons Ă  continuer la lecture de notre article RĂ©sumĂ© scĂšne par scĂšne le malade imaginaire - MoliĂšre afin que vous puissiez vous rĂ©galer de l'imagination d'un des plus grands gĂ©nies de la langue française. Index Quels sont les personnages de la piĂšce Le malade imaginaire ? Acte I Acte II Acte III premiĂšre partie Acte III seconde partie Quels sont les personnages de la piĂšce Le malade imaginaire ? Pour cette derniĂšre piĂšce Jean-Baptiste Poquelin alias MoliĂšre met en scĂšne une petite dizaine de personnages Argan c'est le pĂšre d'AngĂ©lique, il est le malade il s'agit lĂ  de la servante de M. il s'agit lĂ  de la seconde femme d' c'est le frĂšre d' c'est la fille aĂźnĂ©e d'Argan ainsi que l'amante de c'est la fille cadette d'Argan et donc aussi la sƓur d' amant d' Purgon c'est le mĂ©decin attitrĂ© d' Diafoirus c'est un Diafoirus c'est le fils de M. Diafoirus et il est choisi par Argan pour Ă©pouser Bonnefoy c'est un Fleurant c'est un apothicaire. Acte I ScĂšne I Argan On commence la piĂšce Le Malade Imaginaire en compagnie d'Argan, seul sur scĂšne comptant l'argent qu'il doit Ă  ses mĂ©decins. Tout seul, il s'agace et sonne une cloche afin de faire venir sa servante, II Toinette, Argan Toinette rentre sur scĂšne, Argan trĂšs impatient commence Ă  la quereller, cependant la servante ne se laisse pas faire et l'interrompt Ă  chaque fois avec un "AH" bien placĂ©. La servante se plaint de l'impatience de son maĂźtre, elle l'interroge Ă  propos de sa maladie et lui dit que les mĂ©decins le prennent pour une vache Ă  lait car personne n'a besoin de prendre autant de mĂ©dicaments. En fin de scĂšne, Argan fait appeler sa fille aĂźnĂ©e, III AngĂ©lique, Toinette, Argan Au moment oĂč AngĂ©lique arrive sur scĂšne, Argan a une envie urgente et doit courir aux toilettes, Toinette se moque gentiment de IV AngĂ©lique, Toinette AngĂ©lique profite de l'absence de son pĂšre pour parler avec Toinette, elle n'arrĂȘte pas de lui parler de l'amour qu'elle Ă©prouve pour un jeune homme, lui demande ses conseils et cherche une oreille attentive pour les tourments de son cƓur. Elles arrĂȘtent de converser au moment oĂč Argan revient sur V Argan, AngĂ©lique, Toinette Dans cette scĂšne Argan explique Ă  sa fille qu'on lui a demandĂ© sa main, AngĂ©lique est ravie, elle est persuadĂ©e qu'il s'agit de son amant, le jeune et beau ClĂ©ante. Seulement, au fil de la discussion, elle se rend compte que son pĂšre veut la marier Ă  un mĂ©decin, avec pour idĂ©e derriĂšre la tĂȘte de pouvoir rĂ©duire ses frais. La valeureuse servante Toinette explique Ă  son maĂźtre que sa fille ne consentira jamais Ă  Ă©pouser un Diafoirus nom de son mari, elle s'oppose bec et ongles Ă  cette VI BĂ©line, AngĂ©lique, Toinette, Argan La seconde femme d'Argan rentre en scĂšne BĂ©line, Argan demande Ă  sa femme de la dĂ©fendre face Ă  sa servante qu'il juge coupable d'effronterie et qu'il considĂšre comme la cause de sa maladie. BĂ©line Ă©tait opposĂ©e au mariage et voulait mettre AngĂ©lique au couvent, sachant cela, Toinette argumente en disant qu'elle n'a rien fait pour mettre Argan en colĂšre, elle a juste dit qu'elle pensait qu'elle serait plus Ă  son aise dans un couvent. Argan parle de son testament Ă  BĂ©line qui dit qu'elle ne peut pas supporter l'idĂ©e de la mort de son mari, mais elle a pourtant fait venir un VII Le notaire, BĂ©line, Argan Dans cette scĂšne, BĂ©line est en tĂȘte Ă  tĂȘte avec Argan et le notaire, BĂ©line a rĂ©ussi Ă  convaincre Argan de lui lĂ©guer la totalitĂ© de son argent en feignant qu'elle ne pourrait pas vivre sans lui. Seulement, le droit français ne permet pas de dĂ©shĂ©riter ses enfants, il va donc lui faire don de toute sa fortune de son VIII AngĂ©lique, Toinette On retrouve AngĂ©lique et Toinette discutant, la fille d'Argan est dĂ©sespĂ©rĂ©e d'ĂȘtre mariĂ©e de force, elles entendent la discussion Ă  propos du testament, AngĂ©lique n'en a que faire de son hĂ©ritage et veut juste ĂȘtre libre de disposer de son cƓur. Toinette la rĂ©conforte et lui dit qu'elle va l' premiĂšre intermĂšde que l'on a dans cette comĂ©die ballet proposĂ©e par MoliĂšre est une sĂ©rĂ©nade exĂ©cutĂ©e par Polichinelle, l'amant de Toinette. Acte II ScĂšne I Toinette, ClĂ©ante Dans cette scĂšne, ClĂ©ante explique Ă  Toinette qu'il compte se faire passer pour un professeur de musique afin de pouvoir s'entretenir avec AngĂ©lique. Une fois son plan exprimĂ©, Argan arrive et ClĂ©ante se II Argan, Toinette, ClĂ©ante Dans cette scĂšne Toinette annonce ClĂ©ante Ă  Argan, ce dernier se plaint encore car il trouve qu'elle parle bien trop fort, Toinette se moque de lui et essaye de faire en sorte de mener ClĂ©ante dans la chambre d'AngĂ©lique afin qu'il lui dispense son cours de musique. Cependant Argan insiste pour qu'il lui donne son cours de chant devant lui car il aime la musique. À la fin de la scĂšne AngĂ©lique III Argan, AngĂ©lique, ClĂ©ante AngĂ©lique arrive et a du mal Ă  cacher sa surprise en voyant ClĂ©ante debout chez elle. Afin de satisfaire la curiositĂ© de son pĂšre qui s'Ă©tonne de la voir si troublĂ©e, elle explique qu'elle a fait un rĂȘve dans lequel ClĂ©ante apparaissait et que cela l'avait troublĂ© de le voir plantĂ© chez IV Toinette, AngĂ©lique, ClĂ©ante, Argan Toinette arrive sur scĂšne, elle annonce l'arrivĂ©e de la famille Diafoirus pĂšre et fils et ironise sur l'esprit et sur le physique du futur Ă©poux d'AngĂ©lique. ClĂ©ante essaye de s'Ă©chapper de cette situation Ă©trange mais est retenu par Argan qui finit par l'inviter au mariage d'AngĂ©lique et du fils V M. Diafoirus, Thomas Diafoirus, Argan, AngĂ©lique, ClĂ©ante, Toinette La scĂšne commence avec une discussion entre Argan et M. Diafoirus qui n'arrĂȘtent pas de s'interrompre. Par la suite Thomas Diafoirus prend la parole, on s'aperçoit qu'il s'agit d'un grand benĂȘt qui confond sa future femme AngĂ©lique avec la femme d'Argan. Une fois les prĂ©sentations finies et les mĂ©rites vantĂ©s, Argan demande Ă  ClĂ©ante et AngĂ©lique de chanter quelque chose. Il s'agit d'une chanson reprĂ©sentant leur situation, les deux se dĂ©clarent leur flamme en chantant, Argan n'apprĂ©cie pas trop cette chanson. Le malade imaginaire se saisit des feuilles tenues par AngĂ©lique et ClĂ©ante, il ne voit pas de paroles d'Ă©crites, il s'interroge, ClĂ©ante explique qu'une nouvelle invention inclue les paroles dans les notes de musique. C'est Ă  ce moment lĂ  que sa femme BĂ©line VI BĂ©line, Argan, Toinette, AngĂ©lique, Thomas Diafoirus Dans cette scĂšne AngĂ©lique explique qu'elle aimerait au moins avoir le temps de connaĂźtre Thomas avant de le marier, tout le monde refuse, AngĂ©lique commence Ă  s'Ă©nerver et prend sa belle-mĂšre en grippe, elle explique qu'elle veut se marier Ă  un homme qu'elle aime et non pas pour lui voler sa fortune. AngĂ©lique ne veut pas se marier, ce qui engendre une dispute entre AngĂ©lique et sa belle-mĂšre. Cette dispute Ă©clate pendant que les docteurs auscultent VII BĂ©line, Argan BĂ©line avant d'aller faire ses courses vient avertir Argan qu'elle a vu AngĂ©lique avec un homme, elle l'informe que sa fille cadette Louison Ă©tait avec eux. Argan demande Ă  ce qu'on fasse chercher Louison afin qu'il puisse tirer au clair cette VIII Louison, Argan Argan interroge Louison, au dĂ©but la fille cadette ne moucharde pas AngĂ©lique mais Ă  la vue du fouet, elle lui dit toute la vĂ©ritĂ©. Elle avoue la visite de ClĂ©ante et le fait qu'il lui a baisĂ© les IX BĂ©rale, ArganDans cette scĂšne, BĂ©ralde frĂšre d'Argan vient proposer un nouveau mari pour sa niĂšce AngĂ©lique. BĂ©ralde propose Ă  son frĂšre un proposĂ© entre l'acte II et III est le divertissement Ă©voquĂ© par BĂ©ralde, il s'agit d'un spectacle de danse vous invitons Ă  continuer la lecture de notre article RĂ©sumĂ© scĂšne par scĂšne le malade imaginaire - MoliĂšre afin de dĂ©couvrir ce que vous rĂ©serve le dernier acte ! Acte III premiĂšre partie ScĂšne I BĂ©ralde, Argan, Toinette Dans cette scĂšne, Argan annonce qu'il doit retourner aux II BĂ©ralde, Toinette Durant cette courte scĂšne, Toinette explique Ă  BĂ©ralde qu'il faut tout faire pour empĂȘcher ce mariage, elle lui explique qu'elle a un plan. La scĂšne se termine une fois qu'Argan III Argan, BĂ©ralde Dans cette scĂšne BĂ©ralde demande Ă  son frĂšre de garder un esprit ouvert sur ce qu'il est sur le point de lui Ă©voquer. BĂ©ralde essaye de convaincre son frĂšre que les mĂ©decins sont bons pour nommer les maladies en grec et en latin mais Ă  l'heure de les guĂ©rir, il n'y a plus personne. Selon BĂ©ralde, quand on est malade il faut seulement se reposer et laisser faire la nature. Face Ă  ce discours diamĂ©tralement opposĂ© Ă  la pensĂ©e d'Argan, ce dernier se fĂąche et dĂ©fend bec et ongles sa si prĂ©cieuse IV M. Fleurant, une seringue Ă  la main, Argan, BĂ©ralde Dans cette scĂšne, BĂ©ralde s'oppose Ă  l'apothicaire M. Fleurant qui vient rĂ©aliser un lavement Ă  Argan. Argan proteste mais son frĂšre se demande quand est-ce qu'il sera enfin guĂ©ris de sa maladie des mĂ©decins. Argan explique qu'il est trĂšs malade mais BĂ©ralde n'y croit pas une seule seconde et est sĂ»r que les mĂ©decins profitent de son frĂšre. La scĂšne se termine quand entre le mĂ©decin officiel d' V M. Purgon, Argan, BĂ©ralde, Toinette Dans cette scĂšne Purgon qui est aussi l'oncle de Thomas Diafoirus menace de rompre l'engagement de mariage si Argan refuse de prendre le traitement qu'il a prĂ©parĂ© avec soin, Argan essaye bien d'expliquer que ce n'est pas de sa faute, qu'il voulait le lavement et que c'est son frĂšre qui l'a interdit. Mais le mĂ©decin n'Ă©coute pas et menace Argan de maladies imprononçables s'il ne se plie pas Ă  son traitement, Argan est absolument VI BĂ©ralde, Argan Dans cette scĂšne Argan se plaint Ă  son frĂšre, il a peur de ne pas tenir plus de 4 jours sans le traitement de M. Purgon. Beralde lui explique que les menaces de ne raccourciront pas sa vie et que ses remĂšdes ne la lui rallongeront pas non plus. BĂ©ralde conseille Ă  son frĂšre d'au moins changer de mĂ©decin et d'en choisir un qui serait un peu moins intĂ©ressĂ© par son VII Toinette, Argan, BĂ©ralde Dans cette scĂšne Toinette annonce Ă  Argan qu'un mĂ©decin veut s'entretenir avec lui. Elle explique que le mĂ©decin lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Elle lui explique qu'il est bien chanceux car Ă  peine un mĂ©decin le quitte un autre arrive Ă  son chevet. Acte III seconde partie ScĂšne VIII Toinette, Argan, BĂ©ralde Toinette se dĂ©guise en mĂ©decin et vient proposer ses services Ă  Argan, elle s'excuse assez vite en prĂ©textant qu'elle a oubliĂ© de donner de l'argent Ă  son valet. BĂ©ralde et Argan sont frappĂ©s par la ressemblance de ce mĂ©decin avec IX Toinette, Argan, BĂ©ralde Toinette se change si rapidement qu'il est impossible de penser que c'Ă©tait elle qui s'Ă©tait dĂ©guisĂ©e en mĂ©decin. Elle demande ainsi ce que lui dĂ©sire Argan, mais ce dernier ne l'a pas appelĂ©. Argan et BĂ©ralde expliquent Ă  Toinette l'incroyable ressemblance qui existe entre Toinette et le X Toinette, en mĂ©decin, Argan, BĂ©ralde Toinette dĂ©guisĂ©e en mĂ©decin explique qu'il a 90 ans et qu'il se conserve aussi bien grĂące Ă  l'un de ses secrets. Toinette explique que les mĂ©decins d'Argan sont des ignorants et qu'il n'est pas malade du foie mais bien du poumon. Elle lui dit qu'il faut qu'il mange mieux, il doit se nourrir de bon gros porcs, de bon gros bƓuf etc... Toinette, dĂ©guisĂ©e en mĂ©decin explique Ă  Argan qu'il faudrait qu'il se coupe le bras gauche et qu'il se crĂšve un Ɠil car ces deux membres dĂ©tournent la plus grande partie de la nourriture qu'il mange et de fait affaiblissent son corps. Avec ces mesures pittoresques, elle compte prouver Ă  Argan que les docteurs sont ridicules. Elle prĂ©texte ensuite une urgence et s' XI Toinette, Argan, BĂ©ralde Dans cette scĂšne, BĂ©ralde demande Ă  son frĂšre s'il ne veut pas marier AngĂ©lique Ă  un autre homme Ă©tant donnĂ© qu'il est brouillĂ© avec l'oncle de Thomas, son docteur Pour Argan il n'en est pas question, elle ira dans un couvent, BĂ©ralde explique que sa femme BĂ©line le manipule et qu'elle ne l'aime pas vraiment. Toinette, sous le ton de l'ironie, dĂ©fend BĂ©line et finit par proposer Ă  BĂ©ralde de se cacher dans un coin de la piĂšce, puis dit Ă  Argan de faire le mort afin que les deux puissent voir oh combien Madame serait catastrophĂ©e de la mort d'Argan. Les deux frĂšres XII BĂ©line, Toinette, Argan, BĂ©ralde Dans cette scĂšne Toinette, Argan et BĂ©ralde exĂ©cutent le stratagĂšme mis en place par Toinette. Ainsi, lorsque BĂ©line entre sur scĂšne, Toinette s'empresse de la prĂ©venir que son mari est mort, elle joue la catastrophĂ©e. BĂ©line est ravie, elle est contente d'ĂȘtre enfin dĂ©barrassĂ©e de son mari qu'elle n'aimait que pour son argent. Argan se rĂ©veille et comprend que sa femme n'est qu'une croqueuse de diamants et qu'elle ne l'a jamais aimĂ©. Toinette propose de faire le mĂȘme stratagĂšme Ă  sa fille XIII AngĂ©lique, Argan, Toinette, BĂ©ralde AngĂ©lique est effondrĂ©e Ă  l'annonce de la mort de son pĂšre, elle s'en veut qu'il soit mort en Ă©tant fĂąchĂ© contre elle, elle se sent XIV ClĂ©ante, Argan, AngĂ©lique, BĂ©ralde, Toinette ClĂ©ante accoure en entendant les pleurs d'AngĂ©lique, cette derniĂšre est inconsolable, elle repousse ClĂ©ante en lui disant qu'elle ne se mariera pas avec lui afin de respecter les vƓux de son pĂšre dĂ©funt. À ce moment, Argan reprend vie, AngĂ©lique lui demande de ne pas la forcer Ă  Ă©pouser quelqu'un, finalement Argan consent Ă  ce qu'elle marie ClĂ©ante Ă  la condition qu'il devienne mĂ©decin. C'est Ă  ce moment que BĂ©ralde prend la parole et suggĂšre Ă  Argan de se faire lui mĂȘme mĂ©decin, Toinette approuve l'argument de BĂ©ralde et surenchĂ©rit en expliquant qu'avec la connaissance de la mĂ©decine qu'il a, il n'aurait mĂȘme pas besoin d'Ă©tudier. BĂ©ralde explique qu'une fois qu'on a une robe et un bonnet de mĂ©decin, tout ce que l'on dit devient savant et "toute sottise devient raison". BĂ©ralde connait une personne qui l'ordonnera mĂ©decin en 2 secondes, c'est la fin de la piĂšce qui finira par la troisiĂšme intermĂšde une cĂ©rĂ©monie burlesque dans laquelle Argan se fera mĂ©decin en rĂ©cit, en chant et danse. Si vous souhaitez lire plus d'articles semblables Ă  RĂ©sumĂ© scĂšne par scĂšne Le Malade Imaginaire - MoliĂšre, nous vous recommandons de consulter la catĂ©gorie Formation. Mononcle donnait un peu d'argent Ă  ma mĂšre , quant Ă  moi , c'Ă©tait 10 francs par mois , c'Ă©tait peu et je n'ai jamais rĂ©ussit a mettre le moindre sou de cotĂ© , ne travaillez jamais pour votre famille , c'est un conseil d'une bonne Ă  tout faire , trois annĂ©es entiĂšres , il a profitĂ© de ma candeur et quand j'ai eu besoin d'argent , plus tard , il m'a fait le chapitre de celui qui ne
Comment Ă©crire une nouvelle Bien comprendre ce qu’est une nouvelle, son format et ses consignes. Trouver une idĂ©e de nouvelle et sa ligne directrice CrĂ©er votre pitch dĂ©veloppez la synthĂšse de votre histoire Construire votre plan CrĂ©er un univers et ses personnages RĂ©diger votre nouvelle Relire et corriger Écrire une nouvelle est un passage obligĂ© pour de nombreux grands auteurs. De Maupassant Ă  Lovecraft, en passant par Asimov, tous ont en commun d’avoir Ă©crit ce type de rĂ©cit. Vous ĂȘtes-vous dĂ©jĂ  demandĂ© pourquoi ? La raison est simple Écrire une nouvelle est plus facile qu’écrire un roman et presque aussi formateur. C’est un genre qui convient Ă  tout le monde ! Les Ă©crivains dĂ©butants s’en serviront pour apprendre Ă  maĂźtriser la structure du roman et s’habituer progressivement Ă  Ă©crire des histoires plus longues. Tandis que les Ă©crivains expĂ©rimentĂ©s utiliseront ce format pour tester des choses et prĂ©parer des romans plus ambitieux. Maintenant que je vous ai dit ça, comment fait-on concrĂštement ? Alors, je vous rassure pas besoin d’aller chez mamie voyante pour avoir la rĂ©ponse. Je vous ai concoctĂ© un plan d’action Ă©tape par Ă©tape. Comment Ă©crire une nouvelle est un article invitĂ© de Martin, du blog Narration et CafĂ©ine. 1. Écrire une nouvelle qu’est-ce c’est ? Imaginez. Vous avez travaillĂ© des jours en croyant Ă©crire une nouvelle. Vous envoyez votre texte pour un appel Ă  texte et paf ! VoilĂ  que l’on refuse votre rĂ©cit parce qu’il s’agit d’une novella ou d’un micro rĂ©cit. C’est rageant, non ? Alors, oui, je vous entends dĂ©jĂ  dire Martin. On s’en fout de connaĂźtre la dĂ©finition de la nouvelle. Il suffit de respecter le thĂšme demandĂ©, suivre les consignes des concours, faire le bon nombre de mots et basta ». Oui mais
 Quid si vous envoyez un texte Ă  un magazine spontanĂ©ment ? Ou si vous rĂ©pondez Ă  un appel Ă  texte permanent ? Dans ces deux cas, on ne vous donne pas forcĂ©ment de nombre de mots/signes Ă  respecter. Et lĂ , vous l’aurez dans le baba
mais pas de panique ! Voici une petite dĂ©finition des familles qui va vous sortir de la panade. Une nouvelle est un court rĂ©cit avec peu de personnages et s’apparentant au roman. Pour autant, il n’existe pas Ă  l’heure actuel de consensus sur la taille minimum ou maximum de celle-ci mais voici une liste indicative Le micro-rĂ©cit fait en-dessous de 150 mots La nouvelle comporte entre 150 et moins de 17 500 mots Le roman court/la novella commence Ă  partir de 17 500 mots jusqu’à 40 000 mots Le roman contient plus de 40 000 mots souvent 80 000 mots et plus Ces formats peuvent varier selon les Ă©diteurs ou les appels Ă  texte. Ne vous censurez donc pas si vous votre texte fait un peu plus ou un peu moins. Gardez juste ces valeurs sur un coin de feuille pour ne pas trop vous Ă©loigner des standards et tentez le coup ! Maintenant que vous en savez plus sur les formats, nous allons aborder les diffĂ©rentes Ă©tapes Ă  suivre pour l’écriture d’une nouvelle. 2. Comment trouver une idĂ©e de nouvelle ? Que ce soit clair, Ă©crire une nouvelle sans avoir de ligne directrice est une trĂšs mauvaise idĂ©e. C’est le meilleur moyen de partir sur un bon gros clichĂ© ou ne pas finir votre texte. De grands Ă©crivains le font parfois car ils ont acquis, au fil des annĂ©es, la maĂźtrise de la structure et des diffĂ©rents genres littĂ©raires leur permettant d’éviter ces Ă©cueils. Si vous lisez cet article, c’est que vraisemblablement vous n’en ĂȘtes pas encore lĂ . Trouvez d’abord une idĂ©e en utilisant ces 3 techniques. a Écrire une nouvelle en partant d’un thĂšme Je vais vous raconter quelque chose qui a bouleversĂ© ma vie d’écrivain. Un jour, alors que je lisais Inside Story de Dara Marks, une mĂ©thode pour dĂ©velopper vos intrigues, je suis tombĂ© sur un passage qui fut pour moi une rĂ©vĂ©lation. C’est en lisant celui-ci que j’ai enfin compris pourquoi toutes les histoires qu’on voit au cinĂ©ma ou dans les livres nous touchent Ă©motionnellement. Elles partagent presque toutes un ingrĂ©dient magique hyper puissant le thĂšme. C’est Ă  dire, le point de vue d’un auteur sur une idĂ©e Ă  travers la narration. ConcrĂštement, cela veut dire que votre nouvelle aura plus de chance de marquer vos lecteurs si elle donne votre point de vue sur un thĂšme de sociĂ©tĂ©. Votre nouvelle constituera alors la mĂ©taphore de votre point de vue sur une idĂ©e. Votre idĂ©e peut ĂȘtre Un mot trĂšs large l’amour, la haine, etc Une phrase certains savoirs doivent demeurer loin des hommes dans le recueil de nouvelles Les Autres Dieux de Lovecraft Une question quelle est la diffĂ©rence entre l’homme et la machine ? Dans le film Blade Runner de Ridley Scott Par exemple, si votre thĂšme est la vengeance mĂšne Ă  la destruction, vous Ă©crirez l’histoire d’un hĂ©ros qui cherche Ă  se venger. À la fin vous le confronterez Ă  un choix Soit accomplir sa vengeance et perdre l’amour de sa vie Soit laisser faire la justice et vivre une vie heureuse. Le choix que fera votre hĂ©ros et les consĂ©quences de ce choix constitueront votre point de vue d’auteur. C’est une façon de faire qui ne convient pas Ă  tout le monde. Si vous vous sentez mal Ă  l’aise avec cette mĂ©thode, la suivante vous plaira peut-ĂȘtre mieux. b Écrire une nouvelle en partant d’un genre Est-ce que ça vous est dĂ©jĂ  arrivĂ© de regarder une Ɠuvre et vous dire Il a tout compris » ? Personnellement, ça m’arrive beaucoup au cinĂ©ma. Quand j’ai vu le film Deadpool de Tim Miller pour la premiĂšre fois, je me suis dis Wahou ! Ce mec, il a vraiment pigĂ© les films de super-hĂ©ros ». Il y avait des rĂ©fĂ©rences partout, des blagues sur les autres hĂ©ros, Deadpool se permettait mĂȘme de jouer avec la structure du film super-hĂ©roĂŻque. Bref, un pur moment de plaisir ! Comment le rĂ©alisateur s’y est pris pour arriver Ă  ce rĂ©sultat ? Je vous parie qu’il a passĂ© des heures Ă  Ă©tudier le genre super-hĂ©roĂŻque et Ă  en noter les codes pour les dĂ©tourner. Vous aussi, vous pouvez utiliser cette mĂ©thode pour Ă©crire une nouvelle. Pour ce faire Lisez des nouvelles dans le genre qui vous intĂ©resse fantasy, SF, romance, policier, steampunk, etc DĂ©gagez en les codes narratifs et les idĂ©es fortes Mixez ces idĂ©es entre elles ou mixez les genres entre eux pour crĂ©er une histoire originale Vous pouvez mĂȘme vous amuser Ă  dĂ©tourner les codes de ces genres ! Par exemple, dans CrĂ©puscule de John W. Campbell, l’idĂ©e forte est qu’un agent immobilier raconte sa rencontre avec un homme venant du futur tĂ©moin de la chute de l’humanitĂ© Grosso modo, cette nouvelle mixe 3 choses un tĂ©moignage, une histoire oĂč on remonte le temps et un soupçon de dystopie. Et ça donne quelque chose d’original ! A vous de faire fonctionner vos mĂ©ninges pour nous pondre des rĂ©sultats Ă©tonnants. D’ailleurs, et si vous utilisiez cette mĂ©thode avec la suivante ? c La mĂ©thode Et si
 ? » Et si ? je tombais amoureuse d’un sado-maso ? la Joconde cachait un secret ? un lycĂ©en trouvait un cahier qui pouvait tuer des gens ? La mĂ©thode Et si » est un vĂ©ritable gĂ©nĂ©rateur de bestsellers ! Vous les aurez reconnu on tient respectivement le pitch de 50 nuances de Grey de E. L. James, du Da Vinci Code de Dan Brown et du manga Death Note de Tsugumi Ìba. La mĂ©thode Et si » consiste Ă  penser Ă  un Ă©lĂ©ment un objet, une situation, un dialogue et Ă  se demander Et s’il se passait ça ou ça avec cet Ă©lĂ©ment ? ». Prenons l’exemple d’une porte, je pourrais me demander Et si » la porte se mettait Ă  me parler ? elle m’attaquait ? en l’ouvrant, je changeais d’époque/de monde ? derriĂšre cette porte, mon mĂ©decin venait de tuer sa secrĂ©taire et l’avait cachĂ© dans son cabinet alors que je suis sur le point d’entrer ? En Ă  peine 5 minutes, je viens de dĂ©gager 4 idĂ©es potentielles de nouvelle. Faites le test ! Prenez des objets ennuyeux et proposez vos idĂ©es les plus farfelues dans les commentaires 😉 3. Écrire une nouvelle dĂ©veloppez votre pitch HĂ©, vous vous rappelez cette pub de viennoiserie qui passait Ă  la tĂ©lĂ© il y a longtemps ? Pitch ĂŽ mon pitch quand t’as un p’tit creux ? Et bah, ça n’a rien Ă  voir 😉 Le pitch, c’est la synthĂšse de votre histoire en une phrase ou un petit paragraphe. Pour le rĂ©aliser, une solution simple consiste Ă  rĂ©sumer votre nouvelle en suivant ce schĂ©ma Un personnage Dans un univers DĂ©sire quelque chose Mais est confrontĂ© Ă  un problĂšme Qu’il va rĂ©ussir ou Ă©chouer Ă  rĂ©soudre Avec telles consĂ©quences Pour vous illustrer cette mĂ©thode, je vais prendre l’exemple d’une de mes nouvelles Un exemple Ă  suivre pas Ă  pas Il y a de cela des annĂ©es, j’étais venu rendre visite Ă  ma grand-mĂšre dans une maison de retraite. Nous avions mangĂ© ensemble au rĂ©fectoire et je m’étais aperçu qu’à certaines tables des gens s’ennuyaient comme des rats morts. A partir de cette observation, je me suis dis Et si un pensionnaire de la maison de retraite dĂ©cidait de s’évader ? Que se passerait-il ? ». Avec cette ligne directrice, j’ai construit mon pitch J’ai inventĂ© un personnage de petite vieille acariĂątre le personnage Mise de force dans une maison de retraite l’univers Qui dĂ©sire rentrer chez elle par tous les moyens le dĂ©sir Mais qui est confrontĂ©e aux personnels de la maison de retraite l’obstacle principal Elle va rĂ©ussir Ă  rentrer chez elle en dupant quelqu’un avec son hĂ©ritage la rĂ©solution du problĂšme Avec pour consĂ©quence la mort de cette personne la consĂ©quence Au final, le pitch donnait quelque chose comme ça Une petite vieille acariĂątre, mise de force dans une maison de retraite par ses petits enfants, dĂ©cide de rentrer chez elle par tous les moyens. Malheureusement, le personnel de la maison de retraite ne la laisse pas faire. Elle dĂ©cide donc de s’allier Ă  un homme peu scrupuleux qui va l’aider Ă  s’évader en Ă©change de son hĂ©ritage. Elle le tuera une fois rentrĂ©e chez elle. Comme vous le voyez, le pitch n’a pas Ă  ĂȘtre beau. Il faut juste qu’il vous donne un embryon de rĂ©cit minimal que vous dĂ©velopperez dans votre plan. 4. Le plan, votre meilleur ami pour Ă©crire une nouvelle Je sais, vous avez la flemme. C’est littĂ©ralement l’enfer de devoir attendre alors qu’on a envie d’écrire. Mais prenez l’habitude de faire un plan avant d’écrire une nouvelle. Je vous explique pourquoi tout de suite a L’intĂ©rĂȘt de choisir un plan Autrefois, avant que je ne devienne un peu plus expĂ©rimentĂ©, je ne venais jamais Ă  bout de mes projets d’écriture. J’avais toujours une nouvelle idĂ©e qui arrivait en cours de route. GĂ©nĂ©ralement, je faisais une pause dans mon projet en cours et je suivais cette illumination soudaine en me jurant de revenir sur mon premier texte. Et bien devinez quoi ? Les pauses devenaient des abandons. Je passais juste de dĂ©but de rĂ©cit en dĂ©but de rĂ©cit. Ça s’est arrĂȘtĂ© le jour j’ai commencĂ© Ă  faire des plans. RĂ©diger un plan avant d’écrire une nouvelle comporte deux bĂ©nĂ©fices Cela vous force Ă  Ă©laborer une intrigue plus intĂ©ressante Cela vous entraĂźne Ă  maĂźtriser les plans avant de passer au roman. Comme les nouvelles sont des textes courts, vous pourrez en Ă©crire plein, plus rapidement que les romans, et vous pourrez obtenir plus vite une expĂ©rience de la structure. Pour accĂ©lĂ©rer d’avantage votre apprentissage, je vous conseille de vous fixer un objectif de travail. Par exemple Imposez-vous le challenge de tester une structure trouvĂ©e dans un manuel Ou apprenez la structure d’un genre Fixez-vous des contraintes Maintenant que vous comprenez un peu mieux l’intĂ©rĂȘt de faire un plan. Voyons lequel choisir. b Quel plan choisir pour Ă©crire une nouvelle ? Ça dĂ©pend de vous. Si vous ĂȘtes dĂ©butant, je vous conseille de partir sur un plan classique du type Situation initiale ÉlĂ©ment perturbateur PĂ©ripĂ©tie DĂ©nouement C’est un bon plan, qui peut vous donner d’excellents rĂ©sultats. L’article comment Ă©crire un roman sur ce blog le dĂ©taille dĂ©jĂ , donc je ne vais pas m’appesantir dessus. Consultez-le en parallĂšle de cet article pour Ă©laborer votre structure de rĂ©cit. Si vous ĂȘtes plus expĂ©rimentĂ©, plusieurs choix s’offrent Ă  vous pour Ă©crire une nouvelle Bousculer l’ordre du rĂ©cit commencer par la fin, le milieu, avant le rĂ©cit, aprĂšs le rĂ©cit, etc. ========= Utiliser une structure fragmentĂ©e Le lecteur ne saura pas vraiment oĂč se trouve le dĂ©but ou la fin. Il devra recoller les morceaux pour reconstituer l’histoire. C’est un procĂ©dĂ© trĂšs utilisĂ© lors de la dĂ©couverte de parchemins/d’enregistrements dans les jeux vidĂ©os Tenter des variations de la structure classique on trouve par exemple la structure organique de John Truby ou celle plus balisĂ©e de Blake Snyder. Beaucoup de possibilitĂ©s existent ExpĂ©rimenter vos propres structures pour votre inspiration, Georges Perec s’est amusĂ© dans W ou le Souvenir d’enfance Ă  structurer son roman en deux une partie autobiographique et une partie fiction Vous souhaitez en savoir plus ? Cet aspect est aussi dĂ©veloppĂ© en dĂ©tail dans l’article Comment Ă©crire une autobiographie. Un seul mot d’ordre Amusez-vous ! c Combien d’évĂ©nements doit-on traiter lorsqu’on Ă©crit une nouvelle ? Je vais vous dire ma vĂ©ritĂ© Écrire une nouvelle nĂ©cessite d’ĂȘtre concis. Vous ne pourrez jamais dĂ©velopper votre histoire autant que vous le feriez dans un roman. Sur la toile, beaucoup conseillent d’organiser son histoire autour d’un seul Ă©vĂ©nement. Ils ont raison. C’est simple et c’est efficace. Le problĂšme de cette conception, c’est que vous rencontrerez plein de nouvelles avec pleins de micro-Ă©vĂ©nements et vous risquez de vous dire Mais mince, c’est quoi l’évĂ©nement principal ? » Typiquement, dans la nouvelle Le Silence Blanc de Jack London, il se passe plein de choses. L’auteur nous prĂ©sente un pari, un dĂ©part difficile, un incident de piste, une attaque de chiens, etc. Bref, on s’y perd. Ce que je vous conseille plutĂŽt, c’est de faire en sorte que chaque Ă©vĂ©nement fasse avancer le schĂ©ma narratif situation initiale, Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur, etc.. Chaque scĂšne doit crĂ©er un obstacle de plus en plus important pour le protagoniste jusqu’à la rĂ©solution ou l’absence de rĂ©solution du problĂšme du hĂ©ros. Si une scĂšne ne remplit aucun rĂŽle sur le schĂ©ma narratif, supprimez-la. 5. Écrire une nouvelle rĂ©aliste en travaillant son monde et ses personnages a Les problĂšmes des personnages Quand je regarde la fiction d’aujourd’hui, je me dis qu’on a quand mĂȘme de la chance. Harry Potter existe, Hannibal Lecter existe, la saison 8 de Game of Thrones existe. Note de Sophie MDR On a de plus en plus de sĂ©ries, de livres, avec des personnages forts. C’est super intĂ©ressant Ă  Ă©tudier. La seule question que je me pose c’est Arriverai-je Ă  faire mieux ? » Ça me met la pression. J’aimerais bien un jour qu’une personne lĂšve ses yeux d’un de mes livres et dise Je veux Ă©crire comme lui ». Comme moi, Ă  8/10 ans, quand j’ai lu Harry Potter. J’aimerais vraiment ça. Alors je travaille dur. Je lis plein de choses sur la narration et les personnages. Et j’en suis venu Ă  cette conclusion Écrire une nouvelle consiste gĂ©nĂ©ralement Ă  raconter l’histoire d’un personnage qui doit surmonter un problĂšme. Dans un roman, un personnage possĂšde souvent 3 problĂšmes Externe un obstacle tangible Interne un dĂ©faut psychologique Relationnel son dĂ©faut interne ou externe entraĂźne des brouilles avec ses proches Dans les nouvelles, vous pourrez difficilement dĂ©velopper ces 3 aspects de façon satisfaisante. À vous de faire un choix Est-ce que vous voulez tenter d’utiliser ces 3 types de problĂšmes ? Dans ce cas, la nouvelle sera plus rĂ©aliste mais le risque c’est que vous n’arriviez pas Ă  approfondir suffisamment. Je vous dĂ©conseille ce choix si vous Ă©crivez un texte court. Est-ce que vous ferez l’impasse sur certains problĂšmes ? Vos personnages seront un peu moins riches mais vous pourrez plus dĂ©velopper leurs pĂ©ripĂ©ties. RĂ©flĂ©chissez bien et assumez votre dĂ©cision. Mais prenez en compte qu’un personnage n’est pas seulement la somme de ses problĂšmes. b Donner vie aux personnages de sa nouvelle Dans une nouvelle, il faudra limiter le nombre de vos personnages. Souvent, vous en aurez 1 ou 2, avec Ă©ventuellement quelques-uns qui font office de dĂ©cor. Par contre, vous devrez faire le mĂȘme travail de conception que pour le roman et concevoir des fiches personnages pour les personnages importants. La seule diffĂ©rence, c’est que pour la nouvelle vous ne pourrez pas tout dire. Vous esquisserez et passerez sous silence votre travail en amont. Pour autant vous ne devrez pas bĂącler vos fiches car elles donneront plus de profondeur Ă  vos personnages. Voici une liste de choses auxquelles s’intĂ©resser quand on fait une fiche perso Le passĂ© du personnage/ses traumatismes Ses dĂ©fauts/ses qualitĂ©s Ses dĂ©sirs/ses peurs Sa façon de penser s’il est taxi, il est possible qu’il voit le monde avec un Ɠil de taxi Mais aussi de parler un paysan du Nord-Pas-de-Calais ne parlera pas comme un aristocrate du XVIe Son physique, sa gestuelle, sa façon de s’habiller Ses goĂ»ts/sa religion etc. Voir la mĂ©thodologie complĂšte pour crĂ©er vos personnages dans un roman, jetez-y un Ɠil ! Maintenant, que nous avons abordĂ© la question des personnages. Il reste une question Ă  rĂ©soudre c La crĂ©ation d’un univers dans la nouvelle Worldbuilding ou pas worldbuilding ? Il est tentant lors de l’écriture de la nouvelle de passer trĂšs vite sur l’étape de crĂ©ation de l’univers le worldbuilding en se disant qu’on aura pas forcĂ©ment l’occasion de rentrer dans les dĂ©tails. C’est une erreur. DĂ©jĂ , parce que si votre univers n’est pas cohĂ©rent, le lecteur le ressentira tout de suite. Ensuite, parce qu’un univers riche donnera envie d’en savoir plus. Pourquoi pas dans d’autres nouvelles ou romans. Prenez Lovecraft, on retrouve Ă  de nombreuses reprises dans ses nouvelles des mentions Ă  des villes oubliĂ©es ou Ă  des entitĂ©s mystĂ©rieuses Kadath, les Dieux Anciens etc.. Ça donne envie. Non seulement votre lecteur dĂ©vorera votre nouvelle mais en plus il lira vos autres Ɠuvres pour approfondir vos univers. Vous le comprenez, si vous avez le temps, il vaut mieux travailler le worldbuilding de votre nouvelle. Voici, une petite mĂ©thodologie pour obtenir des univers plus rĂ©alistes Faites des recherches sur l’architecture, sur les vĂȘtements et les mƓurs de l’époque Les coutumes et le rapport au climat sont trĂšs importants Inspirez-vous de la mythologie et de la religion Recherchez des anecdotes/des faits divers dans les archives saviez-vous que vous pouviez retrouver des dossiers avec des articles d’époque sur Retronews ? Dressez une carte prĂ©cise des endroits oĂč se dĂ©roule votre intrigue ce serait trop bĂȘte de situer Paris en Nouvelle-ZĂ©lande, n’est-ce pas ? 😉 Tous ces Ă©lĂ©ments, vous aideront Ă  crĂ©er une nouvelle rĂ©aliste qui plaira d’avantage aux lecteurs. À la fin de cette Ă©tape, vous devriez obtenir un monde et des personnages crĂ©dibles. Il se pourrait alors que vous ayez des modifications Ă  faire sur votre plan, c’est normal. Ce sont deux Ă©tapes qui s’alimentent l’une l’autre. D’ailleurs, en fonction de votre flux crĂ©atif, il est possible que vous commenciez par crĂ©er vos personnages et votre monde avant le plan. FaĂźtes Ă  votre convenance. L’important est que votre nouvelle avance. Une fois le plan, les personnages et le monde finis, passez Ă  l’étape suivante. 6. Écrire votre nouvelle Enfin ! Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c’est hyper frustrant de devoir attendre avant d’écrire. Heureusement, j’arrive dĂ©sormais Ă  trouver du plaisir pendant la conception du plan. Mais pendant longtemps, la barbe ! Alors, je vous rassure, je vous fais pas le coup du jogging. Vous savez, ce fameux Mais si, au bout d’un moment tu vas prendre du plaisir » alors que ça fait six mois que vous crachez vos poumons par terre. Non. Comparez Ă  la rĂ©daction, le plan c’est chiant. On est d’accord. La rĂ©daction, c’est le moment oĂč vous vous confrontez vraiment avec votre histoire. Ce moment, c’est VOTRE MOMENT. a Écrire une nouvelle Par quoi commencer ? Ça y est, vous ĂȘtes sur les starting blocks. Votre ordinateur est allumĂ©. Il n’attend plus que vous. Et paf ! Vous bloquez sur la premiĂšre page. Vous ne savez pas quoi Ă©crire. Et lĂ , panique ! Vous vous triturez les mĂ©ninges, vous Ă©crivez quelques lignes, que vous supprimez aussitĂŽt. Cela fait une heure et votre page est dĂ©sespĂ©rĂ©ment vide. Que faire ? Laissez-moi vous aider. Un Ă©lĂ©ment mystĂ©rieux Le meilleur moyen de bien commencer l’écriture une nouvelle est d’introduire un Ă©lĂ©ment intriguant dans le premier paragraphe du rĂ©cit. Cet Ă©lĂ©ment intriguant peut-ĂȘtre un mystĂšre qui courra tout le rĂ©cit. Par exemple, dans le premier paragraphe d’Herbert West, RĂ©animateur de Lovecraft, on trouve De Herbert West, qui fut mon ami Ă  l’universitĂ© comme Ă  la ville, je ne puis parler sans une irrĂ©pressible terreur. Cela est dĂ» davantage au travail Ă©trange auquel il avait consacrĂ© sa vie qu’à la maniĂšre sinistre dont il a disparu voici peu de temps. Ce mystĂšre n’est pas obligĂ© de courir tout le livre, il peut aussi servir d’accroche uniquement pour quelques paragraphes/quelques pages. Dans FlĂ»te, flĂ»te et flĂ»tes ! Asimov introduit le personnage de l’oncle Otto en crĂ©ant un petit mystĂšre local. PlutĂŽt que d’écrire L’oncle d’Otto entra dans ma boutique. Il portait un costume trop petit. Il crĂ©e un petit suspens en ne rĂ©vĂ©lant pas tout de suite qui est rentrĂ© dans la boutique. Voyez plutĂŽt Ce fut le smoking qui me trompa et, pendant deux secondes, je ne le reconnus pas. Pour moi, ce n’était qu’un client Ă©ventuel, le premier Ă  franchir ma porte en une semaine
et il avait fier allure. MĂȘme en portant un smoking Ă  dix heure moins le quart 
. Puis, j’ai regardĂ© son visage, et ce n’était pas du tout un client. C’était mon oncle Otto. Le petit mystĂšre trouve sa rĂ©ponse au paragraphe 3. Le paragraphe intermĂ©diaire est volontairement descriptif pour retarder l’annonce et renforcer le suspens Ça y est, vous savez comment rĂ©ussir le dĂ©but de votre nouvelle Ă  coup sĂ»r. Voyons maintenant ce qu’il en est du milieu. b Écrire le milieu de la nouvelle Beaucoup de gens n’arrivent pas Ă  gĂ©rer le milieu de l’histoire. Cela tient au caractĂšre trĂšs large de pĂ©ripĂ©tie ». On ne sait pas trop quoi en faire. Quel type d’évĂ©nement faudrait-il mettre ? En quelle quantitĂ© ? On ne sait pas trop. Blake Snyder propose une mĂ©thode de scĂ©nario que l’on peut transposer aux nouvelles. Il s’agit D’alterner les moments nĂ©gatifs et positifs dans les scĂšnes de votre nouvelle afin de balancer le cƓur du lecteur entre crainte et espoir De varier l’intensitĂ© des Ă©vĂ©nements Voici un exemple pour une comĂ©die romantique La rencontre avec un/une inconnue positif 
.Mais malheureusement, le protagoniste se rend compte qu’il a oubliĂ© de prendre son numĂ©ro nĂ©gatif Heureusement, une vague connaissance connaĂźtrait cette inconnue positif - Le problĂšme, c’est que cette connaissance est journaliste et a embarquĂ© pour un pays en guerre nĂ©gatif + Gardez quand mĂȘme en tĂȘte de suivre votre schĂ©ma narratif. DĂźtes-vous, que vous avez le droit entre une Ă  trois scĂšnes par Ă©tape de votre plan situation initiale, pĂ©ripĂ©tie etc.. Sachant que les pĂ©ripĂ©ties sont souvent la partie la plus large de la nouvelle. L’élĂ©ment dĂ©clencheur et la chute, eux, comporteront une seule scĂšne pour accentuer leur impact. c Écrire la chute de votre nouvelle La chute, c’est la fin de votre histoire. Elle se dĂ©roule Ă  la fin du dĂ©nouement. A ce moment, nous savons enfin si oui ou non le protagoniste a surmontĂ© son problĂšme. Il existe plusieurs types de chutes La chute mystĂ©rieuse Dans ce cas, la fin soulĂšve une interrogation. Exemple On ne verra jamais les horreurs observĂ©es par Barzai le Sage dans la nouvelle Les Autres Dieux de Lovecraft. La chute ironique Il s’agit d’installer une sorte de revers du destin. Typiquement, c’est le cas dans La main de Maupassant. Un lord anglais se fait assassiner par la main qu’il a tranchĂ©e. Une ironie du sort qui fait rĂ©flĂ©chir
 Ce type de chute fonctionne particuliĂšrement bien avec toutes les histoires impliquant le destin. Dans le mythe d’Oedipe, un oracle prĂ©dit qu’il tuera son pĂšre et Ă©pousera sa mĂšre. Ces parents feront tout pour dĂ©jouer la prophĂ©tie et, en tentant de l’empĂȘcher, ils la rĂ©aliseront. Ironie du sort il ne se serait probablement rien passĂ© si les parents n’avaient pas cherchĂ© Ă  connaĂźtre le futur. Le revirement de situation Surprise ! Ce que vous croyez ĂȘtre vrai pendant toute la nouvelle ne l’est pas. Un meurtrier s’avĂšre innocent, un homme sincĂšre s’avĂšre ĂȘtre un dangereux manipulateur, etc. La rĂ©vĂ©lation On apprend quelque chose qui nous a Ă©tĂ© cachĂ© sur l’un des personnages ou l’univers. Par exemple, dans la nouvelle La tombe de Lovecraft, un garçon s’avĂšre ĂȘtre la rĂ©incarnation d’un aristocrate anglais. la chute conclusive C’est la chute classique. Elle rĂ©pond Ă  toutes les questions soulevĂ©es par l’intrigue. Elle se termine par l’accomplissement ou l’échec de la quĂȘte du hĂ©ros avec ses consĂ©quences. VoilĂ  pour ce panorama des chutes. Bien sĂ»r, il en existe d’autres, des loufoques, des chutes qui font rĂ©flĂ©chir sur le monde ou qui sont trĂšs personnelles Ă  un Ă©crivain. On peut mĂȘme combiner ces chutes. À vous d’expĂ©rimenter ! Pour aller plus loin, dĂ©couvrez 70 types de chutes inattendues article en anglais, mais ça vaut le coup ! Une fois cette Ă©tape terminĂ©e, il ne vous restera plus qu’une chose Ă  faire. 7. Relire et corriger votre nouvelle Vous voilĂ  arrivĂ© Ă  la fin. Champagne ! Il existe un mythe tenace celui de l’écrivain qui Ă©crit un texte parfait du premier coup. Alors ok, ça pĂšte la classe. Mais c’est un mythe. Un texte de niveau professionnel demande de la relecture et beaucoup de corrections. Par lĂ , je n’entends pas l’orthographe mais tout ce qui concerne le rĂ©cit ou Ă  le style. Si une scĂšne ne joue aucun rĂŽle sur le schĂ©ma narratif, coupez-lĂ . Si votre intro est un peu molle, tentez de la dynamiser avec un mystĂšre ou un peu d’actions. Testez plusieurs approches et gardez ce qui fonctionne le mieux. FĂ©licitations ! vous avez fini votre nouvelle. Prenez un cafĂ©. Ou ce que vous voulez. Parce que franchement vous le mĂ©ritez. Personnellement, j’adore manger des trucs quand je finis un projet. Et vous ? C’est quoi votre rituel de fin d’écriture ? PS Si vous voulez Ă©pater vos lecteurs, tentez d’écrire une nouvelle en lipogramme. Ça vous fera peut-ĂȘtre gagner un appel Ă  texte. Attention, challenge assurĂ© 😉 Un gros merci Ă  Sophie pour le super accueil sur son blog. Ciao tout le monde 🙂 Ancien juriste, qui a connu pas mal d’échecs avec l’écriture, j’ai dĂ©veloppĂ© au fil des annĂ©es un savoir faire qui m’a permis de passer le cap du premier roman. Depuis, j’ai Ă©crit de nombreux textes et j’ai mĂȘme Ă©tĂ© publiĂ© Ă  la suite d’un concours. Je vous partage cette expĂ©rience sur mon blog
BonjourĂ  tous, Bienvenue sur mon blog de " Les enfants de Timpelbach ". . ï»żAprĂšs mĂ»res rĂ©flexions, j'ai dĂ©cidĂ© de crĂ©er mon blog et vous faire partager ma fiction sur le film "Les enfants de Timpelbach RĂ©sumĂ© : Tout Ă©tait redevenu normal dans le petit village de Timpelbach. Tout ? Pas tout Ă  fait, la cousine de Willy revenait dans le village aprĂšs 5ans d'absence.
Roman de Renart Manuscrit de la BnF, XIVe siĂšcle. Titre Roman de Renart Auteur multiples Date de sortie entre 1170 et 1250 Langue Ancien français Genre Parodie Style Roman Modifier voir modĂšle ‱ modifier Le Roman de Renart est un recueil de rĂ©cits du Moyen Âge, Ă©crits entre 1170 et 1250 par plusieurs auteurs, la plupart Ă©tant inconnus. Le Roman de Renart est un roman on entend par lĂ  un rĂ©cit en langue romane en français, et non en latin. Il Ă©tait destinĂ© Ă  divertir les gens du peuple, Ă  les changer des romans de chevalerie. Les personnages sont ici des animaux personnifiĂ©s, c'est-Ă -dire Ă  qui on a donnĂ© des caractĂšres humains comme la parole par exemple. Ce roman raconte l'histoire d'un goupil nommĂ© Renart nom propre - du prĂ©nom germanique Reinhard -, d'oĂč est issu le nom commun renard qui a supplantĂ© l'ancien mot goupil. Renart est trĂšs malin au fil des nombreuses histoires, on voit les mĂ©faits de Renart, qui s'en sort toujours. Cela commence par des petits vols, destinĂ©s Ă  nourrir sa femme et leurs trois fils, ou des blagues contre le loup Ysengrin. Renart s'en sort parfois au dernier moment par exemple, quand il est condamnĂ© Ă  mort et que sa femme apporte de l'argent au roi Noble, le lion, qui le fait libĂ©rer. Puis Renart fait la cour Ă  la reine FiĂšre, qui tombe amoureuse de lui. Noble, qui part faire la guerre aux infidĂšles et a toute confiance en Renart, le fait devenir roi par intĂ©rim, en attendant son retour. Renart tombe amoureux de la reine, mais quand le roi revient et qu'il dĂ©couvre sa liaison, Renart est obligĂ© de fuir. Il sera tuĂ© par le roi; pris de remords, ce dernier lui fait de belles funĂ©railles. Sommaire 1 Les personnages 2 Contenu du Roman de Renart 3 RĂ©fĂ©rences Lien externe Les personnages[modifier modifier le wikicode] Renart dans le puits enluminure du manuscrit de la BnF, XIVe siĂšcle. Malbranche l'un des trois fils de Renart. Renart le goupil espiĂšgle, personnage principal de ces rĂ©cits. Il s'amuse parfois Ă  faire de cruelles plaisanteries Ă  Ysengrin et aux autres. Ysengrin le loup bĂȘte, glouton et parfois cruel, Ă©ternel ennemi de Renart, toujours dupĂ©. Son Ă©pouse, Dame Hersent la louve, fut jadis violĂ©e par Renart ; d'oĂč une Ă©ternelle rancƓur. Il est l'oncle de Renart. Primaut, le damp seigneur loup Noble, le lion roi des animaux. Dame FiĂšre, la lionne reine des animaux Ă©pouse de Noble. Beaucent, le sanglier. Espineux, le hĂ©risson. Belin, le mouton. Petitfouineur, le putois. Baudoin ou Bokart, l'Ăąne secrĂ©taire du roi. Brun ou Bruno ou Bruin, l'ours d'aprĂšs la couleur de sa robe, ou d'aprĂšs un nom germanique traditionnel. Chanteclerc ou Chantecler le coq il fut emportĂ© par Renart, qui le trompa en le faisant croire que son pĂšre chantait mieux car il avait les yeux fermĂ©s mais s'en tira sain et sauf. Chanteclin, le coq, pĂšre de Chanteclerc. Couart, le liĂšvre. Eme, le singe Ă©poux de Dame Rukenawe, la guenon. Grimbert, le blaireau dĂ©fenseur et cousin de Renart. Grymbart, la renarde sƓur de Renart. Hermeline, la renarde Ă©pouse de Renart, qui eut quelques dĂ©mĂȘlĂ©s avec Hersent. Dame Hersent, la louve Ă©pouse d'Ysengrin, qui fut jadis violĂ©e » par Renart. Tibert, le chat il se fit malgrĂ© lui piĂ©ger par Renart, mais se montra rĂ©guliĂšrement un rival Ă©galement trĂšs rusĂ©. Il a dÂŽailleurs dĂ©jĂ  dupĂ© Renart, TiĂ©celin, le corbeau il dĂ©roba un fromage Ă  la fenĂȘtre d'une maison de campagne et se le fit voler par Renart. Blanche, l'hermine. Brichemer, le cerf sĂ©nĂ©chal. Bernard, l'Ăąne. Corbant, le freux. Sharpebek Ă©pouse de Corbant. CoupĂ©e, la geline. Courtois, petit chien. Drouin, le moineau , s'est fait manger ses enfants par Renart Hubert, l'escoufle milan, rapace propre aux rĂ©gions chaudes et tempĂ©rĂ©es. Firapel, le lĂ©opard. Jacquet, l'Ă©cureuil. Dame MĂ©sange, la mĂ©sange dont le fils, a Renart pour parrain. Musart, le chameau lĂ©gat du Pape. Ordegale, castor. Pantecroet, la loutre. Percehaie, Malbranche, et Renardel ou Rovel Fils de Renart et d'Hermeline. Roonel ou RoĂ«nel, le mĂątin gros chien. Dame Rukenawe, la guenon Ă©pouse d'Eme, le singe. Tardif, le limaçon. Vader de Lantfert fils de Dame Pogge de Chafporte et de Macob. Rohart le corbeau. Rousse la mĂšre. Pinte et Copette les deux poules. PelĂ© le rat. Contenu du Roman de Renart[modifier modifier le wikicode] Le combat de Renart Ă  gauche et d'Ysengrin Le Roman de Renart compte de 27 0001 Ă  80 0002 vers selon les sources, tous des octosyllabes Ă  rimes plates. Il est traditionnellement divisĂ© en 27 branches, Ă©crites par diffĂ©rents auteurs, la plupart inconnus on ne connaĂźt que quelques noms comme Pierre de Saint-Cloud, Richard de Lison, ou encore un autre qui a signĂ© comme Ă©tant un prĂȘtre de La Croix-en-Brie » et dont les Ă©pisodes ne se suivent pas forcĂ©ment Branche 1 Le jugement de Renart. Le siĂšge de Maupertuis. Renart teinturier. Renart jongleur. Branche 2 Chantecler le coq. La mĂ©sange. Tibert le chat. TiĂ©celin le corbeau. Renart et Hersent. Branche 3 Le poisson des charretiers. Ysengrin fait moine. La pĂȘche aux anguilles. Branche 4 Ysengrin dans le puits. Branche 5 Les jambons d'Ysengrin. Le grillon. Le serment de Renart. Branche 6 Le combats de Renart et Ysengrin. Branche 7 La confession de Renart. Branche 8 Le pĂšlerinage de Renart. Branche 9 RoĂ«nel le chien et Brichemer le cerf. LiĂ©tart le vilain. Branche 10 Renart mĂ©decin. Branche 11 Renart empereur. Branche 12 Les vĂȘpres de Tibert Branche 13 Renart teint en noir. Branche 14 Le cellier du vilain. Primaut le loup. Branche 15 L'andouille. Les deux prĂȘtres. Branche 16 Bertaut le vilain. Le partage du lion. Branche 17 La mort de Renart. Branche 18 Le prĂȘtre Martin. Branche 19 Raisant la jument. Branche 20 Ysengrin et les deux bĂ©liers. Branche 21 L'ours Patous. Branche 22 Les semailles. Branche 23 Renart magicien. Le mariage du roi Noble. Branche 24 La naissance d'Ysengrin et Renart. Branche 25 Pinçart le hĂ©ron. Le batelier. Branche 26 L'andouille jouĂ©e Ă  la marelle. Branche 27 Renart et Ysengrin. Dans les Ă©ditions modernes, les Ă©pisodes sont souvent arrangĂ©s dans un autre ordre, de façon Ă  former un rĂ©cit plus cohĂ©rent Premier Livre 1. Renart persuade Chantecler de chanter les yeux fermĂ©s. AttrapĂ©, le coq se libĂšre en faisant parler le goupil qui desserre ses mĂąchoires. 2. Sire TiĂšcelin, le corbeau, flattĂ© par Renart, chante et laisse tomber son fromage. 3. La mĂ©sange ne croyant pas au pacte de paix annoncĂ© par Renart l’embrasse sans se faire prendre. 4. Renart Ă©chappe Ă  un Ă©cuyer qui le croit mort en le mordant Ă  la fesse. 5. Ysengrin, le loup, nourrit Renart malade. Celui-ci lui vole ses jambons. 6. AbandonnĂ© par Renart, Ysengrin perd sa queue, prise dans la glace. 7. Tybert, le chat, mange seul une andouille sous le regard haineux de Renart. 8. Renart dĂ©vore une corneille, est mis Ă  mal par Ysengrin, se fait pardonner en volant pour le loup un jambon. 9. Renart fait croire Ă  Dame Hersen que son mari le loup l’accuse de le tromper avec lui. Second Livre 1. Devant comparaĂźtre, Renart Ă©chappe au piĂšge tendu par Ysengrin et Roinel le chien. 2. Ysengrin ne retire pas sa plainte mais Noble le lion souhaite la paix. 3. Renart aura-t-il l’avantage ? Les poules, Ă  leur tour, se plaignent de lui. 4. L’ours Brun, mandĂ© par le Roi pour faire venir Renart Ă  la cour, est piĂ©gĂ© par le goupil qui lui promet du miel. 5. À son tour, Tybert est trompĂ© par les ruses du goupil. 6. Grimbert, le blaireau, apporte Ă  Renart, son cousin, une lettre du roi. Tous deux partent pour la cour. 7. AprĂšs avoir manquĂ© ĂȘtre pendu, Renart obtient de porter la croix en pĂ©nitence. 8. Renart reçoit l’anneau de dame FiĂšre, l’épouse du lion, et dĂ©fie le roi. 9. Au bout de six mois de siĂšge, Renart se fait prendre aprĂšs avoir sĂ©duit la lionne. 10. Dame Renart ayant promis Ă  Noble ses richesses, celui-ci libĂšre le goupil. Tiers Livre 1. Le chien Roinel, pendu par Renart, est sauvĂ© par le lion. 2. Le roi, guĂ©ri par Renart, le fait raccompagner chez lui par une escorte. 3. Pendant que le combat se dĂ©roule contre les paĂŻens, Renart fait sa cour Ă  la lionne. 4. Faisant croire le roi mort, Renart Ă©pouse FiĂšre. Le lion revenu, on fait la paix. Nul n’ose rĂ©vĂ©ler le mariage. 5. Renart chasse pour le lion qui le fĂ©licite de conduire un partage oĂč lui seul, Noble, mangera les proies. 6. Renart mise et perd son derriĂšre aux Ă©checs. Mourant, il se confesse. 7. Renart est veillĂ© joyeusement. 8. Renart se rĂ©veille et se saisit de Chantecler qui Ă©tait au bord de sa tombe. 9. Devant la cour, Chanteclerc est vainqueur de Renart. 10. Renart se fait passer pour mort. Fin de l'histoire. RĂ©fĂ©rences[modifier modifier le wikicode] ↑ EncyclopĂ©die Larousse en ligne ↑ wpRoman de Renart Lien externe[modifier modifier le wikicode] Le roman de Renart, le roman de Renart Ă  lire en ligne avec le texte en ancien français et des images.
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RĂ©sumĂ©Chapitre I Son neveu raconte comment, parti, naĂŻf, enthousiaste, impulsif, rejoindre l'armĂ©e de l’Empereur en guerre contre les Turcs, le vicomte gĂ©nois MĂ©dard de Terralba traversa les plaines de BohĂȘme jonchĂ©es de cadavres de pestifĂ©rĂ©s, puis fut introduit auprĂšs de l’empereur qui le nomma aussitĂŽt lieutenant. Chapitre II Au cours de la bataille, MĂ©dard, tua un Turc You will be automatically redirected to the requested page after 3 fermez pas cette page. Veuillez attendre 3 secondes avant de poursuivre. The page was generated at Fri, 19 Aug 2022 174531 Browser time CĂ©tait au cƓur d'un petit village de Normandie. Le samedi, c'Ă©tait jour de fĂȘte car un homme venait s'installer non loin de notre porte Il taillait de grosses pommes de terre en frites et les plongeaient dans sa bassine de gras de bƓuf bouillonnant. On avait le plaisir d'avoir mon frĂšre et moi une assiette de vraies frites croustillantes. Cetait Mon Oncle ! pas cher : retrouvez tous les produits disponibles Ă  l'achat dans notre catĂ©gorie Enfant, jeunesse CHAPITRE3 Les rayons du soleil viennent me rĂ©veiller doucement. Je suis dans une chambre que je ne connais pas. Je mets un moment avant de me souvenir des Ă©vĂ©nements de la veille et de comprendre que je n'avais pas rĂȘvĂ©. Je m'assoie et regarde la piĂšce. La chambre est haute de plafond -comme le reste de la maison- et assez simpliste avec une
Lebook C'était mon oncle ! est au format ePub protégé par Filigrane numérique check_circle Cet ebook est compatible pour une lecture sur application iOs et Android Vivlio.;
DĂ©couvrezsur mon oncle ! par Yves Grevet - Collection Tempo - Librairie Decitre Apparemment, javascript est dĂ©sactivĂ© sur votre navigateur. Javascript doit ĂȘtre activĂ© dans DĂ©couvrezC'etait mon oncle !, de GREVET YVES sur 0 Connexion; 0 Mon panier ~ Click Here | Cliquez Ici ~ Rencontre avec Sarah Durieux autour de son livre Changer le monde Manuel d'activisme pour reprendre le pouvoir Samedi 18 juin de 11h Ă  13h Ă  la librairie. Rencontre avec Karine Tuil autour de son dernier livre La DĂ©cision Mercredi 22 juin Ă  18h Ă  la Mononcle est celui qui s'est occupĂ© de moi depuis la mort de ma mĂšre, sa nous a fait beaucoup de mal a tous les deux, lui avait perdu sa sƓur jumelle et moi ma mĂšre que j'aimais tant, il est comme le pĂšre que je n'ai jamais eue, bien qu'il soit souvent en voyages ou en confĂ©rences a l'Ă©tranger il trouve toujours le temps de m'Ă©crire que ce soit par courrier, mails iPA6mB.
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