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Introduction 1Les technologies de l’information et de la communication TIC sont omniprĂ©sentes et façonnent notre façon de vivre, de travailler et d’interagir. Elles sont devenues les instruments d’une nouvelle sociĂ©tĂ© caractĂ©risĂ©e par la multiplication des Ă©changes de donnĂ©es et d’informations dans un contexte d’innovation rapide et d’accroissement accĂ©lĂ©rĂ© des marchĂ©s George et Granjon, 2008. Cependant, le mĂȘme clavier et les mĂȘmes informations ne suffisent pas Ă  crĂ©er une Ă©galitĂ© » Wolton, 2003 p. 32. MalgrĂ© l’informatisation de la sociĂ©tĂ© et l’introduction des TIC dans l’ensemble du corps social, il existe des ruptures ou des fractures numĂ©riques » basĂ©es sur le revenu, le niveau d’éducation, le capital culturel/social et l’ñge. L’expression de fracture numĂ©rique » dĂ©signe le fossĂ© entre, d'une part, ceux qui utilisent les potentialitĂ©s des technologies de l'information et de la communication TIC pour leur accomplissement personnel ou professionnel et, d'autre part, ceux qui ne sont pas en Ă©tat de les exploiter faute de pouvoir y accĂ©der par manque d’équipements ou d'un dĂ©ficit de compĂ©tences » Kiyindou, 2007 p. 1. En tenant compte de l’existence de ces fractures numĂ©riques », les donnĂ©es de Statistique Canada 2010 rĂ©vĂšlent que 94 % des mĂ©nages ayant un revenu supĂ©rieur ou Ă©gal Ă  85 000 $ par annĂ©e utilisent Internet comparativement Ă  56 % des mĂ©nages dont le revenu est infĂ©rieur ou Ă©gal Ă  30 000 $. En 2007, ces proportions respectives Ă©taient de 90 % et de 48 %. En ce qui concerne la fracture numĂ©rique » liĂ©e au niveau de scolaritĂ©, les donnĂ©es de Statistique Canada indiquent que 89 % des personnes ayant au moins fait des Ă©tudes postsecondaires partielles utilisaient Internet en 2009, comparativement Ă  66 % des personnes n'ayant pas fait d'Ă©tudes postsecondaires. Cette fracture a rĂ©trĂ©ci, puisque ces proportions Ă©taient respectivement de 84 % et de 58 % en 2007 Statistique Canada, 2010. L’écart le plus Ă©levĂ© entre ceux qui ont accĂšs Ă  l’informatique connectĂ©e et ceux qui en sont dĂ©pourvus reste liĂ© Ă  l’ñge plus on vieillit, moins on a accĂšs Ă  Internet. En effet, parmi les aĂźnĂ©s, environ la moitiĂ© 51 % des personnes ĂągĂ©es de 65 Ă  74 ans utilise Internet, contre 27 % des personnes ĂągĂ©es de 75 ans et plus Statistique Canada, 2010. Cependant, il existe une fracture numĂ©rique » qui n’est souvent pas prise en compte dans les statistiques c’est la fracture liĂ©e aux inĂ©galitĂ©s d’usages des technologies numĂ©riques. Plus que la question de l’accĂšs et de l’équipement, ce sont les disparitĂ©s liĂ©es Ă  la qualitĂ© de l’utilisation et aux perceptions, c’est-Ă -dire les multiples façons de profiter des potentialitĂ©s de l’Internet qui accentuent la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » des personnes ĂągĂ©es Michel et al, 2009. Dans cette contribution, il s’agit en premier temps d’explorer cette fracture de second degrĂ© » qui reste la plus discriminante envers les personnes ĂągĂ©es Ă©quipĂ©es et connectĂ©es. Dans une seconde partie, nous proposons au lecteur la perspective originale proposĂ©e par les tenants de l’approche critique en communication pour aborder la question complexe de la fracture numĂ©rique » Granjon, 2004 et 2009 ; George et Granjon, 2008. La derniĂšre partie sera consacrĂ©e Ă  la prĂ©sentation des rĂ©sultats d’une Ă©tude de terrain portant sur la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » et rĂ©alisĂ©e par une Ă©quipe de chercheurs belges. Cette recherche a Ă©tĂ© conduite afin de guider les programmes d’action des politiques publiques en matiĂšre de rĂ©duction de la fracture numĂ©rique de second degrĂ© ». 2C’est en 1995 que l’expression digital divide ou fracture numĂ©rique » est Ă©voquĂ©e pour la premiĂšre aux États-Unis par le sociologue Long-Scott 1995 en dĂ©crivant les risques d’exclusion des plus pauvres et des communautĂ©s minoritaires quant Ă  l’accĂšs aux technologies de communication Rallet et Rochelandet, 2004. Depuis, l’expression a fait l’objet de dĂ©bat et se rĂ©fĂšre Ă  de nombreuses facettes de la numĂ©risation de l’économie et Ă  la diffusion des technologies de l’information et des communications Ben Youssef, 2004. Jusqu’à la fin des annĂ©es 1990, la notion de fracture numĂ©rique de premier degrĂ© » renvoyait seulement aux inĂ©galitĂ©s liĂ©es Ă  l’accĂšs Ă  Internet et au matĂ©riel informatique. Ainsi, au Canada comme dans tous les pays industrialisĂ©s, une course est lancĂ©e pour brancher » Ă  Internet tous les mĂ©nages et les provinces afin d’éviter d’ĂȘtre Ă  l’arriĂšre » du train de la modernitĂ© technologique et de l’ùre informationnelle. DĂšs cette Ă©poque, les fractures observĂ©es au Canada en matiĂšre d’adoption des technologies numĂ©riques des mĂ©nages sont d’ordre matĂ©riel accĂšs et matĂ©riel, socio-Ă©conomique le revenu et le niveau d’instruction, gĂ©nĂ©rationnel et linguistique, le QuĂ©bec Ă©tant moins connectĂ© en raison du contenu en anglais des sites web Statistique Canada, 1997. 3À partir des annĂ©es 2000, le milieu acadĂ©mique se penche sur l’analyse des enjeux liĂ©s Ă  la fracture numĂ©rique » et plusieurs recherches en communication et en sciences sociales observent qu’au-delĂ  des disparitĂ©s numĂ©riques liĂ©es Ă  l’accĂšs, il existe des usages inĂ©gaux quant Ă  l’utilisation efficiente et efficace de l’informatique connectĂ©e DiMaggio et Hargittai, 2002 ; DiMaggio et al. 2001 ; Lelong, 2003. Ce qui est considĂ©rĂ©, ce n’est plus seulement la disponibilitĂ© du matĂ©riel informatique et la connexion Ă  Internet mais l’usage qui en est fait Rallet et Rochelandet, 2004. Selon cette perspective, ce sont plutĂŽt le capital culturel et social, les perceptions, le savoir-faire et les compĂ©tences techniques ou la culture organisationnelle qui sont mis en avant au moment de mesurer les disparitĂ©s discriminantes JaurĂ©guiberry, 2012. Les Ă©tudes de terrain portant sur les compĂ©tences numĂ©riques relĂšvent l’existence d’un Ă©cart ou skills gap liĂ© aux aptitudes des individus en matiĂšre d’usages des technologies numĂ©riques. Les travaux distinguent principalement trois niveaux de compĂ©tences numĂ©riques les compĂ©tences instrumentales, informationnelles et stratĂ©giques Brotcorne et Valenduc, 2009. Les compĂ©tences instrumentales concernent en premier lieu la capacitĂ© de manipulation des matĂ©riels et logiciels. Elles ont trait Ă©galement aux capacitĂ©s techniques et aux capacitĂ©s de raisonnement pour faire face aux bogues, aux virus et autres alĂ©as techniques quotidiens 2009 p. 53. Quant aux compĂ©tences informationnelles, elles renvoient aux aptitudes Ă  chercher, sĂ©lectionner, comprendre, Ă©valuer et traiter l’information Kling, 1998 ; HargittaĂŻ, 2002 ; Selwyn et al., 2005 ; Vendramin et Valenduc, 2003. Depuis le dĂ©veloppement des contenus d’information et des services en ligne, les compĂ©tences informationnelles sont dĂ©sormais nĂ©cessaires pour utiliser les procĂ©dures de navigation, les hypertextes, les moteurs de recherche, les forums de discussion, les services interactifs ou coopĂ©ratifs du web De plus, notent les auteurs citĂ©s supra, dans un contexte d’offre informationnelle surabondante, il s’agit d’acquĂ©rir l’habilitĂ© Ă  sĂ©lectionner le contenu recherchĂ© sur le web et par la suite ĂȘtre capable d’en Ă©valuer la qualitĂ© sachant que les sources d’information proviennent de mĂ©dias et d’auteurs de plus en plus diversifiĂ©s. Enfin, les compĂ©tences stratĂ©giques sont liĂ©es Ă  l’aptitude Ă  utiliser l’information de maniĂšre proactive, Ă  lui donner du sens dans son propre cadre de vie et Ă  prendre des dĂ©cisions en vue d’agir sur son environnement professionnel et personnel. 4Cependant, pour Fabien Granjon 2004, envisager la fracture numĂ©rique » qu’en termes de compĂ©tences numĂ©riques serait une erreur. Autrement dit, on peut avoir des usages efficients des technologies numĂ©riques tout en appartenant aux couches les plus dĂ©favorisĂ©es, mais ces usages avancĂ©s ne sont pas nĂ©cessairement de mĂȘme nature que ceux des couches supĂ©rieures. Pour mieux saisir le fossĂ© numĂ©rique, il ne faut pas simplement apprĂ©hender les fractures numĂ©riques’ comme des clivages technologiques socialement diffĂ©renciĂ©s et dĂ©pendant d’une variabilitĂ© des dĂ©terminants au niveau des processus d’équipement ou d’adoption [mais les considĂ©rer] plutĂŽt comme des Ă©carts de pratique constitutifs d’inĂ©galitĂ©s sociales du monde et qui structurent les usages au-delĂ  mĂȘme de leur stabilisation » Granjon, 2004 p. 225. Cette analyse de la fracture numĂ©rique » converge avec celle de Patricia Vendramin et GĂ©rard Valenduc expliquant que les inĂ©galitĂ©s liĂ©es Ă  Internet ne sont pas rĂ©vĂ©latrices de nouvelles divisions sociales, elles sont l’expression dans le champ des technologies de l’information et de la communication d’inĂ©galitĂ©s sociales, Ă©conomiques, gĂ©ographiques et culturelles largement prĂ©existantes Ă  l’expansion d’internet » 2002 p. 29. 5L’usage des technologies est Ă©galement dĂ©pendant de l’offre technologique, c’est-Ă -dire des services informationnels offerts en ligne et le design du matĂ©riel informatique. Ces facteurs constituent des Ă©lĂ©ments importants sinon vitaux pour les personnes ĂągĂ©es. L’étude la plus Ă©laborĂ©e en la matiĂšre reste celle de Shirley Ann Becker 2004 qui dĂ©crypte minutieusement 125 sites web offrant des informations sur la santĂ©. Pour l’auteure, la majoritĂ© de ces sites web prĂ©sentent des nombreux dĂ©fauts de conception pour les personnes ĂągĂ©es et la navigation y est tellement complexe qu’elle ne s’adresse qu’aux initiĂ©s d’Internet. La chercheure dĂ©couvre que ces sites web ne tiennent pas compte des problĂšmes liĂ©s Ă  la vision, la cognition et la motricitĂ© des utilisateurs ĂągĂ©s. GrĂące Ă  un test d’utilisabilitĂ©, les rĂ©sultats de son Ă©tude montrent que 93 % des sites web utilisent de petites polices de caractĂšre et affectent nĂ©gativement la lisibilitĂ© du site ; 24 % nĂ©cessitent une utilisation complexe de la souris pour naviguer, ce qui pose une barriĂšre pour ceux qui ne peuvent pas se servir pleinement de leurs mains ; 30 % prĂ©sentent un contenu informationnel accessible uniquement pour les personnes ayant une formation universitaire ; un grand nombre de sites sont en anglais, excluant ainsi les communautĂ©s ethnoculturelles parlant l’espagnol. Si ces barriĂšres sont persistantes, elles constituent un enjeu majeur puisque les personnes ĂągĂ©es consultent souvent les services et les informations relatifs Ă  la santĂ© Michel et al, 2009. 6La recherche de Shirley Ann Becker citĂ©e supra a le mĂ©rite de montrer que la ligne de fracture numĂ©rique » grise liĂ©e aux usages et Ă  l’offre technologique est difficilement observable dans les statistiques nationales. Cependant, les gouvernements amorcent depuis les derniĂšres annĂ©es des stratĂ©gies afin de rĂ©duire la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » concernant les personnes ĂągĂ©es. À titre d’exemple, voici ce que le gouvernement français prĂ©voit dans son plan de dĂ©veloppement de l’économie numĂ©rique un outil d’aide Ă  l’équipement et de formation aux usages du numĂ©rique, Ă  destination des seniors sera expĂ©rimentĂ© pour leur permettre d’accĂ©der plus facilement aux rĂ©seaux numĂ©riques [
] et crĂ©er une offre globale “matĂ©riel, connexion, formation” [
] pour favoriser la confiance et les usages des TIC auprĂšs des seniors Besson, 2008. 7Mais suffit-il de former les seniors aux technologies et d’adapter le contenu et le matĂ©riel informatique pour rĂ©gler la question de la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » ? Pour les auteures Carole-Anne RiviĂšre et Amandine BruguiĂšre 2010, le dĂ©fi du design des ordinateurs et d’Internet adressĂ©s aux aĂźnĂ©s rĂ©side dans leur incapacitĂ© Ă  dĂ©passer certains stĂ©rĂ©otypes associĂ©s au vieillissement. Leurs arguments s’appuient sur l’exemple de l’ordinateur Magui imaginĂ© par la sociĂ©tĂ© Simplistay et disposant de quatre fonctions centrales de communications reprĂ©sentĂ©es par les icĂŽnes sur l’écran, soit le tĂ©lĂ©phone, les courriels, photos et messages ; cependant, aucune fonction ne donne accĂšs Ă  la navigation. Pour les auteures, les objectifs et les publics pour lesquels ces ordinateurs simplifiĂ©s ont Ă©tĂ© conçus ont mis l’accent sur certaines difficultĂ©s que connaissent les personnes en situation de grande perte d’autonomie. Or, toutes les personnes ĂągĂ©es n’ont pas des problĂšmes d’ordre physiologiques qui les empĂȘcheraient d’utiliser les interfaces numĂ©riques. Ces offres technologiques risquent en effet de maintenir une vision de la vieilliesse comme une moindre capacitĂ© Ă  faire, Ă  apprendre, Ă  interagir » RiviĂšre et BruguiĂšre 2010 p. 37. À ce propos, notent-elles, les dispositifs technologiques modifiĂ©s tels que les ordinateurs simplifiĂ©s sont parfois mal pris par les personnes ĂągĂ©es, car ces derniers les renvoient Ă  une image dĂ©valorisante » d’eux-mĂȘmes et prĂ©sentent des marqueurs d’ñge » qu'ils refusent de porter. Pour ces auteures, les services de design mettent souvent l’emphase sur l’accessibilitĂ© et oublient que les seniors sont Ă©galement des ĂȘtres dĂ©sirants ». Il ne suffit pas de rĂ©pondre uniquement aux besoins des personnes ĂągĂ©es, il faut Ă©galement tenir compte des dĂ©sirs et des aspirations de chacun » RiviĂšre et BruguiĂšre, 2010 p. 39-40. Si les services de design doivent dĂ©passer ce dĂ©fi de rĂ©pondre Ă  la fois aux besoins et dĂ©sir des aĂźnĂ©s, ils font Ă©galement face Ă  un autre Ă©cueil, c’est le risque de considĂ©rer les aĂźnĂ©s comme Ă©tant une entitĂ© socialement homogĂšne. C’est le point de vue dĂ©fendu par le sociologue Vincent Caradec 2001 qui considĂšre que les aĂźnĂ©s constituent en effet une catĂ©gorie d’une grande hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, avec ses diffĂ©rences et dynamique internes, et composĂ©s d’individus vivant de façon diffĂ©renciĂ©e les Ă©preuves du vieillissement. 8Pour un usage pertinent des technologies numĂ©riques, il faut Ă©galement considĂ©rer l’importance du contexte plus large des identitĂ©s sociales et configurations relationnelles des personnes ĂągĂ©es, c’est-Ă -dire la diversitĂ© et la labilitĂ© des rĂŽles qu'une mĂȘme personne peut endosser d'un espace social comme la famille ou le travail Ă  un autre, et donc les variations de comportements vis-Ă -vis des nouvelles technologies » Lelong et al., 2004 p. 1. C’est ce que propose notamment l’approche critique en communication qui adopte une perspective permettant d’analyser les usages des TIC sous des angles gĂ©nĂ©ralement peu exploitĂ©s George, 2012. L’approche critique en communication pour aborder les usages des TIC 9Pour les tenants de l’approche critique en communication, les recherches portant sur les fractures numĂ©riques » souffrent dans bien des cas d’une absence de mise en contexte des usages des TIC. Autrement dit, ce qui est ignorĂ©, c’est, par exemple, les appartenances sociales et les conditions de vie dans lesquels les usages sont insĂ©rĂ©s Granjon, 2009. La fracture numĂ©rique » est perçue non comme un constat prenant acte de disparitĂ©s sociales existant par rapport aux TIC mais comme un concept Ă  part entiĂšre [
] qui n’est pas un simple descripteur de la rĂ©alitĂ© mais pose d’une maniĂšre particuliĂšre le problĂšme de l’appropriation et des usages des outils de communication au regard des rapports de domination, de la reproduction des valeurs du systĂšme social, de la formation des classes et des identitĂ©s collectives » Granjon, 2004 p. 226. Lorsque des donnĂ©es par ailleurs fort intĂ©ressantes sont collectĂ©es sur les usages diffĂ©renciĂ©s des TIC, trĂšs peu d’informations sont par contre livrĂ©es sur les profils des seniors utilisateurs d’Internet, comme par exemple l’identitĂ© sociale, les trajectoires socioprofessionnelles et les conditions d’existence. Or, n’est-il pas fondamental de s’intĂ©resser Ă  ce qui se passe hors des usages d’Internet comme par exemple les caractĂ©ristiques sociales des personnes ĂągĂ©es, les activitĂ©s de la vie quotidienne, les lieux d’habitation, les relations avec le personnel soignant, les liens avec les membres de la famille ? Dans cette optique, Maria Sourbati 2009 souligne que l'expĂ©rience sociale et culturelle des seniors a un impact sur l'usage et l'adoption d'Internet. Benoit Lelong 2003 abonde dans le mĂȘme sens et souligne qu’une sous-utilisation des TIC n’est pas nĂ©cessairement liĂ©e Ă  un manque de compĂ©tences mais Ă  des configurations identitaires relationnelles ». Dans sa recherche sur l’analyse du point de vue des personnes ĂągĂ©es sur les usages des TIC et de l'administration Ă©lectronique publique en Angleterre, la sociologue montre que l'usage d'Internet par le groupe du troisiĂšme Ăąge est stratifiĂ©, les seniors usagers les plus nombreux Ă©tant ceux appartenant Ă  la classe moyenne, Ă©duquĂ©s et bien nantis. Ce point de vue rejoint celui de Cherry Russell, Andrew Campbell et Ian Hughes 2008 de l’UniversitĂ© de Sydney en Australie qui ont conduit une enquĂȘte de terrain afin d’analyser les liens entre l’usage d’Internet et le capital social. Les auteurs, en mettant du bĂ©mol Ă  l’image dorĂ©e souvent dĂ©peinte par les mĂ©dias des silver surfers, montrent que ces derniers ont gĂ©nĂ©ralement un statut socio-Ă©conomique plus Ă©levĂ©, sont en bonne santĂ©, et ne reprĂ©sentent pas toutes les personnes ĂągĂ©es qui n’ont pas accĂšs aux TIC et ce, pour des raisons concernant les enjeux liĂ©s Ă  l’accessibilitĂ©, le coĂ»t et l’intĂ©rĂȘt pour la technologie, les compĂ©tences et les perceptions. L’expression de silver surfers, largement rĂ©pandue dans les mĂ©dias anglo-saxons et relayĂ©e par les essayistes, dĂ©signe les personnes ĂągĂ©es trĂšs actifs » sur Internet, confiants » et compĂ©tents » en matiĂšre de technologies numĂ©riques et surtout adoptant une perception positive du vieillissement Cody et al., 1999 et de Choudrie et al., 2013. 1 “Go on the internet — or lose access to government services, Francis Maude tells pensioners”, The T ... 10Dans les discours sur les potentialitĂ©s des technologies et ce qu’elles peuvent apporter aux individus, on a souvent tendance Ă  exagĂ©rer leurs capacitĂ©s Ă  transformer le social et surtout Ă  rendre plus autonome tout utilisateur des technologies de l’information et de la communication. La technologie est censĂ©e ĂȘtre le remĂšde Ă  tous les maux dont souffrent les aĂźnĂ©s si les personnes ĂągĂ©es sont isolĂ©es, la communication via Internet avec les aides-soignants leur facilitera la vie ; plus besoin de se dĂ©placer et de rencontrer le pharmacien, le renouvellement des mĂ©dicaments se fait en ligne ; en somme, la technologie possĂšde le potentiel d’amĂ©liorer les conditions de vie des personnes ĂągĂ©es. Il ne suffit plus de savoir bien utiliser les TIC, mais Ă©galement d’adopter un mode de vie hyperindividualiste » qui s’impose Ă  tous. Dans ce sens, en poursuivant la rĂ©flexion de Fabien Granjon 2009, nous considĂ©rons que les discours en faveur de la rĂ©duction de la fracture numĂ©rique grise du premier ou second degrĂ© » sont souvent porteurs de normes sociĂ©tales. Celles-ci exigent des seniors non plus l’acquisition d’un savoir-faire » pour maĂźtriser les rudiments des TIC mais Ă©galement de l’adoption d’un savoir-ĂȘtre », celui de l’individu autonome, indĂ©pendant et actif. C’est un style de vie couplĂ© d’un impĂ©ratif numĂ©rique auquel les seniors n’y peuvent Ă©chapper une personne ĂągĂ©e se doit d’acquĂ©rir l’expĂ©rience positive que procurent les usages des TIC, peu importent ses conditions de vie, ses caractĂ©ristiques socioculturelles et son parcours de vie. L’exemple parfait de ce genre d’argumentation nous est donnĂ© par le ministre britannique Francis Maude qui recommande fortement aux aĂźnĂ©s d’utiliser les services d’Internet sous peine de perdre la pension de vieillesse octroyĂ©e par le gouvernement1. Pour ce ministre, le gouvernement devrait adopter l’approche des compagnies aĂ©riennes offrant la majoritĂ© de leurs services en ligne et les aĂźnĂ©s devraient de facto s’adapter Ă  cette nouvelle rĂ©alitĂ© ». 11Pour les chercheurs d’orientation critique en communication, l’existence d’inĂ©galitĂ©s numĂ©riques rĂ©vĂ©lerait des formes d’inĂ©galitĂ©s sociales gĂ©nĂ©rĂ©es par les structures d’un systĂšme Ă©conomique, politique et social particulier Granjon, 2009 ; George, 2004. Les ressources Ă©conomiques, sociales et culturelles sont inĂ©galement reparties dans la sociĂ©tĂ©. Ceux qui sont dĂ©jĂ  en possession de ressources prĂ©alables tirent davantage de bĂ©nĂ©fices de la nouvelle ressource que constituent l’utilisation des TIC et d’Internet Brotcorne, Damhuis, Laurent, Valenduc et Vendramin, 2010. Ainsi, s’il existe des dĂ©favorisĂ©s numĂ©riques, ils sont la plupart du temps des dĂ©favorisĂ©s sociaux Granjon, 2009. En d’autres termes, la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » est rĂ©vĂ©latrice des dĂ©fis sociĂ©taux liĂ©s Ă  la paupĂ©risation des personnes ĂągĂ©es. 12La pauvretĂ© est considĂ©rĂ©e comme un concept important pour analyser les inĂ©galitĂ©s sociales. Les statistiques sur la pauvretĂ© des personnes ĂągĂ©es sont Ă©quivoques en particulier au QuĂ©bec les personnes ĂągĂ©es de plus 65 ans sont de plus en plus pauvres et endettĂ©es. C’est le constat que fait en 2011 l’Institut de recherche et d’informations socio-Ă©conomiques IRIS. Dans sa note socio-Ă©conomique, cette organisation de recherche basĂ©e Ă  MontrĂ©al dĂ©voile que le QuĂ©bec a connu entre 1996 et 2008 une augmentation importante du nombre de personnes ĂągĂ©es qui sont passĂ©es sous la mesure de faible revenu. Au-delĂ  de la paupĂ©risation des seniors, la part d’endettement des personnes ĂągĂ©es de plus de 65 ans reste Ă©galement prĂ©occupante. Le phĂ©nomĂšne de l’endettement touche aujourd’hui la majoritĂ© de la population, souligne Ève-Lyne Couturier auteure de la note de l’IRIS, mais il s’agit d’une situation particuliĂšrement difficile Ă  gĂ©rer pour les personnes ĂągĂ©es assujetties Ă  un revenu relativement fixe avec peu de possibilitĂ©s de gagner des montants d’appoint » 2011 p. 2. 13Si la pauvretĂ© des personnes ĂągĂ©es est largement tributaire des facteurs d’ordre socio-Ă©conomiques, les politiques publiques ont notamment des incidences sur la vie des personnes ĂągĂ©es. Les chercheurs de l’UniversitĂ© Laval, Jean-Yves Duclos, Nicholas-James Clavet, Bernard Fortin et Steeve Marchand 2012 estiment que la rĂ©forme rĂ©cente du gouvernement fĂ©dĂ©ral canadien sur la sĂ©curitĂ© de la vieillesse risque de grossir les rangs des aĂźnĂ©s vivant sous le seuil de pauvretĂ© au pays. En effet, le gouvernement fĂ©dĂ©ral a annoncĂ© dans le budget de 2012 qu’il fera passer graduellement l'Ăąge de la retraite de 65 Ă  67 ans. Cette hausse de l’ñge d’admissibilitĂ© aux prestations de la SĂ©curitĂ© de la vieillesse et du SupplĂ©ment de revenu garanti fera passer la proportion d’individus de 65 et 66 ans sous le seuil de faible revenu de 6 % Ă  17 %, notent les Ă©conomistes de l’UniversitĂ© de Laval. 14Les inĂ©galitĂ©s sociales ne peuvent donc pas ĂȘtre sĂ©parĂ©es de l’analyse de la fracture numĂ©rique de second degrĂ© ». Les pays europĂ©ens, surtout la Belgique Brotcorne, Dekelver, Mertens, Nicolay et Valenduc, 2010 sont pour le moment parmi les premiers Ă  reconnaĂźtre dans leur politique publique de rĂ©duction de la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » l’existence de liens entre inĂ©galitĂ©s sociales et disparitĂ©s numĂ©riques. La fracture numĂ©rique de second degrĂ© » dans les programmes publics d’inclusion numĂ©rique l’exemple de la Belgique 15Pour rĂ©duire la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » liĂ©e aux inĂ©galitĂ©s dans les compĂ©tences d’utilisation d’Internet et des technologies de l’information et de la communication, il faut donc agir sur la construction des compĂ©tences, Ă  travers des programmes de formation continue et d’accompagnement des utilisateurs, destinĂ©s en prioritĂ© Ă  des groupes sociaux identifiĂ©s comme potentiellement dĂ©favorisĂ©s en termes de ressources cognitives et sociales Brotcorne et al, 2010. C’est l’option prise par plusieurs plans d’action nationaux d’inclusion numĂ©rique qui ont donnĂ© une attention particuliĂšre Ă  la fracture numĂ©rique au second degrĂ© », notamment en Belgique, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas ibid.. La rĂ©union des ministres de 34 pays europĂ©ens lors de la dĂ©claration ministĂ©rielle de Riga Lettonie en juin 2006 a posĂ© les premiers jalons des politiques publiques d’e-inclusion. À la dĂ©claration de Riga, les gouvernements europĂ©ens s'engagent en faveur d'une sociĂ©tĂ© de l'information accessible fondĂ©e sur l'inclusion et ont approuvĂ© une action paneuropĂ©enne visant Ă  aider les citoyens Ă  remĂ©dier Ă  leurs dĂ©savantages Ă©conomiques, sociaux, scolaires, gĂ©ographiques ou liĂ©s Ă  un handicap au moyen des technologies de l'information et de la communication Commission europĂ©enne, 2006. En matiĂšre d’utilisation d’Internet, l’Union europĂ©enne s’est alors donnĂ©e pour objectif de rĂ©duire de moitiĂ©, d’ici 2010, les disparitĂ©s entre la moyenne de la population et certains groupes dĂ©favorisĂ©s, notamment les personnes ĂągĂ©es, les personnes handicapĂ©es, les minoritĂ©s ethniques, les personnes ayant un faible niveau d’éducation, les demandeurs d’emploi, les disparitĂ©s liĂ©es au genre ainsi que les habitants des rĂ©gions moins dĂ©veloppĂ©es. Pour ce faire, la dĂ©claration de Riga cible 6 prioritĂ©s les besoins spĂ©cifiques des travailleurs ĂągĂ©s et des seniors, les inĂ©galitĂ©s gĂ©ographiques, l’e-accessibilitĂ© et la facilitĂ© d’utilisation des TIC, l’éducation et les compĂ©tences numĂ©riques, la diversitĂ© culturelle dans l’univers numĂ©rique et la qualitĂ© des services publics en ligne e-gouvernment pour tous. Les ministres se sont particuliĂšrement engagĂ©s Ă  traiter d’urgence la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » concernant les personnes ĂągĂ©es puisque, remarquent-ils, la proportion des personnes ĂągĂ©es de plus de 65 ans qui utilisent l'Internet n'est que de 10 % dans l'Union europĂ©enne. 16Dans ce qui suit, nous prĂ©sentons les recommandations des chercheurs belges pour un plan d’action national de rĂ©duction de la fracture numĂ©rique de second degrĂ© ». 17La Belgique s’est engagĂ©e en 2003 Ă  mettre en place un plan national 2005-2010 de lutte contre la fracture numĂ©rique ». L’objectif gĂ©nĂ©ral du plan est de rĂ©duire d’un tiers, dans les 5 annĂ©es Ă  venir, le nombre de personnes non-utilisatrices dans les diffĂ©rentes catĂ©gories de la population, grĂące Ă  trois leviers la sensibilisation, la formation et l’amĂ©lioration de l’accĂšs aux TIC. Une deuxiĂšme phase de ce programme a Ă©tĂ© lancĂ©e pour la pĂ©riode 2011-2015. Les orientations et les propositions de la mise en Ɠuvre de cette seconde phase ont Ă©tĂ© confiĂ©es Ă  une Ă©quipe de chercheurs du Centre de recherche Travail & Technologies de l’UniversitĂ© de Louvain Brotcorne, Damhuis, Laurent, Valenduc et Vendramin, 2010. L’objectif de cette recherche commanditĂ©e par le gouvernement fĂ©dĂ©ral belge n’est pas l’étude des usages en soi, prĂ©cisent les auteurs, mais plutĂŽt la mise en perspective de ces usages par rapport Ă  des enjeux sociĂ©taux posĂ©s en termes de risques d’inĂ©galitĂ©s ou d’exclusion. Cinq sphĂšres constitutives de l’inclusion sont prises en compte dans l’étude les activitĂ©s sociales les interactions sociales avec la famille ou les amis, ou Ă  l’intĂ©rieur d’un groupe culturel ou d’une communautĂ©, les activitĂ©s productives l’engagement dans une activitĂ© productive, comme le travail rĂ©munĂ©rĂ©, l’éducation ou la formation, les activitĂ©s politiques, sociales ou citoyennes, les activitĂ©s de consommation privĂ©e/publique, le dĂ©veloppement personnel l’autonomie et l’estime de soi. La question est de savoir si les usages des TIC favorisent l’intĂ©gration ou si, au contraire, ils crĂ©ent ou renforcent l’exclusion dans ces cinq domaines. Les rĂ©sultats de leur Ă©tude montrent que ces sphĂšres apparaissent en interaction avec l’usage des TIC mais de maniĂšre trĂšs inĂ©gale, et rarement toutes ensemble. Afin de remĂ©dier Ă  cette situation d’inĂ©galitĂ©s numĂ©riques, les auteurs proposent les recommandations prĂ©sentĂ©es ci-dessous il est nĂ©cessaire de repenser la catĂ©gorisation des profils des seniors pour la lutte Ă  la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » les quinquagĂ©naires ne doivent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s automatiquement comme des publics vulnĂ©rables puisque ces derniers prĂ©sentent des profils trĂšs contrastĂ©s tantĂŽt vulnĂ©rables, tantĂŽt peu vulnĂ©rables en termes d’usages ; comme dans toutes les situations oĂč une nouvelle norme sociale Ă©merge et tend Ă  s’imposer, il est important d’éviter la stigmatisation des comportements qui s’écartent de la norme. Il est important donc de maintenir ouverts des canaux de prestation de service et de communication autres que le tout Internet ». Cela Ă©vitera la mise Ă  l’écart de ceux qui n’adoptent pas spontanĂ©ment les nouveaux modĂšles d’usages et de comportements ; les politiques en matiĂšre de sociĂ©tĂ© de l’information reposent souvent sur la prĂ©somption qu’un dĂ©veloppement accĂ©lĂ©rĂ© de l’offre de services et de contenus en ligne va entraĂźner ipso facto une sorte de dĂ©mocratisation de l’utilisation des TIC. La logique de l’offre est censĂ©e avoir des retombĂ©es positives pour tous les utilisateurs, en termes de diversitĂ© ou de disponibilitĂ©. Les rĂ©sultats de la recherche montrent que les utilisateurs n’adoptent pas nĂ©cessairement les comportements qui ont Ă©tĂ© formatĂ©s pour eux. Il serait utile de s’intĂ©resser davantage aux interfaces d’accĂšs qu’aux contenus et aux services, notamment en favorisant leur facilitĂ© d’usage. Il est Ă©galement important de penser les contenus et la structuration des contenus en termes de signification pour les utilisateurs ; la vulnĂ©rabilitĂ© numĂ©rique reste, en partie, influencĂ©e par des facteurs tels que l’ñge, le genre et le niveau d’instruction, mais d’autres marqueurs de vulnĂ©rabilitĂ© interviennent le degrĂ© d’autonomie, le niveau de compĂ©tences TIC, le support social disponible, le sens et la valeur symbolique attribuĂ©s aux TIC, le degrĂ© d’exposition aux comportements Ă  risques, la capacitĂ© de faire des choix et de maĂźtriser sa trajectoire d’usages. Les rĂ©sultats de la recherche plaident en faveur d’une approche rĂ©solument transversale de la lutte contre les inĂ©galitĂ©s numĂ©riques. C’est pourquoi, sur le plan politique, il est nĂ©cessaire de mieux articuler le plan d’action national de lutte contre la fracture numĂ©rique » avec les initiatives qui combattent d’autres formes d’inĂ©galitĂ©s sociales ; il y a nĂ©cessitĂ© de renforcer l’imbrication des politiques d’inclusion numĂ©rique et des politiques d’inclusion sociale. Une action sur les seuls aspects technologiques est insuffisante. L’imbrication de l’inclusion numĂ©rique et de l’inclusion sociale est notamment nĂ©cessaire dans les domaines de l’insertion professionnelle, de l’enseignement et de l’éducation aux mĂ©dias ; sur le plan de la formation en matiĂšre de compĂ©tences numĂ©riques, il est nĂ©cessaire de mettre au point une dĂ©finition plus prĂ©cise de ce qui constitue, aujourd’hui et demain, le noyau des compĂ©tences de base pour permettre l’inclusion numĂ©rique. Les rĂ©sultats de la recherche suggĂšrent que ce noyau de compĂ©tences ne relĂšve pas seulement de la formation aux TIC, mais aussi de l’éducation aux mĂ©dias, ainsi que de l’éducation Ă  la participation sociale et Ă  la citoyennetĂ© en gĂ©nĂ©ral. Dans les politiques publiques en matiĂšre de formation et d’accompagnement, cet objectif peut ĂȘtre dĂ©veloppĂ© Ă  travers de nouvelles pratiques de formation et de nouvelles formules d’accompagnement axĂ©es sur les capacitĂ©s, au-delĂ  des compĂ©tences. 2 Voir par exemple le billet de l’écrivain HervĂ© Fisher paru dans le journal Le devoir et qui appelle ... 18Les rĂ©sultats de cette recherche menĂ©e en Belgique plaident en faveur d’une approche rĂ©solument transversale de la lutte contre les inĂ©galitĂ©s numĂ©riques liĂ©es Ă  la fracture numĂ©rique de second degrĂ© » et touchant les personnes ĂągĂ©es. À l’instar des pays de l’Union europĂ©enne, le QuĂ©bec prĂ©sente un retard considĂ©rable en la matiĂšre. Le milieu acadĂ©mique et la sociĂ©tĂ© civile critiquent l’absence d’un engagement de la part des gouvernements successifs depuis 2003 d’une politique de dĂ©veloppement d’un plan numĂ©rique pour le QuĂ©bec2. Conclusion 19Pour les recherches Ă  dimension critique, les mĂ©thodes utilisĂ©es pour Ă©tudier les disparitĂ©s dans l’accĂšs aux TIC, c’est-Ă -dire essentiellement diverses enquĂȘtes statistiques, s’avĂšrent moins pertinentes quand il s’agit de comprendre les disparitĂ©s en termes d’usages et de les relier avec les enjeux de l’inclusion sociale ou des inĂ©galitĂ©s sociales Brotcorne et al, 2010. Or, les initiatives autour de la question de la fracture numĂ©rique » concernant les personnes ĂągĂ©es ont pour objectif la plupart du temps de rĂ©duire les inĂ©galitĂ©s de nature essentiellement numĂ©rique. Sous cet angle, la fracture numĂ©rique » est liĂ©e Ă  l’accĂšs Ă  l’ordinateur, Ă  la connexion Ă  Internet et Ă  l’offre technologique. Dans certains discours, on Ă©voque mĂȘme les diffĂ©rences gĂ©nĂ©rationnelles pour expliquer les disparitĂ©s numĂ©riques observĂ©es, ce qui relĂšve d’un discours simpliste et linĂ©aire de l’ñge Eve et Smoreda, 2001. La critique Ă  l’égard des politiques en faveur de la rĂ©duction de la fracture numĂ©rique grise se situe au niveau de l’argument souvent avancĂ© et peu vĂ©rifiĂ© sur les capacitĂ©s des TIC Ă  amĂ©liorer les conditions de vie des aĂźnĂ©s. Dans cette perspective, la fracture numĂ©rique » est envisagĂ©e comme entrave Ă  l’autonomie et aux libertĂ©s individuelles. Dans l’une ou l’autre de ces visions dĂ©crites supra, ce qui est mis sous silence, ce sont les inĂ©galitĂ©s sociales auxquelles sont soumis les aĂźnĂ©s. Cest la 2Ăšme horloge que j'achĂšte. La 1Ăšre Ă©tait pour une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer afin de l'aider Ă  se repĂ©rer dans le temps. La 2Ăšme pour une personne ĂągĂ©e qui a des soucis de vue. 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LaGuinée abritera le tournoi de boxe de la Zone II, avec la participation de 14 nations d'Afrique de l'Ouest, du 15 au 22 novembre prochain à Conakry, a-t-on appris de sources concordantes ce jeudi. La Guinée va aligner 20 athlÚtes lors de ce Tournoi sportif auquel prendront part notamment la CÎte d'Ivoire, la Guinée Bissau, le Ghana, le Mali, le Cap Vert, la

Livred’or. Assurer le maintien Ă  domicile de personnes fragiles, ĂągĂ©es ou en situation de handicap, adultes ou enfants, nĂ©cessite une organisation et une prĂ©cision sans faille au quotidien. C’est pourquoi nous avons peu souvent l’occasion et le temps de nous retourner et de mesurer le chemin parcouru.
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